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Crise en Egypte: «C?est une deuxième révolution»

Crise en Egypte: «C’est une deuxième révolution»

Créé le 03/07/2013 à 18h39 -- Mis à jour le 03/07/2013 à 18h58
Malek Chebel, anthropologue des religions et philosophe algérien, le 9 mars 2012 à Paris.
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Malek Chebel, anthropologue des religions et philosophe algérien, le 9 mars 2012 à Paris. OSNOWYCZ AUDE/SIPA

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INTERVIEW – L’anthropologue des religions et philosophe algérien Malek Chebel, auteur de Changer l’islam (Ed. Albin Michel), répond à 20 Minutes sur la crise que traverse la jeune démocratie égyptienne...

Deux ans après la fin de la dictature d’Hosni Moubarak, le pays est secoué par des affrontements entre partisans et opposants au président Morsi, pourtant élu démocratiquement un an plus tôt. Malek Chebel, anthropologue des religions et philosophe algérien, nous livre son analyse.

Après la révolution de janvier 2011 qui a renversé la dictature d’Hosni Moubarak, l’apprentissage de la démocratie constituait un défi majeur pour l’Egypte. Quel regard portez-vous là-dessus à l’aune de la grave crise qui traverse le pays?

Le président égyptien, Mohamed Morsi, a été élu démocratiquement. Mais la légitimité des urnes ne suffit pas à définir une démocratie. Trois conditions sont nécessaires: une Constitution préalable, un vote libre, indépendant et transparent, et l’existence d’une opposition une fois au pouvoir. Or, en Egypte, la Constitution, qui s’est faite en cours de route, est bancale et ne fait pas de place à l’opposition. Quand Morsi dit «je reste au pouvoir car j’ai été élu démocratiquement», il a raison. Mais quand il utilise ce pouvoir uniquement au service des Frères musulmans [le mouvement dont il est issu], au détriment du peuple tout entier - l’opposition représente environ 40% de la population -, il n’est plus un démocrate.

Pourtant, le fait qu’une population puisse manifester est considéré comme la marque d’un pays démocratique...

Dans une démocratie, c’est un droit inscrit dans la loi. En Egypte, je crois que c’est la force du nombre et le surgissement rapide des [millions] d’opposants à Morsi qui ont fait loi. Car chasser ces manifestants, ce serait aller à la guerre civile, ce que tous souhaitent éviter. 

La crise que traverse le pays ne découle-t-elle pas aussi des balbutiements liés à l’expérience de la démocratie?

Le problème, depuis le renversement de Moubarak il y a deux ans, c’est qu’on a donné trop d’importance au politique, au détriment du droit. Du coup c’est celui qui a parlé le plus fort et qui était le plus impliqué et structuré qui a gagné. Morsi est arrivé au pouvoir sur une base politique, mais le périmètre de ses fonctions reste flou. D’où sa tentative, en novembre dernier, de s’arroger tous les pouvoirs via un décret. Mais là où il s’est trompé, c’est qu’en face, l’opposition veille au grain [ce décret controversé a finalement été retiré sous la pression]. Elle fait attention à ce que l’Egypte ne devienne pas une théocratie qui s’accapare tous les pouvoirs. Car à terme, l’objectif des Frères musulmans, arrivés au pouvoir avec les habits de la démocratie, c’est d’instaurer la charia.

Quel regard portez-vous sur cette nouvelle crise en Egypte?

C’est une deuxième révolution. La première, en janvier 2011, avait été menée par les classes populaires. C’était une révolution pour la dignité, car le peuple avait été écrasé par Moubarak, qui se comportait en véritable pharaon. Cette fois, c’est une révolution pour les idées. Elle est menée surtout par les classes moyennes, qui ont perdu au change avec l’arrivée des islamistes au pouvoir. Certes, ils ont gagné sur le plan politique, car le dictateur a été chassé. Mais sous Moubarak, ils avaient un semblant de liberté, même sous forme policière, qui est grignoté petit à petit aujourd’hui par les Frères musulmans.

Les dérives et ratés des Frères musulmans au pouvoir peuvent-ils aussi découler de leur propre inexpérience en matière de gouvernance après avoir été pourchassés sous Moubarak?

C’est vrai qu’eux aussi sont obligés d’avoir une espèce de formation accélérée pour acquérir le B.A.BA de la démocratie. Mais je ne les ai pas entendus dire qu’ils étaient attachés à la démocratie. L’islam est compatible avec tous les régimes politiques, la démocratie comme la dictature. Quoi qu’il en soit, la démocratie impose ses règles. Si l’on ne joue pas le jeu, cela finit toujours par se savoir.

Propos recueillis par Faustine Vincent
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