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Combattre la misère de pope en fils

19 février 2012

Combattre la misère de pope en fils

Le père Ermolaos

Ca se voit comme le nez – proéminent – au milieu de la figure : ces deux-là sont du même sang. Pour qui douterait encore, il y a les yeux, doux et un peu tristes, le sourire las, le débit lent et grave…

Teoharis Massaras et son père ont en commun plus que les traits du visage. Ils se sont tous deux donné pour mission d’atténuer les effets de la paupérisation massive qui frappe leur ville de Patras (250 000 habitants). Teoharis au service de l’Etat, Père Ermolaos au service de l’Eglise.

Teoharis, 45 ans, reçoit dans son petit bureau du centre-ville, où le va-et-vient est incessant. Le jeune adjoint au maire pour la politique sociale n’a pas trop à se plaindre : le budget qui lui est alloué a doublé depuis deux ans. Mais il l’avoue d’emblée et avec une franchise étonnante : ses services sont dépassés par l’ampleur de la crise.

Teoharis Massaras

Le chômage – il l’évalue à 30 % dans la ville – et la baisse des salaires – de 20 à 30 % officiellement, jusqu’à 50 % en réalité – ont précarisé des pans entiers de la société. Il y a encore un an, la mairie distribuait des repas à 400 familles. Elles sont aujourd’hui 1 000 à recevoir nourriture et médicaments, sous condition d’un revenu maximum de 6 000 euros par an. 500 demandes sont en souffrance.

"Le profil des bénéficiaires a brusquement changé, explique cet homme affable, qui fut banquier, assureur et professeur de religion avant de rejoindre la vie politique en "indépendant". Nous avons vu arriver des chômeurs, bien sûr, mais aussi des commerçants, des retraités, des pères de famille qui ne peuvent plus payer la cantine de leur enfant." A ceux-là, la mairie donne un repas chaud, un pain et un fruit par jour et par membre de la famille.

Autre nouveauté, l’apparition des sans-abris. "Il y en avait quelques uns avant, mais seulement des désaxés ou des toxicomanes. La ville a été prise de court, nous n’avons toujours pas fini la construction de notre premier centre d’accueil de nuit", soupire M. Massaras. En attendant, dans un pays où la cellule familiale reste le principal refuge, la municipalité s’efforce de remettre en contact les sans-abris avec leur famille.

Le Père Ermolaos devant les étagères de nourriture rangée dans l'église.

A l’église Sainte-Sophie, à quelques rues de là, la distribution se fait une fois par semaine, le samedi. Les bénéficiaires, qui n’ont pas à justifier de leur situation, repartent avec un sac en plastique plein à craquer. On y trouve : pâtes, sucre, viande, lait, café, farine, légumes et huile. "Nous soutenons 200 familles dans le quartier, mais aussi des gens qui viennent de plus loin pour ne pas être reconnus par leurs voisins", explique le Père Ermolaos. Sur toute la ville de Patras, 1 500 familles sont aidées par l’Eglise orthodoxe, bien plus aguerrie et implantée que cet Etat grec qu’a choisi son fils.

Le Père Ermolaos, 71 ans, est un vieux routard de l’humanitaire. Depuis qu’il est devenu pope, en 1966, il a sillonné la planète à la tête de convois d’aide : Serbie, Bosnie, Albanie, Bulgarie, Géorgie, Philippines… "Et pas seulement pour venir en aide aux chrétiens", précise-t-il en déballant des dizaines de photos où on le voit, robe noire et barbe de plus en plus blanche, porter des cartons.

A Patras, le prêtre a commencé à travailler en 1995 auprès des milliers de migrants bloqués à proximité du port en attendant d’embarquer pour l’Italie. "Pour eux, c’est plus difficile d’obtenir des dons", explique le religieux, qui a étendu son programme de distribution de nourriture aux familles grecques en septembre 2011 et parvient, malgré la crise, à financer ses opérations. "Quand les gens voient venir le père Ermolaos, ils savent que j’ai vraiment besoin d’eux."

Père et fils ont aussi décidé de mettre leurs forces en commun. Teoharis explique s'appuyer largement sur les réseaux de l'Eglise, et le Père Ermolaos accueillera, à partir de la semaine prochaine, au sein de Sainte-Sophie la permanence d'un médecin envoyé par la municipalité. Une sorte d'alliance du sabre et du goupillon revisitée à la sauce de la crise grecque...

Dernière question : les activités sociales de l’Eglise sont-elles favorisées par les exemptions fiscales dont elle bénéficie ? L’homme se raidit légèrement et répond brièvement : "Ceux qui prétendent que nous ne payons pas d’impôt sont une minorité influencée par la gauche et l’extrême gauche. L’Eglise paie ses impôts."

Benoît Vitkine

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