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Crèche Baby-Loup : le parquet va plaider le licenciement de la salariée voilée

Dernière modification : 15/10/2013 
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Crèche Baby-Loup : le parquet va plaider le licenciement de la salariée voilée
Crèche Baby-Loup : le parquet va plaider le licenciement de la salariée voilée
Natalia Baleato, directrice de Baby-Loup à Chanteloup-les-Vignes.
© AFP

Le procureur général François Falletti va demander jeudi la confirmation du licenciement, annulé en mars par décision de la Cour de cassation, de la salariée voilée renvoyée par Baby-Loup.

Par Marion GAUDIN (texte)
 

C’est un coup de théâtre qui est prévu jeudi 17 octobre dans l’affaire de la crèche Baby-Loup. Le procureur général de la Cour d'appel de Paris va s’opposer à la décision de la Cour de cassation et plaider le renvoi de la salariée licenciée en 2008 pour son voile islamique.

On aurait pu penser que la bataille était perdue d’avance pour la crèche Baby-Loup, la Cour de cassation ayant donné raison fin mars à l’ancienne employée Fatima Afif, licenciée, selon elle, de manière abusive parce qu’elle portait le voile sur son lieu de travail. On s’attendait alors à ce que la Cour d’appel de Paris suive les conclusions de la Cour de cassation lors de l’audience prévue jeudi.

Pourtant, certains signes laissent entendre le contraire selon Me Michel Henry, l’avocat de Fatima Afif. Le fait notamment que le premier Président de la cour d’appel de Paris, Jacques Degrandi, et le procureur général, François Falletti, annonce qu’ils seront présents lors de l’audience de jeudi. "Cette mise en scène grandiose est destinée à donner un poids spécifique et une légitimité à une décision qui sera contraire à celle de la Cour de cassation. Le procureur général va considérer que le licenciement est pleinement justifié", explique Me Michel Henry.

Dans ses conclusions remises ce mardi aux deux parties, et que "Le Figaro" a pu consulter, le procureur général François Falleti, chargé de défendre l’intérêt public et l’application de la loi, va effectivement faire part de son intention de s’opposer à la décision de la Cour de cassation lors de l’audience de jeudi. Selon lui, "il apparaît que l'interdiction du port du voile islamique faite à ses salariées par l'association Baby-Loup est justifiée par la nature de son activité et du public pris en charge".

Une bataille judicaire depuis 2008

L’affaire remonte à 2008. La crèche associative Baby-Loup, installée à Chanteloup-les-Vignes dans les Yvelines, décide alors de licencier Fatima Afif car celle-ci ne veut plus travailler sans porter de voile, après son retour d’un congé parental.

Le dossier arrive devant les tribunaux. Le Conseil de prud’hommes de Mantes-la-Jolie puis la Cour d’appel de Versailles considèrent le licenciement justifié car l’employée a refusé de respecter le règlement intérieur de la crèche. Mais la Cour de cassation revient sur cette décision en mars 2013 : elle estime que la crèche Baby-Loup étant une entreprise privée, ses employés ne sont pas tenus de respecter les principes de laïcité et de neutralité qui s’imposent uniquement dans les services publics. De plus le règlement intérieur de la crèche n’est pas suffisamment précis, selon elle, pour imposer une telle restriction des libertés religieuses.

C’est un coup dur pour la crèche Baby-Loup, qui avait reçu le soutien de nombreuses personnalités, telles que Élisabeth Badinter, marraine de l’association, ou encore Jeannette Bougrab, ancienne présidente de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et l'égalité (Halde). L’avocat de la crèche, Me Richard Malka, note toutefois que les soutiens se sont faits plus discrets après la décision de la Cour de cassation.

"Manuel Valls avait pris parti quand il n’était pas encore ministre, explique Me Richard Malka à FRANCE 24. Il était venu au Conseil de prudhommes et à la Cour d’appel de Versailles pour nous soutenir. François Hollande lui-même avait promis une loi dans le secteur de la petite enfance. Mais depuis, le gouvernement reste très en retrait, embarrassé, un peu craintif. C’est très regrettable. Si on cède sur Baby-Loup, les revendications communautaristes n’arrêteront plus."

Le dossier est donc désormais entre les mains de la Cour d’appel de Paris. Et quel que soit l’arrêt rendu - il devrait être mis en délibéré durant au moins plusieurs semaines -, il ne manquera pas de faire des remous tant la question du port du voile dans certaines entreprises privées, et celle de la laïcité, sont brûlantes en France.

Quant à l’avenir de Baby-Loup, il demeure incertain. La crèche prévoit de fermer ses portes à la fin de l’année car l’ambiance à Chanteloup-les-Vignes est devenue "délétère" selon Natalia Baleato, la fondatrice de la crèche.

Le maire PS de Conflans-Sainte-Honorine, Philippe Esnol, a lui proposé d’accueillir la crèche sur sa commune. Mais les questions de financement ne sont pas réglées, la Région Ile-de-France refusant de subventionner le déménagement.

*Richard Malka a été l’avocat de "Charlie Hebdo" lorsque le journal a publié en 2006 les caricatures du prophète Mahomet.

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