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L'Expansion.com - publié le 26/04/2012 à 17:19

Après Lejaby, Photowatt ou encore Petroplus, le dernier dossier chaud de la campagne présidentielle sur le front de l'emploi s'appelle Neo Sécurité. L'Elysée a promis mercredi de venir en aide à cette entreprise de sécurité au bord de la faillite. 5000 emplois sont en jeu, ce qui en ferait "le plus gros gâchis social du quinquennat" selon l'expression utilisé par son patron, Jean-Michel Houry. Décryptage.
C'est quoi cette entreprise ?
Neo Sécurité a été créée en mars 2009 par Jean-Michel Houry ancien dirigeant de la Brink's, qui a repris avec d'autres cadres les activités françaises très déficitaires du groupe britannique G4S. La restructuration envisagée au moment de la reprise ayant pris du retard, Neo Sécurité a été placée en procédure de sauvegarde dès mars 2011.
Mi-décembre, le tribunal de commerce a validé un plan de sauvegarde qui prévoyait l'arrivée au capital du fonds d'investissement IPE. En échange de 25 millions d'euros, IPE devait prendre 70 % des parts. Mais il y a deux semaines, coup de théâtre, l'investisseur proposé par le Ciri, a jeté l'éponge en découvrant les 40 millions d'euros de dette de l'entreprise. Entre temps, elle a été placé en cessation de paiement. Aujourd'hui la direction du groupe affirme qu'elle a "juste besoin d'un prêt relais de 15 millions", et en appelle au soutien de l'Etat.
Concrètement, l'entreprise est la deuxième du secteur en France, derrière le suédois Securitas. Elle travaille pour l'ambassade des Etats-Unis à Paris, le parc Disneyland à Marne-la-Vallée, la base de sous-marins de Cherbourg ou celle de missiles à Saint-Tropez. Et les experts du secteur s'accordent à dire que le marché est plutôt porteur.
Pourquoi sa gestion est-elle décriée?
Quand le patron de Neo Sécurité a commencé à attirer l'attention des médias sur sa situation, les syndicats ont donné une version des faits très différente. Selon eux, les difficultés de l'entreprise résulteraient du train de vie "affolant" de la direction.
"C'est le niveau de salaire extravagant des principaux dirigeants, ainsi que les 10 millions par an de frais de structure du siège social, qui plombent les comptes de l'entreprise", a ainsi réagi la CGT. Selon un délégué syndical cité par l'AFP, le cabinet d'experts qui a examiné les comptes de NEO Sécurité aurait même signalé que "des dirigeants avaient des salaires impressionnants par rapport à la situation de l'entreprise, l'un d'entre eux aurait un salaire qui tournerait autour de 400.000 euros par an".
En plus de cette apparente "folie des grandeurs", les syndicats reprochent à la direction leur stratégie douteuse. Ils dénoncent la mise en place d'une politique tarifaire à prix cassé, qui serait responsable d'importantes pertes pour l'entreprise, et d'avoir procédé à des acquisitions coûteuses en pleine procédure de sauvegarde.
Pour les syndicats, cela ne fait guère de doute: Jean-Michel Houry tente de profiter de l'élection présidentielle pour essayer de renflouer les caisses de l'entreprise, comme il l'a déjà fait par le passé. "L'Etat est déjà venu au secours de l'entreprise à deux reprises, en supprimant 30 millions d'euros de charges sociales, puis en lui accordant 30 millions d'euros de prêt. Aujourd'hui, alors que personne n'a la possibilité d'accéder aux comptes de l'entreprise, on est en droit de se demander quelles sont les motivations réelle de Monsieur Houri", estime Jean-Paul Horville, secrétaire fédéral CGT. "C'est à travers le chantage à l'emploi, utilisé comme variable d'ajustement, que le patron de NEO Sécurité en appelle au gouvernement et au financement public pour palier à la gestion catastrophique de son entreprise", conclut d'ailleurs la CGT. Pour justifier le prêt de 15 millions d'euros, Jean-Charles Houri expliquait récemment que cette somme était relativement faible par rapport à ce qu'une faillite de l'entreprise pourrait coûter à l'Etat...
De son côté, l'entreprise réfute bien entendu ces accusations. "On a récupéré une entreprise qui perdait plus de 3 millions d'euros par mois. Aujourd'hui, deux ans après, elle en perd moins de 300.000, et elle sera à l'équilibre au prochain semestre. Si c'est ça qu'on appelle de la mauvaise gestion!", s'est insurgé un porte-parole de l'entreprise, ajoutant que le président avait mis "de l'argent personnel dans l'entreprise".
Que faut-il faire ? L'Etat doit-il intervenir ?
C'est à se demander si l'Etat a eu raison d'apporter son soutien à l'entreprise. A l'issue de la rencontre mercredi entre les syndicats de Neo Sécurité et le secrétaire général de l'Elysée Xavier Musca, l'Elysée a en effet annoncé que l'Etat apporterait son soutien financier à l'entreprise, à condition que sa gestion soit améliorée. "L'Etat veillera par ailleurs à ce que les instances représentatives du personnel soient mise en place et fonctionnent normalement afin de garantir un bon niveau d'information des représentants des salariés sur la situation de l'entreprise", a également indiqué la présidence.
Mais pour certains syndicats, c'est encore insuffisant. Certes, ils souhaitent unanimement cette aide financière, mais certains d'entres-eux aimeraient aussi la tête de la direction. "Nous ne sommes pas là pour qu'on donne un chèque en blanc à notre patron. Ce qui nous intéresse, c'est que l'Etat se positionne pour que cette entreprise soit reprise par des gens sérieux", estime de son côté Stéphane Boudon, délégué CFTC. Une autre solution possible serait en effet la reprise par un investisseur extérieur. Selon Xavier Bertrand, le groupe suédois Securitas se serait d'ores et déjà engagé, avec d'autres entreprises du secteur, à "examiner dès les prochains jours une offre de reprise".
A la question de savoir s'ils craignent la manipulation politique, les salariés ne semblent pas particulièrement inquiets : "Quoi qu'il arrive le 6 mai, le futur Président n'aura pas intérêt à laisser tomber cette entreprise", conclut Bruno Brun, délégué syndical central CFTC chez Neo Sécurité. Mardi dernier, François Hollande a par exemple promis qu'il ne laisserait "pas faire un cortège de plans sociaux" qui serait en préparation et dont l'annonce serait différée à l'après-présidentielle.
Par ailleurs, et contrairement à ce qu'affirme Monsieur Houry les 5000 postes de l'entreprise ne sont pas tous menacés. "Un accord, en date du 5 mars 2002, existe au sein de la convention collective des entreprises de prévention et sécurité qui impose la reprise, au minimum, de 85% du personnel affecté aux marchés prestés", a ainsi tenu à rappeler ce jeudi Xavier Bertrand. En l'occurrence une grande partie du personnel de Néo Sécurité.