22 heures, jeudi 7 février. Le Figaro envoie une alerte à tous ses lecteurs : "INFO LE FIGARO - Laurence Parisot refuse la retranscription de l'accord emploi". Il s'ensuit un long article de mon confrère Marc Landré, qui affirme que la présidente du Medef " va s'opposer à ce que le texte conclu le 11 janvier, qui est réécrit en droit depuis trois semaines rue de Grenelle, soit envoyé en l'état au Conseil d'État pour validation, comme le ministère du travail a prévu de le faire lundi".
Elle aurait même quitté en urgence le conseil d'administration de Michelin pour faire connaître son opposition, en critiquant plusieurs points de l'avant-projet de loi, qui n'est même pas encore publié. Au cœur des inquiétudes figurent par exemple les modalités de désignation des représentants du personnel dans les conseils d'administration des grandes entreprises, les conditions de choix des mutuelles collectives par les employeurs ou l'organisation précise de la procédure d'homologation par l'administration des plans sociaux. La plupart de ces points ont été laissés ouverts par l'accord, et se doivent donc d'être tranchés par le ministère du travail.
Ce coup de pression est étrange à plusieurs titres. Tout d'abord parce que nulle part Laurence Parisot n'a pris officiellement la parole pour donner le maximum d'écho à ses critiques.
Par ailleurs, Patrick Bernasconi, le négociateur du Medef, joint dans l'après-midi de jeudi, n'avait lui pas de critiques à faire valoir sur la transposition. "Cela se passe plutôt bien", avait-il même défendu, en relevant le seul article sur les complémentaires santé comme un sujet de discorde potentiel. Mais dans sa bouche, aucune déclaration va-t-en guerre, bien au contraire. "Nous verrons le texte qui nous sera envoyé lundi, mais il n'y a pas de casus belli pour l'instant", défend-il alors.
Que s'est-il passé entre hier après-midi et hier soir ? "Laurence a suivi au cours de la journée les avancées, puis les équipes ont fait un point global en début de soirée", défend son entourage pour justifier ce brutal contre-pied. Mais en réalité, "le Medef est profondément divisé", fait valoir une autre source, "certains pensent que le texte que prépare le gouvernement est plutôt équilibré, d'autres qu'il est problématique, notamment sur la procédure d'homologation des PSE". Dans un contexte où l'ambiance est très tendue au Medef en raison de la tentative de Laurence Parisot de changer les statuts pour garder la présidence, les divisions patronales se sont donc dévoilées au grand jour. L'étrange coup de pression indirect de Laurence Parisot est le signe de cette grande fébrilité, mais cela jette un doute sur la sincérité de cette indignation.
