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Ballon d'Or 2012 : Messi meilleur joueur ou chouchou des médias ?

Ballon d'Or 2012 : Messi meilleur joueur ou chouchou des médias ?

Modifié le 08-01-2013 à 10h21   lien

Temps de lectureTemps de lecture : 4 minutes

LE PLUS. Jamais trois sans quatre : l'attaquant argentin a remporté pour la quatrième fois consécutive le Ballon d'Or. Mais ce trophée récompense-t-il vraiment le palmarès footballistique de Lionel Messi ou sa notoriété médiatique ? Notre contributeur Jérémy Mateos fait le tour de la question.

Édité par Daphnée Leportois

L'Argentin Lionel Messi, sacré meilleur joueur de l'année 2012, a reçu le trophée du Ballon d'Or de la Fifa le 7 janvier 2013 à Zurich (S.SCHMIDT/SIPA).

Lionel Messi, sacré meilleur joueur de l'année 2012, a reçu le trophée du Ballon d'Or le 7 janvier 2013 à Zurich (S.SCHMIDT/SIPA).

 

Comme attendu, Lionel Messi a été sacré hier soir pour la quatrième fois consécutive, un record. Ronaldo ne faisant pas l'unanimité dans la sphère footballistique en raison de ses déclarations parfois tonitruantes et de l'attitude (réelle ou supposée) qu'on lui prête ; Iniesta ayant reçu un lot de consolation avant l'heure (le prix UEFA du meilleur joueur évoluant en Europe), il ne faisait aucun doute que l'Argentin serait primé.

 

Si le talent de ce joueur hors norme s'avère incontestable, l'issue du vote souligne cependant la fluctuation d'un règlement interprété au gré des humeurs des jurés autant que la dimension excessivement marketing que peut revêtir cette distinction.

 

Voter selon le degré d'exposition médiatique des nominés

 

Il y a des règlements auxquels on peut faire dire ce que l'on veut, ou presque. S'agissant du Ballon d'or, la chose est parfois vérifiable : une année, la priorité va au palmarès ; l'autre, les performances individuelles prévalent.

 

Ainsi, tandis que Ronaldo a récolté le soulier d'or en 2011 (meilleur buteur tous championnats confondus), le jury sacrera les trophées collectifs de Messi. Inversement, l'édition 2012 couronne ce dernier pour son impressionnant rendement personnel malgré une saison pâle au plan du palmarès, au détriment des titres en équipe de Ronaldo et Iniesta, mais aussi Casillas et Falcao. En revanche, il serait injuste de ne considérer Messi "que" comme un grand soliste, lui qui a su faire évoluer ses qualités de passeur et même de meneur au cours des dernières années.

 

Quant à l'équipe type de l'année (récompensée par le "Onze Fifa 2012"), elle aussi désignée ce lundi 7 janvier, on ne peut pas dire qu'elle soit très représentative de la réalité sportive récente. De fait, la présence de Piqué, irrégulier cette saison et souvent relégué sur le banc de touche, semble davantage récompenser la notoriété du joueur.

 

Alors, on se demande si une partie non négligeable du jury n'est pas guidée par un réflexe pavlovien, conditionné, qui pousserait à voter selon le degré d'exposition médiatique des nominés. De même, l'absence d'un Pirlo pourtant étincelant avec la Juventus de Turin et l'Italie heurte le bon sens et soulève une question : parmi les jurés, combien suivent avec régularité les différents championnats européens sans se contenter des affiches les plus vendeuses ?

 

Toujours est-il que le Ballon d'or nous aura réservé quelques surprises au fil des ans et certains de ses choix ont parfois semblé s'inscrire dans une pulsation marketing. À titre d'exemple, Buffon n'a-t-il pas échoué aux portes du trophée en 2006 au profit d'un Cannavaro jugé plus vendeur ?

 

Zidane, quant à lui, ne pouvait de toute façon prétendre à la distinction malgré sa grande Coupe du monde : son coup de tête l'a subitement transformé en "mauvais exemple pour les enfants", premiers destinataires et réceptacles des écrans publicitaires télévisés. Car voyez-vous, qu'importe qu'un neuneu vous asperge d'insultes et que la testostérone et les nerfs puissent affaiblir le self-control et la lucidité; l'important, c'est de rester robotique en toutes circonstances pour ne pas faire fuir les sponsors.

 

Messi, roi du marketing ?

 

Au-delà des aptitudes sportives qu'il sacre, l'adoubement de Messi découle aussi d'une construction médiatique bâtie autour de lui par l'ère du marketing. À l'heure de la communication reine et de l'image sacrée/sucrée, quoi de plus rentable que de dénicher une histoire porteuse et fédératrice à raconter pour en accentuer les contours ?

 

Les ficelles sont connues. D'abord, utiliser l'enfance du joueur jusqu'à l'indigestion pour donner dans le sentimentalisme "Bisounours" façon conte de fées vendeur. Ensuite, encercler ce joueur avec la pression lisse de la communication, bulle de langue de bois, et lui faire porter le costume envahissant (aucun rapport ici avec la tenue arborée hier par l'Argentin) d'une prétendue mission "morale".

 

Enfin, trouver une dualité sportive réelle, puis la faire dériver sur le terrain du jugement de valeurs en la parant de toutes les extrapolations possibles et en personnalisant le duel à outrance. En l'occurrence, le feuilleton hebdomadaire, placement rentable s'il en est, s'intitule "L'humble Messi contre l'arrogant Ronaldo".

 

"Messi est d'un fair-play sans équivalent, le Ballon d'or décore également son comportement", a-t-on pu entendre hier soir. S'il est vrai que Ronaldo a par le passé pu forcer sur le flacon d'autosatisfaction ("Les joueurs me jalousent car je suis doué, beau et riche."), faire entrer la donnée comportementale des nominés dans les critères d'évaluation semble délicat.

 

Et Messi, aussi appréciable de simplicité et enthousiasmant qu'il soit sur les terrains, n'en reste pas moins capable de coups de sang étonnants. N'a-t-il pas demandé à voir son salaire rehaussé dernièrement, dans une bouderie semblable à celle de son homologue madrilène ? Et puis allons parler de son fair-play à Maicon, défenseur de l'Inter de Milan à qui l'Argentin a délibérément cassé une dent, emporté par l'inhabituelle frustration de la défaite...  Il est plus facile d'être humble dans la victoire en effet.

 

Ne pourrait-on pas simplement considérer Messi comme un grand sportif au lieu de vouloir s'engager sans cesse dans une interprétation morale vaseuse ?

 

Plus généralement, ce qui gêne est peut-être moins le fait de voir un joueur aussi talentueux glaner plusieurs Ballons d'or que de constater qu'Iniesta, malgré un palmarès sans égal et un rôle majeur dans son édification, reparte systématiquement bredouille. Sans doute est-ce là le lot de ce type de trophée.

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