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Des dizaines de partisans du président islamiste égyptien destitué Mohamed Morsi ont été tués samedi matin dans des affrontements avec les forces de sécurité, au lendemain de manifestations massives rivales déjà ensanglantées par des heurts. Le ministère de l’Intérieur impute ce midi la responsabilité des violences aux islamistes et dément l’usage de balles réelles contre les pro-Morsi.
Ces nouvelles violences, dont le bilan définitif n’était pas fixé, ont fait potentiellement au moins 66 morts. Ce samedi est la journée la plus meurtrière en Egypte depuis la destitution de Mohammed Morsi par l’armée le 3 juillet.
Elles interviennent alors que les autorités de transition ont promis de mettre bientôt fin, «dans le cadre de la loi», au campement des partisans de M. Morsi, autour de la mosquée Rabaa al-Adawiya, dans le nord-est du Caire.
Selon notre correspondant au Caire, il règne un désordre terrible à l’hôpital de campagne des pro-Morsi, installé à l’intérieur de la mosquée Rabaa al-Adawiya. «C’est la bousculade, beaucoup de gens essaient de rentrer, les médecins les en empêchent en bloquant les portes. Les hurlements redoublent pendant l’évacuation des corps.» Selon le Dr Yahia Makeya, on dénombre 37 cadavres et des centaines de blessés. D’autres corps auraient été acheminés vers d’autres établissements. Le ministère de la Santé a pour sa part fait état de 29 morts dans des hôpitaux d’Etat, ce qui porterait donc le bilan de samedi à 66 morts.
Les heurts, sur la route de l’aéroport du Caire, ont éclaté à l’aube entre manifestants tentant de bloquer un pont routier et policiers, a indiqué l’agence officielle Mena.
L’agence a cité un haut responsable de la sécurité assurant que les forces de l’ordre n’avaient utilisé que des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants ajoutant que huit policiers ont été blessés, essuyant des jets de pierres et des tirs de chevrotine.
Les pro-Morsi ont souligné que ces heurts sanglants faisaient suite au discours du chef de l’armée, le général Abdel Fattah al-Sissi, demandant aux Egyptiens de descendre massivement dans la rue vendredi pour lui donner «mandat d’en finir avec le terrorisme».
«De telles déclarations de Sissi incitent à la violence et à la haine et servent de à couvrir les crimes haineux de l’armée et de la police égyptiennes», ont-ils accusé dans un communiqué.
Les Egyptiens se sont mobilisés massivement vendredi dans tout le pays, répondant à l’appel de l’un ou l’autre des deux camps. Sept manifestants ont été tués et 194 autres blessés lors d’affrontements à Alexandrie (nord), deuxième ville du pays. Dans une interview télévisée, le ministre de l’Intérieur Mohamed Ibrahim, interrogé sur le campement autour de la mosquée Rabaa al-Adawiya, a déclaré qu’il y «aurait bientôt des décisions du procureur pour mettre fin à cette situation». Il y sera mis un terme «dans le cadre de la loi», a-t-il néanmoins assuré.
Les violences liées aux troubles politiques ont fait plus de 250 morts en un mois. La péninsule du Sinaï est en outre en proie à une rébellion larvée, des hommes armés y ont tué un civil et blessé cinq soldats vendredi.
La justice a par ailleurs ordonné la mise en détention préventive pour 15 jours de M. Morsi, maintenu au secret par l’armée depuis sa chute, pour complicité présumée avec des opérations meurtrières contre les forces de sécurité lors de la révolte contre le président Hosni Moubarak en 2011, imputées au Hamas palestinien.
Les charges portent en particulier sur une aide que lui aurait apportée le Hamas, branche palestinienne des Frères musulmans, pour s’évader d’une prison où le régime Moubarak l’avait incarcéré. L’ONU, les Etats-Unis et l’Union européenne ont appelé à la fin de la détention par l’armée du président déchu et de plusieurs de ses conseillers. Les adversaires de M. Morsi justifient sa destitution en l’accusant de n’avoir gouverné qu’au profit des islamistes et d’avoir enfoncé le pays dans la crise économique.
Ses partisans dénoncent eux un «coup d’Etat sanglant» mené par l’armée contre le premier président démocratiquement élu d’Egypte, après des manifestations massives fin juin pour réclamer son départ.