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Commando en Somalie : le scénario de l'attaque

Commando en Somalie : le scénario de l'attaque
Par Les Echos | 12/01 | 09:46 | mis à jour le 13/01 à 14:04

Au moins cinq hélicoptères français et une cinquantaine d'hommes ont mené l'action en pleine nuit. La population a immédiatement informé les shebab, qui ont eu le temps de s'armer.

AFP
AFP

On en sait désormais un peu plus sur le scénario de l'opération commando lancée en Somalie pour tenter de libérer l'otage français Denis Allex, agent de la DGSE. Cette opération s'est soldée par un échec : l'otage pourrait avoir été tué par ses geôliers, tandis qu'un soldat français aurait trouvé la mort, un autre étant porté disparu.

Le film des événements du raid infructueux commençait dimanche à se préciser, à partir d'informations et de témoignages. Au moins cinq hélicoptères ont débarqué au milieu de la nuit de vendredi à samedi une cinquantaine de commandos du service action (SA) de la DGSE à proximité de Bulomarer, localité sous contrôle islamiste au sud de la capitale Mogadiscio, selon une source dans les milieux du renseignement français.

Les Français ont atterri à trois kilomètres de la localité où était censé être détenu l'otage, mais leur présence a été rapidement éventée, selon des témoins. « Des gens ont vu (les commandos français) débarquer dans des champs, les shebab ont été informés que des hélicoptères avaient atterri et qu'ils avaient débarqué des soldats, et ainsi ils (les islamistes) ont pu se préparer », a déclaré un habitant de Bulomarer, Adan Derow, interrogé au téléphone depuis Mogadiscio.

« Les combattants moudjahidine étaient déjà au courant de l'attaque et nous étions prêts à nous défendre, grâce à Dieu », a confirmé un commandant local islamiste, Cheikh Mohamed Ibrahim. Des combats acharnés ont duré environ 45 minutes, selon les shebab, avant le retrait des commandos français.

Colère de la population locale

La population locale, pour sa part, pleurait dimanche la mort de huit victimes civiles, selon plusieurs témoins interrogés. Quatre de ces civils ont été tués lors de la progression au sol des commandos vers Bulomarer, dans des circonstances qui restent à éclaircir: un couple, leur fils et un autre homme, a priori des éleveurs locaux selon les habitants du secteur.

Quatre autres civils ont été tués par des balles perdues dans les combats à Bulomarer, dont une femme, son enfant et le gardien d'un marché. « Nous ne savons pas pourquoi des civils ont été tués » hors de Bulomarer, a indiqué Ali Moalim Hassan, un notable local, ajoutant que leurs corps ont été retrouvés près d'un lieu appelé Dhaydog.

Plusieurs habitants exprimaient leur colère. « Ils ont tué des civils innocents et ils sont repartis sans avoir rien obtenu, les gens ici sont très déçus du gouvernement français en raison de ces victimes civiles », a déclaré un autre habitant de Bulomarer, Moalim Ahmed Nur.

« Ces gens (les commandos français) étaient fous », s'énerve un employé somalien d'une agence humanitaire locale, s'exprimant sous couvert d'anonymat. « On nous dit qu'ils étaient environ une quarantaine face à plus de cent combattants shebab lourdement armés. Leur mission était impossible et très peu professionnelle ».

Imprécision sur les pertes

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a reconnu samedi que la résistance avait été « plus forte que prévu » pour les commandos débarqués dans le sud somalien. Le sort l'otage, présenté comme Denis Allex --sans doute un pseudonyme --demeurait incertain dimanche. Le ministre français de la Défense a estimé samedi que « tout donnait à penser que Denis Allex avait été abattu par ses geôliers » lors du raid.

 

Les islamistes shebab affirment que leur otage est toujours vivant et détenu loin du lieu de l'attaque française, mais ils n'en avaient toujours pas apporté la preuve dimanche à la mi-journée. Ils ont ajouté que le militaire français serait jugé d'ici lundi soir.

Une certaine imprécision demeure également sur l'ampleur des pertes françaises. Le président François Hollande a salué samedi soir « le sacrifice de deux soldats », alors que M. Le Drian avait auparavant fait état d'un soldat tué et d'un autre « porté disparu ». Les shebab assurent détenir un soldat français blessé, là non plus sans en avoir encore apporté la preuve. Le gouvernement français fait état de la mort de 17 « terroristes ».

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