C'est du jamais vu dans l'histoire européenne: cette nuit, les 17 chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro se sépareront au bout d'une longue nuit de négociation. Le résulat de leurs pourparlers restera - plus ou moins - secret, puisqu'il n'y aura pas de conférence de presse conclusive, contrairement à l'habitude. Chacun rentrera chez soi, en particulier Angela Merkel. La Chancellière allemande ira présenter le projet d'accord à la commission du Budget du Bundestag. Si celle-ci donne son aval, le Conseil européen (les « 27 » dirigeants) et l'eurogroupe (les seuls « 17 » de la zone euro) se retrouveront mercredi soir à Bruxelles, pour formaliser le dit accord.
Il y a deux manières de considérer cette procédure, pas forcément contradictoires.
On peut en avoir une lecture strictement juridique. La Chancellière prend simplement en compte le récent arrêt de la cour constitutionnelle de Karlsruhe, qui protège fermement les drroit du Parlement allemand, le Bundestag. Pour les Français habitués à la dictature quotidienne de l'exécutif sur le législatif, depuis l'avènement de la Vè République, cela peut paraître baroque, mais ce serait le prix de la démocratie parlementaire. Après tout, les Anglais se réfugient souvent derrière les prérogatives de Westminster pour refuser toute dévolution de pouvoir à Bruxelles.
Mais on peut aussi lire dans cet épisode le véritable rapport de force à l'oeuvre en Europe, à l'occasion de la crise des dettes publiques. Car la Chancellière n'a pas imposé que le calendrier de son parlement aux autres pays. Elle impose sa vision de l'histoire économique, ses solutions, qu'elles soient bonnes, mauvaises, voire contradictoires.