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Ayrault, une autorité mise à mal

15 octobre 2012

Ayrault, une autorité mise à mal

Comme Vincent Peillon, ils sont de plus en plus nombreux parmi les ministres à prendre des positions à contre-courant de celles du gouvernement. Des sorties qui mettent à mal l'autorité de Jean-Marc Ayrault, dont la capacité à diriger est de plus en plus contestée.

Jean-Marc Ayrault a-t-il un problème d'autorité? "Clairement, et d'ailleurs c'est l'une des raisons pour lesquelles il y a cette perte de confiance des Français vis-à-vis de l'exécutif." L'explication a été donnée par Xavier Bertrand dimanche sur France 5. Le soir-même, Vincent Peillon en a fait la démonstration : le ministre de l'Education s'est dit favorable à un débat sur la dépénalisation du cannabis, en parfaite opposition avec la position du gouvernement sur la question.

Il fallait donc réagir et vite. Parfaite occasion pour le Premier ministre, en chute libre dans les sondages, d'asseoir son autorité. D'abord, Matignon met les choses au clair auprès de l'AFP : "Il n'y aura pas de dépénalisation du cannabis." Puis, Jean-Marc Ayrault, en déplacement à Nantes, rappelle la règle à ses ministres : "Lorsqu'ils sont à la radio et la télévision, ils doivent défendre à la fois la politique de leur ministère et la politique du gouvernement, et rien d'autre." Et comme pour mieux donner la preuve de son autorité, le chef du gouvernement a raconté devant les journalistes avoir reçu lundi matin un appel téléphonique de Vincent Peillon lors duquel ce dernier a "regretté tout à fait d'avoir évoqué ce sujet"."En effet ce n'est pas la position ni du gouvernement, ni du président de la République et ça n'a pas changé." Finalement, on apprend par Europe 1 que François Hollande a lui aussi appelé Vincent Peillon et le ministre "a eu droit à une engueulade maîtrisée", selon un conseiller élyséen. Le recadrage du Premier ministre n'aurait-il pas suffi?

"La machine à arbitrage de Matignon a fonctionné à plein tout l'été"

 

En plus de donner des armes à la droite, cette sortie du ministre de l'Education met une nouvelle fois à mal l'autorité du Premier ministre. Et Vincent Peillon n'est pas le seul à prendre certaines libertés. Déjà, en juin dernier, la ministre du Logement Cécile Duflot s'était dit favorable à la dépénalisation du cannabis. Dimanche, la ministre de la Santé Marisol Touraine s'est prononcée pour la procréation médicale assistée (PMA)  tout comme le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, Bruno Le Roux, alors que le gouvernement a décidé de ne pas inclure cette question dans le projet de loi à venir. Les députés socialistes multiplient aussi les amendements aux projets de loi du gouvernement pour prouver leur indépendance.  Dans le même temps, ils sont de plus en plus nombreux dans les rangs socialistes – Claude Bartolone, Harlem Désir… - à douter publiquement de l'objectif fixé par le gouvernement d'atteindre la barre des 3% du déficit public du PIB.

Autant de cas qui donnent l'illustration d'un gouvernement dispersé et d'un Premier ministre en mal d'autorité. Pourtant, une députée socialiste l'atteste : "Jean-Marc Ayrault a remis Matignon dans le rôle dans lequel il devait être. La machine à arbitrage de Matignon a fonctionné à plein tout l'été." Le chef de file des sénateurs socialistes, François Rebsamen, prend aussi la défense du locataire de Matignon : "Le Premier ministre est le chef d'orchestre. La répartition des rôles est claire." Même réponse de Harlem Désir sur BFMTV : "La réalité c’est que le Premier ministre exerce toute son autorité, il fait les arbitrages, il dirige le gouvernement et la politique de la France (…) C’est un homme du peuple (…) Il a montré son autorité et sa pugnacité."

Mais sur la forme, l'analyse est plus nuancée. "C'est son style de communication qui déçoit les médias", analyse la députée. Le discret Jean-Marc Ayrault peine en effet à imprimer sa marque et la presse se montre de plus en plus critique à son encontre. "Trop, c'est trop", a dénoncé lundi Jean-Christophe Cambadélis lundi sur Radio Classique, disant avoir eu un "haut-le-coeur". L'ancien rival de Harlem Désir pour la tête du parti donne une explication à ce qu'il qualifie de "désamour" : "Il est provincial, il n'est pas énarque, il ne fait pas partie des dîners en ville, il ne copine pas avec la plupart des grands journaux, donc il y a 'bashing'". Et de conclure : "Qu'est-ce qu'on lui reproche? Rien!"

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