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Après Lafarge et Publicis, un nouveau fleuron français serait-il sur le point de passer sous pavillon étranger ? Le groupe américain General Electric (GE) serait prêt à acquérir le fabricant français de TGV, de centrales électriques clés en main et de turbines Alstom pour plus de 13 milliards de dollars (9,4 milliards d’euros), a affirmé mercredi soir l’agence financière Bloomberg, citant des sources proches du dossier. Une annonce saluée jeudi par les investisseurs : Alstom a clôturé en hausse de 10,93 %, à 27 euros, tandis que Bouygues, qui en détient 29,4 %, a lui aussi gagné4,64 %, à 30,34 euros.
Elle a cependant pris de court les deux parties qui en étaient visiblement, selon certaines sources, à un stade assez préliminaire de discussion. Le schéma ne serait ainsi pas si abouti qu’il y paraît. De source proche du dossier, GE serait en réalité surtout intéressé par les activités Energie d’Alstom, qui ont représenté 10,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur les neuf premiers mois de l’exercice 2013-2014 (-2 % sur un an), soit 71 % du chiffre d’affaires du groupe. L’activité Transport d’Alstom aurait en revanche trop peu de synergies à offrir et serait jugée trop sensible politiquement.
Le scénario d’une scission d’Alstom avec sortie pure et simple du pôle Energie ne va toutefois pas de soi. En effet, dans cette éventualité, Bouygues pourrait se voir contraint de lancer lui-même une offre publique, selon la règle dite des « actifs essentiels » édictée par l’Autorité des marchés financiers. Une option qui n’est a priori pas à son agenda. Un autre scénario évoqué serait celui d’une offre de GE, mais la division Transport d’Alstom serait au préalable cotée en Bourse et les actionnaires se verraient payés en cash et en titres Alstom Transport.
Affaibli par une conjoncture européenne dégradée, une dette importante et des conditions de trésorerie tendues, Alstom est devenue une cible intéressante, tandis que GE parie sur un marché mondial porteur à moyen terme. Alors que les équipementiers des pays matures se préparent à la concurrence asiatique, le groupe de Patrick Kron n’a en outre pas réussi à concrétiser son projet de joint-venture avec le chinois SEC.
Le gouvernement, inquiet des résultats d’Alstom ces derniers mois (« Les Echos » du 18 février), a réagi prudemment hier. « Il ne m’appartient pas de commenter des rumeurs », a réagi le Premier ministre Manuel Valls. « Mais pour Alstom, comme pour tous les grands groupes français, nous sommes attentifs (...) aux emplois, aux technologies et au centre de décision ».
GE a certaines références : si Alstom compte 18.000 salariés en France (un cinquième de son effectif total), le groupe américain en compte environ 10.000, dont 4000 dans l’énergie. Il a aussi fêté en février quarante ans de partenariat avec Safran dans les moteurs d’avions. Et son siège européen se situe à Belfort, où GE avait racheté une usine à... Alstom, qui y construit ses turbines pour le nucléaire. Le groupe américain, dont le chiffre d’affaires plafonne (à 146 milliards de dollars l’an dernier), souffre d’ailleurs lui aussi de la morosité du marché européen de l’énergie : le site de Belfort a produit l’an dernier moitié moins de turbines qu’en 2009, selon une source interne.
Pour parer à ses difficultés, Alstom a annoncé à l’automne un plan d’économies et la cession d’une part minoritaire de sa branche Transport, pour laquelle elle prépare une introduction en bourse. Le groupe a aussi engagé des cessions d’actifs, en vendant au fonds Triton ses échangeurs thermiques pour 730 millions d’euros.
Si les discussions autour des activités de l’énergie se confirment, une question de concurrence pourrait se poser : GE, dont le chiffre d’affaires dans l’énergie et le traitement de l’eau avoisine 50 milliards de dollars, détiendrait déjà une part de marché de 42 % sur les centrales à gaz. GE s’est en revanche désengagé de l’hydroélectricité où Alstom est très présent, et, s’il est un leader dans l’éolien terrestre, GE n’a pas d’activité dans l’éolien en mer que tente de développer Alstom. Le groupe français tente aussi de monter en puissance dans les réseaux, mais le taux de marge y est pour l’instant presque deux fois moins élevé que dans le thermique, qui assure toujours l’essentiel du résultat opérationnel du groupe.
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