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Carlton : DSK en route pour le non lieu
Le Point - Publié le 16/02/2015 à 17:37 - Modifié le 16/02/2015 à 18:50 lien
Plusieurs parties civiles ont réclamé de ne pas poursuivre l'ancien directeur général du FMI pour proxénétisme aggravé, faute "d'éléments suffisants".
Dominique Strauss-Kahn se rend le 16 février au tribunal pour entendre les plaidoiries
des parties civiles qui renoncent à le poursuivre. © François Lo Presti/AFP
De notre envoyée spéciale à Lille, Jamila Aridj
"Lorsque j'ai vu entrer pour la première fois Dominique Strauss-Kahn, dans cette salle d'audience, j'ai eu une vision, monsieur le président. J'ai vu les dessins érotiques de Picasso dans lesquels le peintre représentait le Minotaure, entouré de jeunes femmes", évoque Me Gilles Maton, avocat des parties civiles dans le procès du Carlton. Assis à quelques mètres, au premier rang, l'ancien ministre baisse la tête et scrute ses chaussures. Entouré des autres prévenus, il écoute - absent - les avocats des parties civiles se succéder à la barre.
Offensifs, ces derniers pourfendent, "des proxénètes B. C. B. G.", "des messieurs socialement bien installés, capables d'aider une dame, de lui ouvrir une portière par galanterie, capable aussi de fermer les yeux lorsque, sur le sol crasseux d'un restaurant, des hommes se livraient à des actes sexuels sur une jeune fille de 19 ans, prostituée. C'est aussi ça ce dossier", argumente Me Gilles Maton. "Il ne leur est pas reproché d'avoir initié ses dames, toutes quatre ont admis qu'elles avaient un pied, voire deux pieds dedans. Ce qui leur est reproché, c'est de les y avoir maintenues et a minima d'avoir profité en nature et de manière pécuniaire." Tranchant, l'avocat réserve un sort particulier à Dodo la Saumure et sa compagne Béatrice Legrain, "archétypes de souteneurs à l'ancienne", "deux dinosaures parce que je pensais que cette espèce-là n'existait plus".
Sardanapale
Et Me Gilles Maton de fustiger "le sentiment de toute-puissance des prévenus", "leur absence de lâcher-prise". "Nous n'avons entendu ni excuse ni sincérité. C'est tout, c'est ainsi", regrette-t-il. Il réserve à DSK sa conclusion : "Nous avons l'intime conviction que M. Strauss-Kahn savait que ces femmes étaient des prostituées, mais cela ne suffit pas. L'absence d'éléments est telle qu'il ne lui sera rien demandé après l'audience", affirme l'avocat qui sera rejoint par Me David Lepidi, qui défend l'association Équipes d'action contre le proxénétisme. "Fautes de charges suffisantes, nous demandons au tribunal de ne pas poursuivre Dominique Strauss-Kahn pour le chef de proxénétisme aggravé", plaide-t-il.
"Les parties civiles ont envie de leur dire : on a certes eu besoin de votre argent. Mais aujourd'hui à la vérité, on n'en veut plus", ajoute Me Gilles Maton, qui ne réclame qu'un euro symbolique au titre du préjudice moral.
L'ancien directeur du FMI, qui devrait entendre le parquet plaider sa relaxe mardi, ne risque définitivement plus rien dans ce dossier. Restera, comme l'a souligné Me Emmanuel Daoud, avocat de l'association du Nid, l'image pathétique et dévastatrice d'un "Sardanapale des temps modernes, avec sa cour de serviteurs dévoués".