Louis IX et Philippe Auguste s’en remettront-ils ? Perchés sur deux hautes colonnes, les monarques -du

moins leurs effigies de pierre - veillent, tranquilles, sur l’avenue parisienne du Trône. Mais ce dimanche

après-midi, à leurs pieds, on a invoqué Saint-Just et Robespierre, chanté la Marseillaise et l’Internatio-

nale. A une semaine du premier tour de l’élection municipale parisienne, le Front de Gauche tenait un

dernier meeting autour de sa candidate Danielle Simonnet, et de son leader, Jean-Luc Mélenchon.

Dans l’espoir de détromper ceux qui jugent la partie pliée au bénéfice de la socialiste Anne Hidalgo.

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Le choix du lieu ne doit rien au hasard : l’avenue du Trône marque la limite entre leXXe arrondissement, au nord, et le XIIe, au sud.

Dans le premier se présente Danielle Simonnet ; dans le second

Alexis Corbière, secrétaire national du Parti de gauche. L’une et

l’autre peuvent espérer un bon résultat dans ces secteurs ancrés à

gauche, face aux écologistes et à l’alliance PS-PCF – alliance qui

prive le Front de gauche de l’un de ses deux piliers, le résumant

pour l’essentiel au Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon.

Présent, ce dernier est accueilli au cri de «Résistance !» par une

assistance clairsemée, d'environ un millier de personnes. L’ex-

candidat à la présidentielle insiste sur la nécessaire «indépendance»

 du Front de gauche vis-à-vis du Parti socialiste : «Nous n’avons pas

créé une étiquette, une assurance-vie électorale, une machine à cash électorale, un attroupement de circonstances», souligne-t-il. Avant de rappeler les termes du «serment» prononcé en avril 2012, selon lequel «nous resterions unis et indépendants de toute autre force politique». Des messages qui ont volé

tout droit jusqu’au siège du PCF, place du Colonel Fabien.

A LIRE «Bonne camarade», le portrait de Danielle Simonnet

Du reste, selon Jean-Luc Mélenchon, les municipales n’ont rien ou pas grand-chose d’un scrutin local : 

«Quand on convoque 46 millions de Français le même jour, la municipale est une élection politique,

poursuit-il. Sur les listes du PS et d’EELV, il y a trois ministres et onze parlementaires de la majorité.

Ce sont autant de visages de la politique gouvernementale. A qui fera-t-on croire que notre vote est

purement local ? Il s’agit de voter contre les lois scélérates de François Hollande et ceux qui les ont

soutenues.»

Le discours aurait laissé un goût d’inachevé sans une attaque envers la presse,«cette petite camarilla

qui ne s’intéresse qu’à l’odeur du sang». Plus tôt dans l’après-midi, un caméraman ayant heurté le

patron du PG se voyait traiter par lui d'«abruti», de «crétin» et de «vermine».

Prenant sa suite à la tribune, Danielle Simonnet décernera à ses concurrents des«prix de l’austérité» -

revenant dans l’ordre au frontiste Wallerand de Saint-Just, copieusement sifflé, aux listes de droite de

Nathalie Kosciusko-Morizet («la joueuse de harpe de Longjumeau») et Charles Beigbeder, puis aux 

«deux listes gouvernementales PS et EELV». Si elle assure n’avoir «rien contre la personne» de sa

rivale socialiste, Danielle Simonnet lui réserve le plus grand nombre de ses flèches : «Il y a à gauche un

débat qu’il faut trancher : est-on pour la résistance ou la soumission à l’austérité ?» Réponse dans une

semaine.

Dominique ALBERTINI