Sylvain Cypel : Il est important de tenir un discours qui correspond à la fraction la plus dure et la plus conservatrice du parti républicain. D'abord parce qu'elle est importante, elle est la plus militante, la plus mobilisée, son impact sur le processus électoral des primaires est primordial. Il devient problématique pour le candidat élu, quand il s'agit d'élargir son électorat potentiel au centre. Mais pour se faire élire, il faut ne pas avoir cette fraction là du parti contre soi. Quand je dis cette fraction, c'est plus de la moitié du parti aujourd'hui. Ce n'est pas seulement le Tea Party, mais le Tea Party est un constitutif de cette fraction. J'ai lu une étude qui décrivait les gens attirés par Trump. Ce sont des gens, conservateurs américains, déçus par le parti républicain, qui trouvent que le parti n'en fait pas assez. Et enfin, voilà un homme qui souvent correspond à leur idéal type du succès professionnel. Voilà un homme qui a construit une fortune. Après, peu importe comment il l'a construite, que ça soit à Atlantic City, le Las Vegas de la côte Est américaine. Mais peu importe, le succès économique en soi est un très bon point pour lui. Et voilà un homme qui dit ce qu'on veut entendre, c'est à dire que tous les immigrés sont des assassines, des violeurs, ça ça leur plait, voilà ce qu'ils demandent à entendre. On est au début du processus, je lis ce que tous les chroniqueurs américains disent. Tout le monde dit que Trump ne sera pas désigné par le parti, car à un moment où à un autre, l'appareil du parti se mobilise. Il ne faut pas uniquement gagner la primaire, il faut gagner l'élection présidentielle. Un candidat comme Trump générera un rejet de la majorité de l'électorat américain. Mais on ne peut pas exclure que quelqu'un s'impose contre l'appareil du parti. Aujourd'hui, il plait à cette frange qui se sent la plus déstabilisée dans les Etats-Unis tels qu'ils sont devenus.
Sylvain Cypel : Je dirai plutôt qu'il vient "conforter". Il conforte cette partie de la population qui est essentiellement composée d'hommes, des mâles, qui sont très massivement blanc. Ils sont white only, rien d'autre que blanc. C'est parmi eux que l'on trouve l'immense majorité des adhérents du Tea Party, c'est parmi eux que l'on trouve l'immense majorité des partisans des politiques les plus conservatrices, c'est parmi eux que l'on trouve ceux qui veulent que l'état prennent des mesures répressives vis-à-vis des immigrés clandestins. C'est eux qui ont le plus le sentiment que l'Amérique va à vau-l'eau, que l'Amérique perd de son rayonnement, et que les valeurs de l'Amérique ne sont plus respectées au sein du pays. Ils adhèrent le plus au discours conservateur. Trump a quelques éléments supplémentaires qui font sa séduction auprès de cet électorat là. Je vais prendre un exemple qui fonctionne très bien au Etats-Unis, c'est sa grossièreté. Il s'exprime de manière grossière.Très récemment, Rick Perry l'a critiqué en le traitant de démagogue. La manière avec laquelle il a répondu, est d'une vulgarité terrible : "Rick Perry devrait commencer par passer un test de QI avant d'être candidat à, la primaire, il ne connait pas le sens du mot démagogue. " Il l'a rembarré de manière très grossière et l'a attaqué à titre personnel, et ça, ça plait dans une fraction électorale très anti-Washington, anti-Hollywood. Une fraction qui va détester les intellos, les beaux parleurs, et va admirer les self made man.
