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Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du Parti socialiste. - AFP
Je crois que le débat économique change de nature en France et en Europe. La japonisation de l’économie européenne menace. Il y a danger avec le fléchissement des prix ce mois-ci en France, leur niveau historiquement bas en Europe, une croissance anémique, une demande faible, un euro fort. Nous sommes en situation de prédéflation, si ce n’est de déflation. J’appelle immédiatement à un débat public national sur ce sujet.
D’abord, sur le diagnostic en Europe. En Allemagne, on voit que la croissance stagne, les investissements et la consommation sont en baisse. En Italie, malgré la « Renzimania », l’économie dévisse. La France fait du surplace, malgré ses réformes et le prix électoral faramineux que nous avons dû payer. Elles lui permettent de se maintenir, mais pas de progresser. Or endiguer la crise, ce n’est pas la surmonter. Il y a un débat à avoir en France et en Europe sur la nature du moment dans la crise que nous traversons.
Il ne faut pas demander la permission. Ce ne serait pas du niveau de la France. Il faut provoquer le débat. Car que nous dit l’Allemagne ? Qu’elle ne voit pas, à cette étape, d’élément nouveau ou majeur conduisant à un changement de la politique économique menée en Europe. Or il y a un changement majeur : c’est la déflation. Ne discutons pas de ce qui nous a conduits là, mais de la situation dans laquelle nous sommes maintenant. L’évidence, quand on voit la situation de la croissance en Allemagne, c’est qu’il n’y a pas de quoi se réjouir. Les Allemands seraient bien fondés à, avec nous, analyser la situation réelle dans laquelle nous sommes.
C’est un débat de sourds. La France fait des réformes. Elles ont un prix électoral considérable. Beaucoup de pays font des efforts. Mais la spirale de l’austérité, qui les a conduits à la récession, produit de nouveaux effets, ceux de la déflation. Nos amis allemands devraient se rendre compte que leur investissement est plus que léger et que leur croissance est particulièrement faible. Dans ces conditions, ils ont des mesures à prendre, comme nous, pour relancer la zone euro.
Je ne veux pas ouvrir à cette étape le débat sur les solutions. Encore que, si l’on écoute ce que dit le chef économiste du FMI, Olivier Blanchard, une inflation de 4 % serait nécessaire en zone euro. Nous sommes sous la barre de 1 %. Or, ce que disent les traités européens, c’est que l’objectif principal du système européen de banque centrale est de maintenir la stabilité des prix. Il y a là des mesures à prendre entre les 4 % réclamés par le FMI et la réalité.
Mais les réformes sont engagées à un niveau qui n’a jamais été porté par la France auparavant ! Il faut arrêter ce débat sur les réformes françaises. A moins qu’il ne contienne des arrière-pensées qui seraient, pour l’Europe, de ne pas bouger. Or il y a urgence. Ce n’est pas quand nous serons dans la déflation qu’il faudra prendre des mesures. La spirale japonaise dure depuis plus de dix ans. C’est maintenant qu’il faut discuter et agir, pas quand nous serons le nez dedans.
C’est inévitable. Je m’étais déjà exprimé là-dessus pendant la campagne des élections européennes. Ces seuils ont été fixés avant la crise. Et, aujourd’hui, il y a une nouvelle situation. On est dans une possible déflation. Il faut en tenir en compte. Il faut donner du temps pour réduire le déficit public, pour atteindre cet objectif de 3 %, comme l’a dit entre autres le président du Parlement européen, l’Allemand Martin Schulz.
Je suis attaché à l’équilibre qui avait été trouvé lors du débat parlementaire. Il faut un geste pour le pouvoir d’achat des ménages, et notamment les salariés. Les mesures seront prises dans le cadre de la loi de finances. Je souhaite qu’elles soient de la même ampleur que celle qui a été censurée par le Conseil constitutionnel.
Il ne faut pas se tromper de débat. Nous ne sommes plus dans la situation précédente. Le temps n’est plus aux polémiques sur des mesures techniques d’hier, mais à un grand débat sur la nouvelle donne économique. J’appelle à ne pas mener des combats d’arrière-garde, mais à se confronter à la nouvelle situation.
Toutes les options sont sur la table, celle-ci comme les autres. Je n’exclus aucune possibilité. Mais, avant de débattre des mesures, il faut d’abord tomber d’accord sur le diagnostic.
Bien sûr que le gouvernement a une majorité à l’Assemblée. Il ne faut pas confondre les mouvements d’humeur et les réalités politiques, on l’a vu pendant la session extraordinaire du mois de juillet lors des votes sur les collectifs budgétaires. Je demande aux uns et aux autres de faire preuve de responsabilité. Le moment est difficile. Il ne s’agit pas de se chamailler mais de se rassembler.
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