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BAC de Marseille

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BAC de Marseille : "La hiérarchie ne doit accepter aucun dérapage de quelque ordre que ce soit"

Le Monde.fr | <time datetime="2012-10-09T17:14:05+02:00" itemprop="datePublished">09.10.2012 à 17h14      </time>
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<figure class="illustration_haut"> Devant les locaux de la brigade anticriminalité de Marseille, le 2 octobre 2012. </figure>

Manuel Boucher, sociologue et auteur de Les Internés du Ghetto : Ethnographie des confrontations violentes dans une cité impopulaire (L'Harmattan, 2010), analyse le profil des policiers des brigades anticriminalité (BAC) après la suspension de 33 fonctionnaires marseillais soupçonnés d'avoir volé et extorqué de l'argent et de la drogue à des dealers.

Qui sont les policiers qui travaillent au sein des brigades anticriminalité (BAC) ?

Manuel Boucher : Les équipages des BAC sont composés de 2, 3 ou 4 policiers, généralement habillés en civil et amenés à intervenir sur des zones assez larges. Ils sont d'abord là pour faire du "saute-dessus", c'est-à-dire du flagrant délit sur les faits de délinquance. Il faut distinguer la BAC de jour et la BAC de nuit car les deux brigades n'effectuent pas le même travail.

Les policiers qui travaillent la nuit sont souvent jeunes. Ils ont choisi la BAC parce qu'elle promet confrontation, testostérone et adrénaline. La possibilité de pouvoir faire usage de la force y est valorisée. Il y règne une culture dite "viriliste".

A Marseille, par exemple, où j'ai mené une étude de terrain, la BAC doit être considérée comme une police dite de "guerre", tout comme les brigades spécialisées de terrain (BST). Leurs méthodes sont différentes de la police dite "de paix", comme l'unité de prévention urbaine (UPU) où les policiers, eux aussi en civil, ne sont pas armés. Ce qui est fondamental pour collecter des informations et faire de la médiation.

Et les policiers qui travaillent le jour, comme dans la brigade mise en cause à Marseille ?

Ceux qui travaillent dans les BAC de jour sont souvent plus âgés. Ils ont plus d'expérience. J'ai par exemple rencontré un policier d'une BAC de jour qui était en poste depuis plus de vingt-cinq ans.

A la différence de leurs collègues "nuiteux" qui font essentiellement du maintien de l'ordre, les membres des BAC jour font davantage de judiciaire. Ils interviennent dans un espace où tout est ouvert et ont des relations sociales avec les délinquants. Lorsqu'un policier de la BAC jour va arrêter une personne recherchée, il peut par exemple la tutoyer parce qu'il l'a déjà arrêtée, parce qu'il connaît ses proches... Une relation ambiguë peut se créer.

Pour faire du judiciaire, il faut des informations, et pour en avoir, il faut parfois passer sous silence certains petits faits de délinquance. Dans certaines configurations, si la proximité n'est pas reliée à une posture éthique forte, ça peut déraper.

Dans quelle mesure est-ce qu'un sentiment d'impunité peut alors se développer ?

Les services de contrôle internes à l'institution policière (IGS et IGPN) se montrent généralement sévères par rapport aux cas de malversations financières, comme à Marseille. En revanche, les condamnations pour des comportements outranciers ou des usages disproportionnés de la violence sont beaucoup plus rares.

Il y a donc une dissymétrie dans le contrôle des services de police. Et s'il y a deux poids deux mesures, il ne faut pas s'étonner que des policiers puissent sortir du cadre républicain. Pour des policiers exemplaires, il faut une hiérarchie exemplaire qui n'accepte aucun dérapage, de quelque ordre que ce soit.

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