Manuel Valls a sauvé Benoît Hamon. En ce mois de septembre, le ministre de la Consommation et de l'Economie solidaire se retrouvait face une gageure : affronter l'université de rentrée de son courant, "Un monde d'avance", à l'heure où la politique menée par le gouvernement auquel il appartient ne sied guère à l'aile gauche du PS dont il est pourtant l'un des premiers représentants.
"Hamon le planqué", martèlent les médias. Lequel est bien contraint d'avouer avaler des couleuvres. Une position qui agace jusqu'à certains de ses partisans, ne se gênant plus pour réclamer son départ du gouvernement. La question pouvait se poser : à quelle sauce aller être mangé Hamon, ce week-end, sur les terres landaises de Vieux-Boucau ?
Une fois n'est pas coutume, la solution est venue, en début de semaine, de la place Beauvau. Un coup de main involontaire de la part du ministre de l'Intérieur, de l'autre côté de l'échiquier politique du parti, mais un coup de main salvateur pour son collègue qui n'en demandait pas tant. Mardi dernier, Valls assène :
Bien sûr, l'énième saillie de Valls sur les Roms a "fortement agacé" Hamon. Mais ce dernier y a surtout vu, à son problème, la solution. Pour classique qu'elle est, elle n'en demeure pas moins efficace : taper sur la droite du parti permet de se replacer sur sa gauche, tout en évitant de s'en prendre à la politique du gouvernement dans son ensemble. Défense de ses convictions et repositionnement : gagnant-gagnant.
Le plan ne s'est pas immédiatement déroulé comme espéré. A la tribune, le sujet de l'une des premières tables rondes apparaît comme une offrande à tous les contempteurs de la politique menée par François Hollande : "Faire réussir la gauche au pouvoir avec le Parti socialiste."
Les boulets rouges sont tirés sans sommation. Thierry Marchal-Beck, le président des Jeunes socialistes, regarde de haut le président de la République. Puisque c'est ce dernier qui est à l'Elysée, il est le responsable des maux de la société.
Son aîné Jérôme Guedj, le remuant député de l'Essonne, ne se montrera pas plus timoré : selon lui, l'allongement de la durée de cotisations, mesure phare de la réforme des retraites, "est contraire à l'ADN de la gauche".
Les autres interventions sont à l'avenant. Le traité européen ? "On ne l'a pas renégocié !" tranche Guillaume Balas, conseiller régional d'Ile-de-France et secrétaire général de "Un monde d'avance". Quant à Caroline de Haas, l'ancienne collaboratrice de Benoît Hamon et de Najat Vallaud-Belkacem, elle n'hésite pas à lâcher :
Bref, ce fut la fête à Hollande, Ayrault et consorts... jusqu'à un cessez-le-feu décrété par un vieux grognard. Henri Emmanuelli râle toujours mais plus contre la majorité de son parti. Ce qui agace aujourd'hui l'élu hôte des Landes et fondateur de "Un monde d'avance", c'est tout l'inverse : cette kyrielle de jeunes mal élevés qui feraient passer leurs intérêts particuliers avant l'intérêt général. Alors, celui qui a l'oreille de Hollande prévient :
Mais Emmanuelli n'est pas le Père Noël. Surtout, il s'était concerté avec son poulain de ministre, Benoît Hamon. Puisqu'il convient de faire feu à droite devant un parterre de militants en quête de gauche, le viseur sera donc pointé sur Manuel Valls :
Et d'adresser "un salut amical" à Cécile Duflot, la ministre verte qui n'avait pas hésité à dégainer plus tôt dans la semaine contre son collègue de l'Intérieur. Elle, également, qui a pris l'habitude de partager les agapes avec Benoît Hamon mais aussi Arnaud Montebourg et Christiane Taubira lors de dîners où ils réfléchissent à la meilleure manière de faire virer le navire gouvernemental à babord.
Sur les rives de Vieux-Boucau, elle s'est toutefois faite excuser. A l'inverse de ses deux autres camarades. Montebourg, pour avoir déjà critiqué Valls par ailleurs, et Taubira, pour ne pas relancer la guerre entre la Justice et l'Intérieur, ont néanmoins pris soin de ne pas polémiquer sur les Roms. Au programme pour chacun : leur dossier respectif du moment. Les 34 filières de relance industrielle pour le premier, la réforme pénale pour la seconde.
Le tapis rouge était déroulé pour Benoît Hamon. Ses mots ont pris la direction de la place Beauvau. Les yeux collés sur un discours écrit parce que "l'heure est grave", il se lance :
Citer Clemenceau, LA référence de Valls, pour mieux le désavouer, c'est fort. Se replacer à gauche sans critiquer la politique du gouvernement, plus encore.
