Jamais la famille Dassault ne serait parvenue à bâtir son empire si elle n’avait, depuis l’origine, noué des liens extrêmement serrés avec les plus hautes autorités de l’Etat français. En clair, Marcel Dassault puis son fils Serge ont toujours fait en sorte d’être intouchables.
Tout a commencé avec Marcel, le fondateur du groupe, qui a su tout à la fois s’allier les faveurs de Jacques Chirac et de François Mitterrand. Le premier, pour reprendre l’expression consacrée, sautait sur les genoux de Marcel Dassault quand il était petit. Son père, François Chirac, était un des banquiers et amis de la famille Dassault. Jacques a donc grandi en côtoyant le fils de Marcel, Serge, ce qui permettra à plusieurs reprises à ce dernier de se sortir d’un mauvais pas.
François Mitterrand, s’il n’avait tenu qu’à lui, n’aurait eu aucun égard pour la famille Dassault, dont le statut particulier lui déplaisait au plus haut point. Mais voilà : un de ses plus chers conseillers, Pierre Guillain de Bénouville, avec qui il traînait ses culottes sur les bancs du collège Saint-Paul à Angoulême, était l’éminence grise de Marcel Dassault et il est resté dans l’ombre de Serge après la mort du patriarche. Sans les coups de téléphone répétés de «Bénou» à Mitterrand, Serge Dassault n’aurait sans doute jamais accédé à la présidence du groupe d’aviation. Celui-ci a su ensuite avec ses avions de combat - ainsi que Jean-Luc Lagardère, le patron de Matra, avec ses missiles - faire en sorte de laisser planer ce message : s’en prendre à nous, c’est s’en prendre à l’Etat.
Nul besoin d’intermédiaire ensuite avec Jacques Chirac qui aurait dit, en 1977 : «L’histoire de France ne commence pas aux Gaulois, ni même à De Gaulle, mais à Marcel Dassault.» Et, à partir de 1995, c’est tout naturellement que l’héritier du groupe reçoit les faveurs du nouveau chef de l’Etat.
Si les relations sont au départ plus fraîches avec Nicolas Sarkozy, les deux hommes ont tôt fait de mesurer les intérêts qu’ils peuvent tirer de leur solidarité. Dès 2007, Dassault affiche ainsi un soutien sans faille à Sarkozy, notamment à travers le Figaro. En retour, le chef de l’Etat joue sans gêne le VRP de l’avionneur pour tenter de vendre le Rafale. En 2011, il décide même, contre l’avis de la hiérarchie militaire, de commander sept drones à Dassault bien que les engins soient plus chers et moins performants que ceux de ses concurrents. Un succès trouble, comme la méthode d’un homme mêlant sans cesse ses affaires à la politique.
