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Ah la compétitivité ! Voilà un des mots clés, le mot-clé peut-être, de l’élection présidentielle. Ce sera sans doute un des cache-misère de l’allocution du Président-candidat, ce dimanche. Voici quelques clés pour décoder le discours attendu :
La compétitivité pour un produit ou pour une entreprise, consiste à se mesurer aux autres « à armes égales », à pouvoir donc supporter la concurrence des autres en étant en mesure de l’emporter.
L’évaluation de la compétitivité d’un pays peut consister à regarder les résultats de son commerce extérieur : 75 milliards de déficit en 2011 pour la France, un chiffre peut-être plus significatif que celui des déficits des comptes publics pour illustrer la crise actuelle.
Le problème de compétitivité de la France ne peut se résumer à la comparaison avec l’Allemagne. Celle-ci n’est évidemment pas le seul compétiteur dans la bataille.
Et contrairement à ce qui est répété comme une évidence, le déficit imputable aux échanges avec elle pèse relativement peu dans l’ensemble : sur les neuf premiers mois de 2011 (derniers chiffres disponibles auprès des douanes), le déficit commercial vis-à-vis de nos voisins d’Outre-Rhin représente à peine un sixième de notre déficit global (12 milliards sur 66 milliards) alors que le déficit des échanges avec la seule Chine s’élève à plus de 20 milliards soit près d’un tiers du total.
Le problème de compétitivité de la France ne porte pas principalement et uniquement sur les coûts salariaux : puisque la Cour des comptes – présidée, on le répète à satiété, par un socialiste, Didier Migaud – est, semble-t-il, l’arbitre des élégances, laissons la plume au rédacteur d’un passionnant rapport, précisément sur la comparaison France-Allemagne en matière de compétitivité :
« L’Allemagne bénéficie de longue date d’un avantage de compétitivité hors-prix de ses produits, avantage essentiel bien que difficile à mesurer qui s’explique par les éléments suivants :
Le rapport de la Cour des Comptes ajoute à ceci deux éléments, ‘la stratégie d’approvisionnement des entreprises (auprès des pays à bas coûts de production) et une importante modération du coût salarial’.
Le ‘coût du travail’ n’est pas indifférent aux problèmes de compétitivité. Le poids des cotisations sociales est plus lourd en France que dans d’autres pays. Il est loin d’être absurde d’envisager le transfert du financement des allocations familiales à l’impôt. Ces allocation relèvent en effet d’une politique publique visant à favoriser la natalité et à aider les familles nombreuses et sont donc peu liées à l’activité salariée.
La question est de savoir quelles cotisations sont transférées (cotisations employeurs ? cotisations salariés ? les unes ? les autres ? toutes ?) et sur quelle fiscalité (TVA ? CSG ? taxe écologique ? impôt sur le revenu ?). Ces choix sont loin d’être anodins. Ce sont plus de 30 milliards qui sont en cause.
Il faut se féliciter que la compétitivité des produits français se retrouve au centre de la campagne présidentielle.
En schématisant, on pourrait voir, d’un côté, ceux qui affirment que le problème réside dans un grave défaut de stratégie du système industriel français et de, l’autre, côté ceux qui résument ce problème à un coût du travail trop élevé en France et qui veulent à tous prix le faire baisser.
Le débat ne fait que s’ouvrir. Il est absurde, pour rester dans la litote, qu’il soit tranché à la va-vite à trois mois de l’élection présidentielle.