
A Sittwe, des forces de securité tirent en l'air pour effrayer les émeutiers. Photo de notre Observateur Htoo Tay Zar, qui a pris cette photo mardi.
Des violences meurtrières entre bouddhistes et musulmans secouent l’État de Rakhine, dans l’ouest de la Birmanie. L’armée y est déployée, mais la situation reste explosive. Un couvre-feu et l’état d’urgence ont été décrétés dans la région, et l’insécurité rend très difficile le travail des journalistes étrangers. Nous avons pu joindre nos Observateurs birmans de cette région.
Au moins 21 personnes ont été tuées depuis vendredi dans de violents affrontements entre les Rohingyas, la minorité musulmane et apatride confinée dans l’État de Rakhine (Lls musulmans représentent 4% de la population du pays), et la majorité bouddhiste. Mais les organisations de défense des droits de l’homme craignent un bilan bien plus lourd que celui rapporté par les autorités du pays. Arakan Project, qui milite pour les droits des Rohingyas, évoque "plusieurs dizaines" de morts. Des chiffres très difficiles à vérifier puisque tous les humanitaires ont été évacués.
Ces violences confessionnelles ont éclaté le 3 juin après le lynchage de 10 musulmans par une foule de bouddhistes qui voulaient venger le viol d’une femme dans le sud de Rakhine. Les attaques ont repris le 8 juin dans la ville de Maungdaw, où des forces de sécurité birmanes auraient ouvert le feu sur un groupe de Rohingyas. Les témoignages sur le fait qu’ils aient ciblé ou non les musulmans restent contradictoires.
Depuis le 8 juin, l’armée patrouille à Maungdaw mais les violences se sont tout de même propagées dans les villes voisines, notamment à Sittwe. Des centaines de maisons y ont été brûlées et plusieurs témoins ont rapporté des combats de rue entre les Rohingyas et des locaux bouddhistes de Rakhine.
Les Rohingyas vivent le long de la frontière avec le Bangladesh et sont appelés en Birmanie les "Bengalis", du nom de leur dialecte. Apatrides, ils ne font pas partie des minorités ethniques reconnues par le pouvoir, alors que les activistes rohingyas clament leur appartenance historique à la Birmanie. L’ONU estime leur nombre à 800 000 et les considère comme l’une des minorités les plus persécutées de la planète. Sur Internet, les Birmans abreuvent en ce moment les Rohingyas d'insultes, les qualifiant d’ "immigrés illégaux", d’ "envahisseurs" et de "terroristes".




