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Par Stéphanie Gée, à Phnom Penh, publié le 21/11/2011 à 14:13, mis à jour à 14:19
C'est le régime khmer rouge et sa folie meurtrière - 1 Cambodgien sur 4 y a perdu la vie - qui sont jugés à travers trois de ses dirigeants.
REUTERS/Nhet Sokheng/ECCC/Handout
Après une série de retards et une ouverture toute symbolique en juin dernier, le procès des anciens dirigeants khmers rouges est enfin sur les rails à Phnom Penh. Plus de trente ans après les faits, trois des plus hauts responsables politiques encore en vie du régime totalitaire de Pol Pot (1975-1979) doivent répondre de crimes contre l'humanité, crimes de guerre et génocide. L'événement est historique: la procédure, qui devrait durer des années, concerne quelque 4000 parties civiles. Pour en donner la mesure, le ministre cambodgien de l'Information a donné pour consigne aux radios et télévisions du pays de diffuser les premières journées d'audience.
C'est le Kampuchea démocratique et sa folie meurtrière - 1 Cambodgien sur 4 y a perdu la vie - qui seront jugés à travers ces trois grand-pères: Nuon Chea le trublion, 85 ans, dit "Frère numéro 2" dans la hiérarchie khmère rouge; Ieng Sary le hiératique, 86 ans, ancien chef de la diplomatie de Pol Pot; Khieu Samphan l'attentif, 80 ans, ex-chef d'Etat du régime. Ce dernier est défendu par Me Paul Vergès, son vieil ami, prêt à exposer à la barre sa version de l'histoire qu'il a déjà consignée par écrit. Les trois accusés plaident innocent.
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A la veille de l'ouverture des débats au fond, un quatrième inculpé devait comparaître... Ieng Thirith, ministre des Affaires sociales de Pol Pot et seule femme poursuivie, a été déclarée " inapte à être jugée ". Elle souffre de pertes de mémoire et de la maladie d'Alzheimer, selon les médecins. Toutefois, de nombreux Cambodgiens expriment des doutes quant à son état de santé: la tromperie est un art consommé chez les Khmers rouges, assènent-ils en choeur. Que l'épouse de Ieng Sary échappe à un jugement suscite la consternation, et la perspective qu'elle puisse être libérée dans quelques semaines provoque la colère.
Cette procédure est la deuxième à se tenir devant le tribunal parrainé par les Nations unies: en juillet 2010, Douch, alias Kaing Guek Eav, chef de la prison S21 à Phnom Penh, où environ 15000 personnes ont été torturées et tués, a été condamné à 30 ans de prison. Ce nouveau procès, d'une importance capitale, sera sans doute le dernier concernant cette période. Mais beaucoup redoutent sa complexité, sans équivalent, dit-on, depuis les procès de Nuremberg, au lendemain de la Seconde guerre mondiale.
Le temps est compté, car les accusés sont âgés et souffrants. Or, à peine la procédure a-t-elle démarré que la cour a semblé naviguer à vue: ses décisions tardives - comme celle portant sur Ieng Thirith - ont pris de court des parties passablement irritées. La Chambre de première instance a retenu une formule originale, celle d'un découpage de la procédure en plusieurs mini-procès, chacun réduit à une partie des chefs d'accusation. La disjonction des poursuites constitue peut-être le seul espoir d'aboutir à un jugement, même partiel, avant le décès des accusés - une échéance que beaucoup redoutent. "Si les accusés meurent avant d'être jugés, aurons-nous obtenu justice?", interroge le médiatique survivant Chum Mey, 80 ans.
Par ses choix, la cour a pris le risque de se heurter à des blocages ultérieurs.