Le gouvernement chinois rédige régulièrement, à l’attention des Nations Unies, un rapport

immanquablement élogieux sur la situation des droits de l’Homme en Chine. Cao Shunli, une

femme d’une cinquantaine d’années qui souhaitait participer l’an dernier à l’élaboration de ce

texte en vue de le rendre plus réaliste, vient de le payer de sa vie.

Arrêtée à l’aéroport de Pékin le 14 septembre dernier, alors qu’elle se rendait à Genève, à l’invitation

d’une ONG, afin de suivre un programme de formation sur les mécanismes des droits de l’Homme

aux Nations unies, Cao Shunli a été jetée en prison. Au bout de peu de temps, elle a contracté la

turberculose et une maladie des reins. Ses demandes de soins ont, à plusieurs reprises, été refusées

par le Centre de détention du district de Chaoyang de Pékin où elle était internée. Lorsqu’elle a

finalement été hospitalisée, fin février, elle était à l’agonie. Elle est décédée vendredi. Selon sa

famille, son corps portait des traces de coups. L’hôpital militaire où elle était soignée a refusé de

laisser la famille de Cao Shunli photographier sa dépouille.

En juin dernier, Cao Shunli avait organisé à un sit-in devant le Ministère chinois des affaires

étrangères. Elle demandait à ce que les «citoyens chinois» soient autorisés à participer à l’élaboration

du rapport sur les droits de l’Homme en Chin, qui devait être rendu public quatre mois plus tard à

l’ONU. Le rapport chinois a été présenté sans la moindre contribution de la société civile chinoise

en octobre à Genève - et la République populaire de Chine a été élue le mois suivant membre du

Conseil des Droits de l’homme de l’ONU.

Il n’est pas rare que les prisonniers de conscience chinois se «suicident» en prison. D’autres décèdent

en détention, ou peu de temps après avoir été libérés, à la suite de maladies non soignées. Le dernier

cas précédent celui de Cao Shunli remonte au 28 février dernier. Tashi Palior, un Tibétain de 34 ans

arrêté en possession de documents «subversifs» a été emmené dans un commissariat de Chamdo, au

Nord-est du Tibet, rapporte Radio Free Asia. Torturé, il est mort le lendemain, sur le chemin de

l’hôpital, selon sa famille.

Philippe GRANGEREAU De notre correspondant à Pékin