Sa mère, Maud, ne comprenait pas pourquoi, à 30 ans, son fils Anthony Rowley n’avait pas encore été élu au Collège de France ! A la vérité, nous non plus. Mais l’historien de… l’Europe et de la gastronomie, qui vient en son 59e printemps de nous être arraché brutalement, aura fait mieux que de décrocher la reconnaissance d’un aréopage émérite : il a conquis le cœur et l’esprit d’un nombre croissant de lecteurs de Marianne (grâce à ses grands dossiers historiques) et d’amis.
Car son travail gourmand de chercheur, de professeur, d’écrivain et d’éditeur – il fut un grand éditeur – ne se concevait ni ne s’exerçait sans cette prédilection infinie pour l’amitié, autour des mots, autour de la table, autour de la France, autour de la fidélité, autour de grands principes de justice républicaine que nous avions en commun.
Le lire, sur l’Europe comme sur la cuisine, était toujours un plaisir, à déguster et à partager entre proches toujours plus proches. Yeux bleus, panache roux, chaque fois plus roux, silhouette immense qu’il allongeait d’un autre panache, de Havane, celui-là, il nous apprenait toujours plus du passé et donc du présent, de la vie sucrée-salée.
Elle est amère aujourd’hui, la vie, à savourer toujours plus intensément et électivement. « M. le Professeur », cet individualiste anglo-saxon aimait à faire rêver, écrire et s’épanouir les autres : ses lecteurs, ses élèves, ses auteurs, ses enfants, ses amis les plus proches dont nous sommes si fiers d’avoir été, et quasi inconsolables de ne plus pouvoir le fêter.