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Le titre du communiqué du ministère de la sécurité publique (police) (en chinois), publié mercredi 21 août et annonçant l'arrestation de quatre personnes pour diffusion de rumeurs est sans équivoque: il s'agit de "corriger le chaos sur l'Internet". Le délit des quatre personnes interpellées est d'avoir "créé et propagé des rumeurs et porté atteinte à la réputation d'autrui et pour profits illégaux".
Ce qui a provoqué leur perte, a annoncé la police, c'est le sacrilège d'avoir mis en doute la probité d'une figure mythique du régime communiste, le soldat Lei Feng. Promu sous le régime maoïste comme un modèle d'humilité et d'altruisme après son décès en 1963, il continue à être utilisée par le parti communiste chinois. Tous les 5 mars en Chine, une "journée Lei Feng" promeut les bonnes actions.
Les quatre personnes interpellées par la police de Pékin travaillent dans une société spécialisée dans le marketing et la promotion sur le Net. Il s'agit de son fondateur, Yang Xiuyu, et trois de ses employés, dont une figure des réseaux sociaux, Qin Zhihui, surnommé "Qin Huohuo" (Feu feu Qin).
Selon les enquêteurs, la société s'attaquait à la réputation de personnalités publiques pour faire le "buzz" et proposait également à ses clients d'effacer des posts ou de retrouver les adresses IP. La police a affirmé avoir été alertée par des internautes qui se sont offusqués des attaques portées par MM. Yang et Qin contre Lei Feng.
MM. Yang et Qin sont également accusés d'avoir diffusé sur les sites de microblogs une fausse information après l'accident entre deux trains à grande vitesse à Wenzhou, en juillet 2011, affirmant que le gouvernement allait verser 200 millions de yuans (24 millions d'euros) aux victimes étrangères. "En deux heures ils ont été retweetés 12 000 fois, provoquant un climat de mécontentement du peuple envers le gouvernement", affirme le communiqué du ministère de la sécurité publique. "Leur comportement a profondément terni le climat social, pollué l'environnement de l'Internet, provoquant une influence néfaste", souligne le texte.
Si certains internautes ont applaudi ces arrestations, d'autres s'inquiètent d'un climat de répression. Comme cet internaute de Shanghai, qui souligne que tous les cas de corruption ont été dévoilés grâce aux réseaux.
"On s'intéresse aux propagateurs de rumeurs qui viennent de la société civile, mais ceux qui appartiennent à la sphère officielle ne méritent-ils pas d'être objets d'enquête? Ceux qui ont affirmé publiquement que Liu Tienan (un ancien responsable gouvernemental limogé pour corruption) n'était pas corrompu, que Liu Zhijun (ancien ministre des chemins de fer condamné pour corruption) avait contribué au développement de la grande vitesse (...), ces articles officiels diffusés au peuple et affirmant que la qualité du lait en poudre Sanlu était bonne alors qu'il avait tué des gens... comment gérer ces médias officiels et ces porte-parole?".
Dong Lu, un présentateur de télévision, a choisi, lui, l'ironie en publiant sur son compte Sina Weibo: "Snowden, Qin Huohuo te demande de venir pour lui apporter à manger en prison!".
Par François Bougon