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Encore plus qu’aux célébrations de 2009, l’Allemagne est fière du travail accompli. « Des vieilles villes, qui étaient grises et délabrées, sont maintenant colorées et développent leur propre mode d’existence », s’est félicitée Angela Merkel - GAMMA-RAPHO
Pas d’invités officiels étrangers, mais une fête populaire autour d’un immense lâcher de ballons. Dimanche, la capitale allemande s’apprête à célébrer dans l’intimité les vingt-cinq ans de la chute du mur de Berlin. Le symbole est clair : c’est le peuple est-allemand qui a fait tomber le joug du communisme et c’est à la nation unifiée qu’on doit le succès de la réunification.
Car, cette année, encore plus qu’aux célébrations de 2009, l’Allemagne est fière du travail accompli. « Des vieilles villes, qui étaient grises et délabrées, sont maintenant colorées et développent leur propre mode d’existence », s’est félicitée Angela Merkel début octobre, faisant presque écho aux « paysages florissants » promis par Helmut Kohl en 1990.
Ayant grandi en Allemagne de l’Est, la chancelière « incarne l’intégration politique réussie », observe l’historien Etienne François. Berlin est devenu le centre de gravité de l’Europe. Le bilan économique est aussi positif. « Plus personne ne parle de “Mezzogiorno de l’Est” », constate Michael Hüther, président de l’institut économique IW Cologne, proche du patronat. Le chemin parcouru est considérable. A environ 10 %, le chômage à l’Est n’a jamais été aussi bas, même s’il représente encore presque le double de celui de l’Ouest. Le revenu disponible par habitant correspond à près de 90 % du niveau occidental, selon une étude de la banque publique KfW, qui tire un parallèle avec le « miracle économique » allemand d’après-guerre.
Et pourtant, le pari financier de la réunification était basé sur un énorme malentendu, racontent les acteurs de l’époque. « On a complètement surestimé les actifs est-allemands, se souvient John von Freyend, qui était à l’époque secrétaire d’Etat au ministère des Finances. Mais l’illusion était bonne, car, du coup, l’acceptation était là. »
La ville-Etat de Berlin tablait sur un doublement de sa population, à 6 millions d’habitants. « C’était illusoire, reconnaît son ministre-président, Klaus Wowereit. En 1993, avec la suppression d’une subvention, l’effondrement des combinats et la concurrence des sociétés ouest-allemandes, 100.000 emplois sont partis en fumée. Nous allons mieux maintenant. »
De son côté, le gouvernement fédéral de Bonn estimait alors à 600 millions de deutsche Mark (300 millions d’euros) les plus- values de cession à attendre des ventes de participations de la Treuhand, l’agence de privatisation. Finalement, celle-ci a essuyé des pertes et le coût de la réunification depuis vingt-cinq ans est estimé entre 1.300 et 2.000 milliards d’euros.
Le choc a été violent : des millions de postes supprimés par le passage à l’économie de marché, 2 millions de départs vers l’Ouest, un budget qui explose avec la généralisation des généreuses aides sociales de la République fédérale. Le tout avec un taux de change de 1 Ostmark pour 1 DM, incontournable politiquement mais économiquement lourd.
Résultat, le déficit public a doublé entre 1990 et 1995, et l’inflation s’est envolée à 5 %. Pour Michel Sapin, ministre français des Finances, l’équilibre budgétaire prévu en 2015 par l’Allemagne – une première depuis 1969 – achève la réunification et « marque la fin du travail de reconstruction de l’Est, qui a été l’occasion de grands déficits publics et de poussées inflationnistes ».
Entre-temps, le pays a toutefois réformé un Etat providence de plus en plus difficile à financer. « L’Allemagne est devenue un nouveau pays au prix d’un effort national incroyable », incluant des réformes douloureuses, contrairement à la France, déclarait mercredi, au Centre Marc Bloch, Lothar de Maizière, le premier président du Conseil démocratiquement élu d’ex-RDA.
Dix ans après avoir été la lanterne rouge de l’Europe, l’Allemagne mène la course en tête. « Nous avons navigué à vue, avec notre bon sens, en 1990 comme durant la crise de 2009, juge Reiner Haseloff, ministre-président de Saxe-Anhalt. Le résultat est ce sentiment qu’ensemble nous pouvons surmonter l’avenir. » Mais alors que ses partenaires demandent à l’Allemagne de faire plus pour soutenir une Europe en crise, les Allemands semblent d’abord désireux de ne pas mettre en danger le fruit de leur effort national.
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