Quarante-huit heures après le double attentat qui a endeuillé le marathon de Boston, la confusion régnait mercredi sur l'identification d'un suspect. La chaîne américain CNN a annoncé son arrestation, ce que les autorités ont par la suite démenti. La chaîne de télévision est elle-même revenue sur son annonce, parlant de «confusion» et de «malentendu», et précisant qu'un supect vu sur une caméra de surveillance n'avait pas même été identifié. Le Boston Globe maintient pour sa part que les enquêteurs disposent de «l'image d'un suspect portant, et peut-être déposant un sac noir sur le lieu d'une des deux explosions» qui a fait trois morts dont un enfant et près de 180 blessé, lundi.
Des témoins cités par Reuters ont par ailleurs indiqué qu'un hôpital de la ville et que la cour de justice de Boston auraient été évacués. Le Boston Globe précise que des centaines de personnes ont été éloignées de la zone proche du bâtiment fédéral Elles s'étaient rassemblées pour assister à l'arrivée du suspect, annoncé comme arrêté. Le Daily Beast évoquait, sur son compte twitter, la mise en place d'un «code rouge» et l'arrivée d'une équipe de démineurs sur les lieux.
Mardi, les autorités américaines avaient appelé les témoins à communiquer leurs moindres souvenirs de la scène, au cas où ils pourraient se remémorer une personne ayant déposé un sac à dos noir «particulièrement volumineux» non loin des barrières séparant la foule des marathoniens. «Quelqu'un sait qui a fait ça, insistait Rick DesLauriers, agent spécial du FBI nommé en charge de l'enquête. Quelqu'un a forcément vu quelque chose.» «Celui qui a fait cela, nous allons le trouver», précisait pour sa part le représentant démocrate Dutch Ruppersberger (Maryland), membre de la commission parlementaire sur le renseignement.
Tandis que les experts de la police scientifique américaines reconstruisent patiemment l'attentat à partir des débris collectés et envoyés dans les laboratoires de Quantico (Virginie, est), c'est donc l'autre travail de fourmi mené par le millier d'agents du FBI, celui consistant à passer au crible les innombrables témoignages, vidéos prises sur téléphone portable, et «tétrabytes» de bandes de vidéosurveillance, selon l'expression d'un enquêteur, qui pourrait avoir porté ses fruits le premier.
Des échantillons de shrapnel en cours d'analyse à Quantico ont émergé un sac à dos noir en Nylon ayant contenu l'un des deux engins explosifs improvisés, et un pan déformé de Cocotte-Minute argentée l'ayant abrité, visible sur des photos rendues publiques par le FBI. À cette dernière étaient attachés des câbles électriques, des fusibles, des clous et de petites billes d'acier, semblables à ceux retrouvés «par dizaines», selon les médecins, dans les corps mutilés des victimes.
Autre découverte surprenante, le couvercle d'une Cocotte-Minute aurait été retrouvé sur les toits surplombant la scène de l'attentat dans Boylston Street. De nombreux éclats de shrapnel pouvant avoir fait partie intégrante des engins explosifs improvisés (IED, pour «improvised explosive device») constellant les façades à proximité des «kill zones», indiquant l'épicentre des déflagrations, ont été également récupérés grâce à un minutieux travail de fourmi des agents sur place.
Avant l'arrestation de ce suspect, Rick DesLauriers avertissait que l'enquête serait longue, demandant à chacun «de la patience». Tandis que la police scientifique travaille d'arrache-pied à faire «parler» les débris des deux bombes, le millier d'agents fédéraux mobilisés n'exclut aucune piste. L'affaire «porte les stigmates d'un acte de terrorisme tout autant intérieur qu'étranger», confirme l'ancien directeur adjoint du FBI, Tom Fuentes.
La reconstitution minutieuse des deux bombes artisanales par les scientifiques de Quantico devrait permettre d'établir si elles ont été ou non activées à distance, par téléphone portable, selon l'usage des insurgés irakiens ou afghans.
Mardi soir, les experts interrogés sur les grandes chaînes d'information américaines concordaient dans leur analyse: le type d'explosif, le modus operandi semblent pointer du doigt un «loup solitaire», qu'il appartienne aux milices extrémistes blanches américaines déjà responsables des attentats d'Oklahoma City (1995) et d'Atlanta (1996) ou à un mouvement islamiste étranger, proche ou non d'al-Qaida, auteur des attentats du 11 septembre 2001.
L'identité de la troisième des victimes de l'attentat a été révélée mercredi: il s'agissait d'une étudiante chinoise originaire de Shanghai, Lingzu Lu, arrivée en octobre dernier à Boston.
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