
Le vote du plan de sauvetage chypriote par le Parlement s'annonce plus que tendu. Alors que les parlementaires de l'île doivent se prononcer mardi sur une version amendée, qui inflige une taxe sur les dépôts des épargnants de Chypre au-dessus de 20 000 euros, le parti majoritaire au pouvoir a d'ores et déjà fait savoir qu'il s'abstiendrait.
Les médias chypriotes ont ajouté que les autres partis politiques pourraient faire de même et refuser de voter. Selon un membre du parti majoritaire, Disy, cette démarche "renforcera la position de la République de Chypre pendant les négociations".
Cette annonce fait trembler les marchés : Paris cédait 1,30 % à la clôture, Londres 0,26 %. Quant aux taux obligataires des pays les plus fragiles, ils accusent le coup également : la prime de risque espagnole sur 10 ans est repassée au dessus des 5 %, celle de l'Italie grimpe à 4,7 %.
TAXE "INJUSTE" ET "DANGEREUSE", SELON LA RUSSIE
L'Eurogroupe avait pourtant mis beaucoup d'eau dans son vin, en assouplissant sa position sur les conditions d'octroi du plan, prévu à l'origine pour taxer tous les dépôts, même les plus faibles, à 6,7 % sous 100 000 euros et 9,9 % au-dessus. Le gouverneur de la Banque centrale chypriote avait néanmoins prévenu mardi que la version révisée du projet ne permettrait pas de lever les 5,8 milliards d'euros exigés par le plan d'aide.
Le plan de sauvetage, conclu dans la nuit de vendredi à samedi entre Chypre, l'Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI) devrait frapper durement les avoirs russes, très importants sur l'île (jusqu'à 30 milliards de dollars selon l'agence Moody's). Cette disposition a été mal accueillie dans le pays et a semé temporairement le trouble sur les marchés.
La Russie a dénoncé lundi comme "injuste" et "dangereuse" l'idée d'une taxe sur les dépôts bancaires, dont le coût représente potentiellement des milliards d'euros pour les fortunes russes placées sur l'île. Le ministre des finances russe, Anton Silouanov, a regretté une décision prise selon lui sans concertation et menacé de revenir sur sa proposition d'assouplir les conditions du crédit de 2,5 milliards de dollars accordé à Nicosie en 2011.
RENVOI DE BALLE
Répliquant aux atermoiements russes, Wolfgang Schäuble, ministre des finances allemand, a déclaré mardi que "quiconque (plaçait) son argent dans des pays où il (payait) moins d'impôts, peut-être aussi où il est moins contrôlé" devait en assumer le risque.
Alors que la paternité du plan annoncé samedi fait toujours débat, les responsables européens se renvoyant la balle quant à savoir qui a eu l'idée de taxer tous les épargnants même les plus petits, M. Schäuble a précisé que "bien sûr" il avait insisté pour que les clients des banques chypriotes soient mis à contribution.
A Paris, le ministre des finances Pierre Moscovici a réaffirmé mardi à la presse avoir "plaidé l'exemption des dépôts sous 100 000 euros depuis le départ", a-t-il affirmé à la presse au lendemain d'une nouvelle réunion, téléphonique, avec ses homologues de la zone euro, pour rectifier le tir .
"Ce que propose l'Eurogroupe, c'est une répartition différente des taux", avec un rendement inchangé de 5,8 milliards, a expliqué Pierre Moscovici. Selon lui, "le principe selon lequel les dépôts sont intouchables en-dessous de 100 000 euros est un principe très ancré en Europe" et "la taxe a été comprise comme une remise en cause de ce principe".
SOLIDARITÉ GRECQUE
Le ministre des finances grec, Yannis Stournaras, a affirmé que les principales banques grecques se tenaient prêtes à aider leurs voisines en rachetant les filiales grecques des trois banques chypriotes, qui sont fermées jusqu'à jeudi. La Grèce "est prête à acquérir l'actif et le passif des filiales (des banques) chypriotes en Grèce", a indiqué le ministre à la suite d'un entretien avec le premier ministre grec Antonis Samaras sur les résultats de la téléconférence des ministres des finances de la zone euro lundi consacrée à Chypre.
Il a également indiqué que les agences des trois banques chypriotes présentes en Grèce, Bank of Cyprus, Cyprus Popular Bank (CPB) et Hellenic Bank, resteront fermées en Grèce jusqu'à jeudi, comme les banques de Chypre. Les trois principales banques grecques, la Banque nationale de Grèce, première du secteur en cours de fusion avec Eurobank, Alpha Bank, la Banque du Pirée et Hellenic Postbank, toutes en voie de recapitalisation via les fonds de la zone euro et du FMI, auraient émis leur intérêt pour absorber les filiales chypriotes.