
Difficile d’analyser autrement une des dernières études du ministère de l’Éducation sur le niveau de maîtrise de la langue et des mathématiques. Aujourd’hui, cette question du niveau revient pourtant en force, sur le terrain statistique cette fois, avec la publication de l’étude intitulée «Lire, écrire, compter : les performances des élèves de CM2 à vingt ans d’intervalle 1987-2007» réalisée par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp). Ce travail conclut en effet qu’en lecture «deux fois plus d’élèves (21%) se trouvent en 2007 au niveau de compétence des 10% d’élèves les plus faibles de 1987». En orthographe, les 10,7 fautes moyennes de 1987 sont devenues 14,7 en 2007 et les 26% qui faisaient plus de 15 erreurs il y a vingt ans sont aujourd’hui 46%. Les compétences en mathématiques ne rééquilibrent rien puisqu’entre 1987 et 1997 le score en calcul a connu «une baisse importante» suivie d’un tassement la décennie suivante.
À la session 2008, à peine 14% obtiennent la moyenne et 58% zéro, alors qu’en 2000 «seules» 27,95% des copies avaient eu cette mauvaise note. Si le niveau des élèves ne se mesure pas à l’aune de leur seul score en orthographe, ailleurs ce n’est pas forcément mieux. Loin de sauver la mise, Pisa – l’évaluation commune à 30 pays de l’OCDE – enfonce le clou en mesurant que la proportion de jeunes de 15 ans les plus en difficulté de lecture est passée de 15,2 à 21,7% entre 2004 et 2007. Sur une échelle où la moyenne est de 500 points, la compréhension de l’écrit des jeunes Français est tombée elle de 508 à 488 entre 2000 et 2006, pendant que la culture mathématique est passée, elle, de 511 à 496 entre 2003 et 2006. Sur un laps de temps plus court, le bilan n’est donc pas meilleur que sur vingt ans!
Ce constat serait donc sans appel et le niveau des élèves moins bon qu’il y a vingt ans, dix ans ou même quelques années? Difficile de conclure autre chose de ces travaux. Reste peut-être juste à glisser qu’il est des disciplines (langues vivantes, sciences économiques et sociales) où le niveau monte un peu ! Preuve qu’au fil du temps l’école s’adapte et ses savoirs aussi. La limite de ces bouleversements étant évidemment de maintenir une maîtrise suffisamment fine de sa langue maternelle pour bâtir d’autres savoirs dessus… D’où justement le caractère inquiétant de ces résultats.
Dessin d'Olivier Ganan – source Sciences Humaines