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Django Unchained, Tarantino enchaîné

Django Unchained, Tarantino enchaîné

 

Par Olivier Delcroix Publié <time datetime="15-01-2013T20:05:00+02:00;" pubdate="">le 15/01/2013 à 20:05</time> lien
Le maître (Christopher Waltz) et l'esclave (Jamie Foxx), unis pour se venger.
Le maître (Christopher Waltz) et l'esclave (Jamie Foxx), unis pour se venger. Crédits photo : Andrew Cooper / 2012 Columbia Pictures Industries, Inc
 

Toujours aussi virtuose, le cinéaste n'arrive pourtant pas à dépasser ses modèles et son western spaghetti tourne à l'autoparodie.

Finalement, ne trouve-t-on pas tout Tarantino dans les bacs du vidéo club californien des années 1980 qui employait le jeune Quentin? Le futur cinéaste de Pulp Fiction aura peut-être passé les plus décisives années de sa vie dans cet antre d'Hermosa Beach à louer et regarder en cassettes VHS les films les plus importants mêlés aux plus improbables: des polars de Jean-Pierre Melville à ceux de la Blaxplotation en passant par les films de Kung-Fu, Jean-Luc Godard, les «slashers» les plus horribles, les délires décalés des films Grindhouse, en passant par les films de guerre de Jack Lee Thompson et leurs remakes italiens ou bien évidemment le western spaghetti.

La cinéphilie boulimique et autodidacte de l'auteur de Reservoir Dogs s'est ainsi développée comme du chiendent, en toute liberté, tous azimuts. Ses films touffus, tout fous, ont bluffé la planète par leur énergie, leur irrévérence et leur violence sauvage, esthétique, référentielle. Django Unchained n'échappe pas à cette règle «tarantinienne». Après avoir accouché dans la douleur d'Inglourious Basterds, une relecture du film de guerre où il assassinait Hitler dans l'incendie d'un cinéma, Tarantino s'attaque à un autre genre: le western spaghetti. On l'attendait avec d'autant plus d'impatience que le précédent film, un peu décousu, au scénario fouilli et à l'ambition démesurée, n'avait pas tout à fait convaincu.

Avec Django Unchained Tarantino réussit son pari… Mais en partie seulement. Alors qu'il a bâti tout son cinéma sur une structure narrative non linéaire, il opte cette fois-ci pour un déroulé très classique. Le film reprend la trame d'un buddy movie, où deux personnages en rupture de ban s'allient pour accomplir leur vengeance. Alors que s'annonce la guerre de Sécession un chasseur de primes allemand (excellent Christoph Waltz) achète un esclave nommé Django (Jamie Foxx, tellement en retenue qu'il finit par en être transparent) pour mieux traquer les frères Brittle. En chemin, les deux hommes apprennent à se connaître et projettent de délivrer le grand amour de Django: Broomhilda (Kerry Washington), jeune esclave rebelle qui sert dans l'immense plantation de Calvin Candie (Leonardo DiCaprio qui jubile littéralement dans le rôle du méchant). Au carrefour du western spaghetti et du film de blaxploitation, Django Unchained métisse ses influences avec tout le savoir-faire de Tarantino. Dans la défroque du film de genre, il glisse un sujet sérieux: l'esclavagisme aux États-Unis. Toujours irrévérencieux, il va jusqu'à injecter plus d'une centaine de fois dans les dialogues le terme péjoratif de «nigger».

Le sang gicle

Pourtant après 2 h 44 de Django Unchained, autant bercé par les mélodies d'Ennio Morricone que par le hip-hop de Ricky Rozay ou le Freedom très seventies de Richie Havens, Tarantino donne l'impression d'avoir tourné en rond comme un poisson rouge dans son bocal. Lui qui voulait «plonger son spectateur au milieu de l'histoire de l'esclavage, en brisant le verre qui entourent la plupart des films historiques qui traite du sujet», il l'effleure à peine. Django Unchained est l'œuvre d'un gamin de 49 ans qui, de film en film, ne se lasse de son jouet - le cinéma - alors qu'il a fini par perdre son innocence.

Il ne surprend plus et - c'est plus gênant - s'autoparodie. Le sang gicle toujours par seaux entiers. Il ne se lasse toujours pas de la «violence d'opéra» depuis qu'il a lu tout jeune son premier ouvrage sur le cinéma intitulé Le Western spaghetti. Un opéra de violence. Les «gunfights» ressemblent toujours à des irruptions cutanées incontrôlables. Les clins d'œil à Sergio Corbucci et Franco Nero -qui joue dans le film - sont attendrissants mais n'apportent rien à l'intrigue. Quelques fulgurances telles l'hilarante séquence de la chevauchée du Ku Klux Klan ou l'apparition explosive de Quentin Tarantino lui-même, sont magistrales. Pourtant, il ne s'est toujours pas affranchi de ses marottes. S'il libère son Django, Tarantino est resté enchaîné dans l'antre maternelle et créative de son vidéo club. À quand La Grande Évasion ?

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