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Assassinat à Ajaccio de l'avocat Antoine Sollacaro, qui avait défendu Colonna

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Assassinat à Ajaccio de l'avocat Antoine Sollacaro, qui avait défendu Colonna
Créé le 16-10-2012 à 14h20 - Mis à jour à 18h26  lien
 

Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a estimé mardi qu'avec l'assassinat de l'avocat corse Antoine Sollacaro, tué à Ajaccio quelques heures plus tôt, c'était "un symbole de l'Etat de droit qui (était) mis en cause".
(c) Afp

Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a estimé mardi qu'avec l'assassinat de l'avocat corse Antoine Sollacaro, tué à Ajaccio quelques heures plus tôt, c'était "un symbole de l'Etat de droit qui (était) mis en cause". (c) Afp

AJACCIO (AFP) - L'un des avocats corses les plus connus, Antoine Sollacaro, ancien défenseur d'Yvan Colonna et de l'ex-dirigeant nationaliste Alain Orsoni, a été tué par balles mardi à Ajaccio, portant à 15 le nombre d'homicides cette année en Corse où les autorités dénoncent "une escalade criminelle".

Me Sollacaro, 63 ans, a été tué de plusieurs balles à bord de sa voiture vers 09H15 dans la station-service du centre d'Ajaccio où il s'arrêtait chaque matin pour acheter le journal, sur la route des Sanguinaires.

Une dizaine de douilles de projectiles de gros calibre de type 11,43, tirés à l'arme de poing, notamment dans la tête, par un tueur casqué et monté sur une puissante moto pilotée par un complice, avant qu'ils ne s'enfuient, ont été trouvées sur place.

Cet assassinat a provoqué une onde de choc en Corse. C'est le premier avocat tué depuis la mort de Me Jean Grimaldi, tué par balles le 6 novembre 1991 à Bastia. Selon le Conseil national des barreaux, il s'agit même d'une première en France depuis au moins vingt ans, avec un cas à Cannes (Alpes-Maritimes) la même année.

Né le 30 janvier 1949 à Propriano (Corse-du-Sud), Me Sollacaro, l'un des plus brillants pénalistes de Corse, était le père de deux enfants, dont un garçon avocat à Nice et une fille qui devait passer cette semaine des examens pour le devenir.

"On se demande bien pourquoi il y a tant de policiers en Corse", a lâché, sur place, effondrée, son épouse, tandis que les autorités de l'île exhortaient l'Etat à agir.

Ce décès par balles est le quinzième dans l'île depuis janvier et le deuxième mardi, après celui d'un ancien militant nationaliste, Jean-Dominique Allegrini-Simonetti, 50 ans, dont le cadavre a été découvert mardi matin dans sa voiture près d'un village de Balagne (Haute-Corse).

"C'est incontestablement une escalade. Nous avons déjà dit, avec Paul Giacobbi (président du Conseil exécutif de Corse et député PRG de Haute-Corse), au président de la République que la Corse (...) est la région la plus criminogène d'Europe. Il va bien falloir que l'Etat agisse pour enrayer cela", a déclaré le président communiste de l'Assemblée de Corse, Dominique Bucchini, sur les lieux de l'assassinat.

"Quand la robe de l'avocat est attaquée, c'est un des symboles de l'Etat de droit qui est mis en cause", a réagi le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, qui doit se rendre prochainement en Corse avec la garde des Sceaux, Christine Taubira.

Spirale criminelle

Mme Taubira a demandé au premier président de la cour d'appel de Bastia de transmettre "un message de tristesse et d'empathie" à la famille de Me Sollacaro et au barreau, selon la Chancellerie.

"Quand on s'attaque à un avocat, on a franchi l'infranchissable. La Corse est blessée. Antoine Sollacaro était un homme exceptionnel, s'attaquer à lui, c'était s'attaquer à la liberté. On est entré dans une spirale dont on aura du mal à sortir", a réagi le maire (DVG) d'Ajaccio, Simon Renucci.

Me Patrick Maisonneuve, qui a également défendu Ivan Colonna, s'est dit "abasourdi" par cet assassinat, estimant qu'un "palier (avait) été franchi" avec le meurtre d'un avocat.

Proche des milieux nationalistes, Me Sollacaro avait assuré jusqu'en 2011 la défense d'Yvan Colonna, condamné à la prison à perpétuité pour l'assassinat, en 1998, du préfet de Corse Claude Erignac.

Dans l'une de ses plus fameuses plaidoiries, lors du deuxième procès Colonna en février 2009, il avait qualifié la cour d'assises spéciale de Paris de "junte birmane", ce qui lui avait valu un avertissement.

"Pour nous, il n'y a aucun lien avec l'affaire d'Yvan", a déclaré à l'AFP son père, Jean-Hugues Colonna. "On est sous le coup de la nouvelle. Il a défendu Yvan pendant dix ans avec coeur et tellement de force", a souligné une proche de la famille.

Me Sollacaro défendait aussi l'ancien dirigeant nationaliste Alain Orsoni et son fils Guy, parmi d'autres clients dans des affaires relevant de la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Marseille, chargée notamment du grand banditisme corse. C'est la Jirs, dont l'avocat dénonçait souvent les méthodes, qui va être saisie du dossier de son assassinat.

Les enquêteurs, qui ne retiennent pas la piste nationaliste, étudient notamment un lien éventuel avec une vaste affaire de fraude aux marchés publics impliquant une société de sécurité, la SMS, dont plusieurs fondateurs comme Antoine Nivaggioni, que Me Sollacaro avait défendu, et Yves Manunta, ont été assassinés à Ajaccio.

Un conflit d'ordre privé n'est toutefois pas exclu par les enquêteurs, Me Sollacaro ayant depuis peu diversifié ses activités dans l'immobilier dans la région très convoitée de Porto-Vecchio (Corse-du-Sud).

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