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En Alsace, le FN vent debout contre "la propagande du oui" au référendum

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En Alsace, le FN vent debout contre "la propagande du oui"
au référendum
Le Monde.fr | <time datetime="2013-04-06T18:46:28+02:00" itemprop="datePublished">06.04.2013 à 18h46</time> • Mis à jour le <time datetime="2013-04-06T18:46:29+02:00" itemprop="dateModified">06.04.2013 à 18h46</time>

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<figure class="illustration_haut"> L'affiche de campagne du Front national, à gauche, montrait une Alsacienne qu'un homme d'affaire allemand ou européen essayait d'arracher à la France. </figure>

Alsace (envoyé spécial) - La réunion a lieu dans l'arrière-salle d'un petit restaurant. Marmoutier, village de 2 700 âmes, niché entre les terres agricoles du Kochersberg et la forêt vosgienne, accueille le dernier débat public du Front national avant le référendum de dimanche sur le projet de conseil unique d'Alsace. Aucune affiche n'annonce l'évènement. Le bouche à oreille a fait son œuvre, nombreux se connaissent. Une grosse trentaine de militants et de sympathisants du Front National ont pris place sur les chaises disposées dans une pièce toute en boiseries. Tous voteront contre la fusion des institutions. Ou, au pire, s'abstiendront. Même s'ils sont convaincus qu'il faut mettre fin au fameux mille-feuille administratif.

Patrick Binder, chef de file du Front National en Alsace, s'était d'ailleurs initialement prononcé en faveur du projet, avant d'être remis sur le droit chemin par Marine Le Pen. Un rétropédalage dont il se justifie et se défend aujourd'hui : "j'avais dit oui à l'idée de fusion, mais je dis non au projet tel qu'il a été bâti. Ils veulent qu'on leur signe un chèque en blanc, qu'ils rempliront par la suite. Les Alsaciens n'ont pas été impliqués dans ce projet. Ils ont juste reçu dans leurs boîtes aux lettres un tract de propagande pour le oui. Ce n'est pas comme ça que cela fonctionne".

Un débat contradictoire lui aurait été refusé. De même que sa demande d'audit pour évaluer les 100 millions d'euros d'économie surs cinq ans promis par les élus en cas de fusion des institutions. "Dans ce projet, tout vient d'en haut, et du même sérail. C'est une grossière erreur stratégique. Il faut instaurer les référendums d'initiative populaire, comme en Suisse." Tous savent que le 'non' ne passera pas. Ils comptent, au mieux, sur une abstention massive pour que le projet soit rejeté. Un participant demande s'il vaut mieux "stratégiquement, voter contre ou ne pas voter". "Ne pas voter, c'est cautionner", rétorque Jordan, 24 ans. L'audience est réactive.

"PUISQUE L'UMP DIT OUI, JE DIS NON. PAR PRINCIPE"

Patrick Binder dénonce la "machine médiatique" qui s'est mise en branle pour épauler les partisans du 'oui', et la "mafia politique" à l'origine du projet : "le grand baron Richert et sa cour, qui cumulent je ne sais combien de mandats, doivent penser qu'ils tutoient le ciel. Malheureusement, ils n'ont pas l'humilité de notre nouveau Pape". Philippe Richert, l'initiateur du projet, président du conseil régional d'Alsace, est la cible de toutes les attaques. "Puisque l'UMP dit oui, je dis non. Par principe", rebondit ainsi Carole, 47 ans.

Le PS et le maire de Strasbourg Roland Riès ne sont pas épargnés : "les socialistes du Bas- Rhin sont contre car ils veulent donner le statut d'Eurométropole à Strasbourg, alors que les socialistes de Mulhouse votent pour". L'affaire Cahuzac est régulièrement évoquée pour appuyer le "tous-pourris". L'évocation de Jean- Luc Mélenchon bat cependant tous les records au sifflomètre. Le coprésident du Parti de gauche, partisan du 'non', a pourtant dénoncé à Mulhouse, le 3 avril dernier, "la volonté de démembrer l'unité et l'indivisibilité de la République". Un arguments également soulevé par Marine Le Pen qui évoquait un "détricotage de la République".

"TOUS CES ÉTRANGERS QUI SE PROMÈNENT DANS LE CENTRE-VILLE"

Les pertes d'emploi et fermetures d'usines dans leur région sont au cœur de leurs préoccupations. L'économie et la fiscalité des sujets souvent abordés. Et Bruxelles, toujours pointé du doigt. "C'est un programme mondialiste qu'ils veulent mettre en place. Il signerait la fin des Etats-Nations. Ce qui se passe à Chypre arrivera en France dans deux ans", surenchérit un participant. Un frisson parcourt l'assemblée. Dans l'assistance règne aussi une germanophilie assumée. Le land du Bade-Wurtemberg voisin, souvent cité en exemple par les initiateurs du projet, force aussi l'admiration des sympathisants du Front National. Mais "Le Bade-Wurtemberg compte environ 11 millions d'habitants, l'Alsace seulement 1,8 millions. Il n'y a aucune comparaison possible". L'élu frontiste note toutefois que le parlement de ce Land densément peuplé ne compte que 138 élus, contre 122 pour la région Alsace (47 pour le conseil régional et 75 pour les conseils généraux du Haut-Rhin et du Bas-Rhin).

A mesure que la discussion avance, les vieilles antiennes refont surface. La perte de l'identité alsacienne, symbolisée "tous ces étrangers qui se promènent dans le centre-ville de Mulhouse ou de Strasbourg", s'invite dans le débat. Patrick Binder brandit ensuite son Livre noir des subventions. "1,2 millions d'euros pour la mosquée de Strasbourg, vous vous rendez- compte ?". L'audience s'indigne. C'est un sujet que les militants frontistes alsaciens connaissent sur le bout des doigts. Les prestations sociales – "les contribuables, déjà lourdement taxés, payent pour que les clandestins soient logés dans des hôtels ! ", la politique culturelle – "si vous vous sentez une âme d'artiste, lancez-vous, la ville de Strasbourg achètera vos œuvres entre 15 000 et 30 000 euros", Patrick Binder multiplie les exemples de ce qu'il considère comme un gaspillage permanent. "Il n'y a pas besoin de fusionner les institutions pour faire des économies et mettre fin à ces aberrations", conclut-il. Son modèle ? Celui des anciennes provinces françaises.

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