Le quotidien révèle en effet que la gestion d'Anne Lauvergeon fait l'objet de deux enquêtes distinctes. La première, "conduite en toute discrétion par la Cour des comptes" selon "Le Monde", devrait déboucher sur un rapport définitif au mois de mai, annoncé comme "saignant" sur Areva, période 2006-2012.
Les magistrats de la rue Cambon estiment ainsi avoir mis au jour "de nombreuses irrégularités", liées au rachat en 2007 par le géant français du nucléaire de la société canadienne UraMin, propriétaire de gisements d'uranium en Afrique, pour 1,8 milliard d'euros.
"C'est au cours d'un banal contrôle que les magistrats de la Cour des comptes ont acquis la conviction que le rachat d'UraMin était éminemment suspect", explique le quotidien, qui pointe du doigt les conditions d'achat, le prix faramineux déboursé pour l'acquisition d'une société dont les ressources minières étaient loin d'être avérées et le fait que la direction d'Areva n'ait fait apparaître que tardivement dans ses comptes cet achat controversé.
Ordonnée dans le même temps, une enquête préliminaire portant sur des faits de "présentation ou publication de comptes inexacts ou infidèles", "diffusion d'informations fausses ou trompeuses", "faux et usage de faux", sur la période 2007-2011, a été confiée à la brigade financière. En cause lasynthèse des géologues d'Areva sur la qualité du gisement de Trekkopje (Namibie) qui aurait été "allégée" de ses parties négatives. L'Agence des participations de l'Etat (APE) aurait donc donné son feu vert à l'achat d'UraMin sans connaître certaines informations.
Interrogé par "Le Monde", l'avocat de Anne Lauvergeon, Me Jean-Pierre Versini-Campinchi, assure que sa cliente est "parfaitement sereine". Selon lui, ce n'est pas celle qui avait soutenu François Hollande durant la campagne présidentielle qui "a géré l'opération UraMin", mais son successeur Luc Oursel.
Et puis, poursuit le conseil, "s'il est clair que le rachat d'UraMin ne constitue pas la meilleure affaire qu'ait faite Areva, ce n'est pas un délit d'acheter une société trop cher !"
Le 16 mai, le tribunal correctionnel de Paris sera par ailleurs amené à juger une affaire d'espionnage touchant Areva, rappelle "Le Monde". Le dirigeant de la société suisse d'intelligence économique Alp Services, Mario Brero, cité à comparaître par le parquet de Paris, est poursuivi pour "complicité et recel de violation du secret professionnel" au préjudice d'Olivier Fric, consultant en énergie et... mari d'Anne Lauvergeon et de Ludivine Wouters, la fille de Daniel Wouters, ex-cadre d'Areva.
Mario Brero est accusé d'avoir enquêté sur la vie privée d'Olivier Fric en se procurant notamment ses relevés téléphoniques. Il aurait été mandaté par Sébastien de Montessus, alors directeur des activités minières du groupe, qui s'interrogeait sur l'achat d'UraMin, justement...
R.F. - Le Nouvel Observateur

