Le gouvernement le dit désormais ouvertement : il faut baisser le coût du travail pour améliorer la compétitivité de l'industrie française. Pas question pour autant de laisser croire que le problème se limite au coût de la main-d'oeuvre, au risque de donner raison à la droite qui en a fait son cheval de bataille. "La question du coût du travail pour expliquer le retard de compétitivité est une facilité", a bien souligné Jean-Marc Ayrault dans l'émission Des paroles et des actes.
Le Syndicat des machines et technologies de production (Symop) abonde : "Le choc de compétitivité passe aussi par l'innovation dans l'appareil de production des entreprises françaises." Mais la France prend aussi du retard sur ses concurrents d'outre-Rhin dans ce domaine. Avec des marges brutes (1) au plus bas depuis 25 ans, les entreprises françaises peinent à investir autant qu'en Allemagne pour moderniser leur processus de production. "L'âge moyen des machines-outils était déjà de 17 ans en 1998, contre 10 en Italie et 9 en Allemagne", souligne le Symop en reprenant des chiffres du ministère de l'Industrie. Le mouvement semble se poursuivre puisque seulement 6,1 % du produit national brut est consacré à l'équipement et aux machines, soit le taux le plus faible de l'OCDE.
Robotiser pour augmenter la productivité
Pire, la France serait en train de passer à côté de la "robotisation" de ses usines, pourtant indispensable à l'augmentation de la productivité industrielle. Contrairement à une simple machine, le robot industriel offre l'avantage de pouvoir être programmé et reprogrammé pour changer de tâche. En 2008, le pays comptait 10 % du parc installé (quelque 34 000 robots) en Europe contre 18 % en Italie et 42 % en Allemagne, soit respectivement deux et quatre fois moins, selon une étude de Deloitte et Nodal Consultants pour le compte du ministère de l'Industrie. Les PME sont particulièrement en retard. Seuls les grands groupes s'équipent, notamment pour des raisons de coût, même si celui-ci est en forte baisse depuis 30 ans. "L'Allemagne accélère ; nous, on stagne, voire on freine", regrette Alain Madelin, ancien ministre et fervent défenseur de la robotisation des usines françaises.
Alors, bien sûr, la robotisation et l'automatisation des usines font peur. À court terme au moins, elles détruisent des emplois. "Au moment où l'on est en train de passer dans l'économie de la connaissance, se focaliser sur le nombre d'emplois industriels est une erreur. C'est un peu comme les physiocrates, qui, à la veille de la révolution industrielle, se disaient la richesse est dans la terre, considère Alain Madelin. Aujourd'hui la valeur ajoutée est dans la connaissance. Mais il faut la transformer en objet. On peut le faire avec des ouvriers chinois peu payés, on peut le faire avec du robot cher, mais qui travaille 365 jours par an et sept jours sur sept."
Les Chinois s'y mettent
Grâce à son automatisation et à l'installation de robots capables d'une "vision" et autres capteurs, l'usine britannique Nissan de Sunderland, ouverte en 1986, est devenue l'une des plus productives en Europe, relève The Economist dans son dossier intitulé La troisième révolution industrielle (en anglais). En 1999, elle produisait 271 157 voitures avec 4 594 employés. L'année dernière, elle est passée à 480 485 véhicules avec 5 462 personnes. Même les Chinois s'y mettent, preuve que les robots industriels peuvent désormais remplacer le travail peu qualifié et à faible coût. Le chinois Foxconn, qui assemble les iPhone pour Apple, prévoit d'en installer un million dans ses usines d'ici à 2014.
Pour Alain Madelin, fidèle à sa logique libérale, la robotisation "ne détruit pas les emplois, mais les déplace", comme la mondialisation. "Les gains de valeur ajoutée dégagés dans les industries productives doivent pouvoir se déverser dans les emplois de service à moindre valeur ajoutée."
Une étude du cabinet Metra Martech pour le compte de la Fédération internationale de la robotique confirme ce diagnostic. "Les industries automobiles allemande et japonaise ont multiplié leurs investissements dans les robots et dans l'automatisation des processus de production et ont maintenu leur position de leader sur le marché", sans empêcher le maintien d'emplois directs et indirects. Elle promet un million de création d'emplois dans le monde grâce aux robots d'ici à 2016.
(1) ce qui reste après impôts et versement des salaires, pour distribuer aux actionnaires ou pour investir