On espère en tout cas que l’initiative viennoise n’est qu’un premier pas. Maintenir plus de 200 parlementaires, est-ce bien raisonnable ? Et au fond, ne conviendrait-il pas de briser ce tabou à l’échelle de l’Union européenne ?
Certes, par temps de prospérité, il peut être élégant de conserver des élus du peuple. Mais, par temps de crise, peut-on encore se payer le luxe de la démocratie ?
Est-ce bien compatible avec les exigences de compétitivité mondiale, auxquelles nous ne pouvons échapper ?
(On suggère cependant d’épargner l’europarlement, tant les citoyens, qui ne manquent la retransmission d’aucune de ses séances, y sont attachés).
Bien sûr, la question peut choquer ceux de nos compatriotes qui n’ont pas encore bien compris à quel point, dans ce monde désormais fatalement interdépendant, nous avons changé d’époque. Mais regardons les choses en face : n’est-il pas temps de s’interroger sur le coût de députés dont une large part du travail consiste à mettre en forme et transposer les remarquables prescriptions et directives européennes — et désormais approuver un budget déjà formaté ?
Conservent-ils au moins la prérogative de former des majorités et de mettre en place un exécutif à la tête de leur pays ? Bruxelles soit loué, on sait depuis 2011 qu’il n’en est rien. La Commission européenne, constatant la gabegie politique en Grèce comme en Italie, a jugé plus prudent — et plus simple — d’organiser elle-même un changement à la tête des gouvernements à Athènes et à Rome.
Et force est de constater qu’en dénichant deux anciens de Goldmann Sachs (dont un ancien commissaire et un ancien de la BCE), elle a opéré un choix tout de même plus avisé que n’importe quelle assemblée élue, qui demeure — c’est bien le problème, du reste — attachée à ses électeurs, même très vaguement. On le voit, organiser de futurs plans sociaux parmi les parlementaires ne serait pas seulement source d’économies immédiates, mais aussi d’efficacité et de sagesse.
Comme en Grèce, les dirigeants européens avaient du reste signifié — et avaient eu cette fois la gentillesse de le faire très explicitement — aux électeurs irlandais, puis portugais, que leur vote était libre, bien sûr, mais qu’il ne saurait influer sur la politique qui devait être mise en œuvre, puisqu’il n’y a évidemment pas le choix. La classe politique autrichienne est, elle, plus raisonnable, ou plus prévoyante : elle a associé la gauche et la droite dans la coalition gouvernementale avant même qu’on lui demande.