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Birmanie : que fait l'Europe ?

 De la pleutrerie à la responsabilisation: le pas que doit franchir l'Union Européenne dans le dossier birman

2010 est une année importante pour la Birmanie.

Tout d'abord, c'est l'année du vingtième anniversaire des élections législatives de 1990, remportées haut la main par le parti démocrate birman (NLD). Le parlement n'a pourtant jamais siégé en raison de la non-reconnaissance des résultats par la junte militaire qui dirige le pays d’une main de fer depuis 1962. La plupart des élus démocrates ont été arrêtés, emprisonnés et torturés. 2010, c'est aussi l'année du vingtième anniversaire du prix Sakharov pour la démocratie et contre l'oppression dont Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix et leader de la NLD, fut lauréate en 1990. Aung San Suu Kyi a eu 65 ans cette année et est, à l'heure actuelle, toujours assignée à résidence dans son pays. Elle aura ainsi été privée de liberté quatorze des vingt dernières années. Mais 2010 c'est surtout une année d'une importance historique pour l'avenir de 57 millions de birmans puisque les généraux birmans ont décidé d'organiser un simulacre d'élections dont l'objectif est de pérenniser « légalement » leur influence.

Le processus électoral programmé par les généraux birmans ne s'annonce ni libre ni équitable car il empêche la constitution de toute opposition crédible. Aung San Suu Kyi ainsi que nombreuses autres personnes de l'opposition sont ainsi frappées d'inéligibilité par la promulgation de récentes lois électorales (State Peace and Democracy Council Law No. 1/2010 et State Peace and Democracy Council Law No. 2/2010). Le 29 mars 2010, la NLD a annoncé que les conditions de participation imposées par ces lois électorales ne permettaient pas au parti de prendre part activement au processus électoral. Cette décision est lourde de conséquences: les lois électorales prévoient en effet que tout parti n’ayant pas signifié son adhésion au scrutin doit cesser d’exister ! Ainsi, le 7 mai dernier, la NLD d’Aung San Suu Kyi, ce parti qui porte depuis 20 ans, pacifiquement, l’espoir de l’écrasante majorité des birmans qui croient au changement, a été dissout.

Dans cette perspective, l'Union Européenne (U.E.) – dont la Belgique assurera la présidence tournante jusqu’en décembre 2010 – doit s’affirmer en soutenant les démocrates birmans et en adoptant une position ferme par rapport aux généraux. Au regard du contexte actuel, quatre grandes priorités devraient impérativement être défendues par l’U.E.:

1.  Sommer la libération immédiate de tous les prisonniers politiques, y compris d’Aung San Suu Kyi; 

2. Soutenir la mise en place d’une commission d’enquête internationale sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis par le régime birman et dénoncés dans le récent rapport publié par M Quintana, rapporteur spécial des Nations Unies sur les Droits de l’Homme;

2.   Exiger la cessation immédiate des attaques quotidiennes contre les minorités ethniques ainsi que le maintien de l'aide humanitaire et le renforcement de la protection des camps de réfugiés installés à la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie;

3.   Rejeter la farce électorale qui devrait être organisée à la fin d'année par la junte militaire, en conformité avec la décision prise le 29 mars 2010 par le parti d'Aung San Suu Kyi;

Le mouvement démocratique birman repose tout particulièrement son espoir sur l'action européenne car un véritable changement ne peut concrètement s’apprécier qu’à travers des signes d’ouverture significatifs dans le chef des généraux. Or, force est de constater que la situation ne cesse de s’empirer de jour en jour pour la majorité de la population confrontée aux exactions de l’armée birmane. Afin de sensibiliser nos élus à leurs conditions de vie dramatiques, Actions Birmanie a accompagné quatre de nos parlementaires lors d’une traversée clandestine de la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie en mars dernier (reportage de la RTBF accessible au lien suivant: http://www.rtbf.be/info/monde/birmanie/birmanie-au-coeur-de-lopposition-a-la-dictature-210183). Dès leur retour, en raison de l’urgence de la situation, ceux-ci ont interpellé conjointement notre ministre des affaires étrangères, Steven Vanackere, pour que la Belgique, dans le cadre de sa présidence de l’U.E., joue un rôle de premier plan dans la définition de la politique européenne commune sur la Birmanie à un moment charnière pour l'avenir de ce pays.

« Si vous croyez aux lutins, aux elfes et aux trolls, vous pouvez croire qu’il y a un processus de démocratisation en Birmanie »

P.S. Pinheiro (Précédent Rapporteur Spécial de l’ONU sur les Droits de l’Homme)

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