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Le Point.fr - Publié le <time datetime="2013-04-02T15:55" itemprop="datePublished" pubdate=""> 02/04/2013 à 15:55</time> - Modifié le <time datetime="2013-04-02T17:55" itemprop="dateModified"> 02/04/2013 à 17:55</time>
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Jérôme Cahuzac © PATRICK KOVARIK / AFP
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17 h 42. "Les bras m'en tombent, Je n'ai pas de mots. Je ne pensais pas qu'on en était là", a déclaré Arnaud Montebourg
à Marseille en réaction aux aveux de Jérôme Cahuzac. Le 19 mars, le ministre du redressement productif, saluant la démission de son collègue, s'était dit persuadé que "sa liberté retrouvée lui permettrait de prouver sa bonne foi."
17 h 27. Daniel Goldberg, député PS proche de Martine Aubry, est l'un des seuls socialistes à tenter une excursion en
salle des Quatre Colonnes. Cahuzac mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale ? "Vous me l'apprenez", lâche-t-il, mal à l'aise. Il vous a donc menti ? interroge-t-on. "En tout cas, il n'a pas dit la vérité...", souffle-t-il, et il s'en va.
17 h 16. Depuis la publication de la lettre de Jérôme Cahuzac sur son blog, la salle des Quatre Colonnes est vide. Seul le député de Seine-et-Marne Olivier Faure reste un peu dans le jardin de l'Assemblée avec la presse qui lui a appris la nouvelle. Ce proche de Jean-Marc Ayrault semble sonné : "Sidéré, je suis sidéré." "On a tous voulu croire ce que nous disait Jérôme."
À lui, comme à tous ses camarades, élus, ministres, Premier ministre et président, Cahuzac a toujours juré "les yeux dans les yeux", c'était son expression, n'avoir jamais détenu de compte à l'étranger. "Il a choisi un mode de défense suicidaire", constate à chaud Olivier Faure. "On ne peut pas se défendre comme ça. Mais maintenant, c'est l'affaire d'un homme qui soulage sa conscience et qui est face à lui-même."
Très vite le politique prend le dessus et le chef de la com au PS salue "la rapidité de décision du Président et du Premier ministre" : "La République exemplaire a été respectée."
17 h 10. Jérôme Cahuzac est mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale, selon son avocat, Me Jean Veil. "Ce compte n'a pas été abondé depuis 2001, et l'essentiel de ses revenus provenait de son activité de chirurgien et accessoirement de son activité de consultant", a déclaré l'avocat.
16 h 50. Coup de tonnerre. Sur son blog, Jérôme Cahuzac fait ses aveux, et demande pardon au gouvernement et à sa famille.
En voici la citation in extenso :
"Par lettre du 26 mars 2013, j'ai demandé à Messieurs les juges d'instruction Roger Le Loire et Renaud Van Ruymbeke de bien vouloir me recevoir afin que, délivré des obligations de ma fonction, je puisse enfin donner les explications qui s'imposent au regard de la détention à l'étranger d'un compte bancaire dont je suis le bénéficiaire depuis une vingtaine d'années.
J'ai rencontré les deux juges aujourd'hui. Je leur ai confirmé l'existence de ce compte et je les ai informés de ce que j'avais d'ores et déjà donné les instructions nécessaires pour que l'intégralité des actifs déposés sur ce compte, qui n'a pas été abondé depuis une douzaine d'années, soit environ 600 000 €, soient rapatriés sur mon compte bancaire à Paris.
À Monsieur le Président de la République, au Premier Ministre, à mes anciens collègues du gouvernement, je demande pardon du dommage que je leur ai causé. À mes collègues parlementaires, à mes électeurs, aux Françaises et aux Français j'exprime mes sincères et plus profonds regrets. Je pense aussi à mes collaborateurs, à mes amis et à ma famille que j'ai tant déçus.
J'ai mené une lutte intérieure taraudante pour tenter de résoudre le conflit entre le devoir de vérité auquel j'ai manqué et le souci de remplir les missions qui m'ont été confiées et notamment la dernière que je n'ai pu mener à bien. J'ai été pris dans une spirale du mensonge et m'y suis fourvoyé. Je suis dévasté par le remords.
Penser que je pourrais éviter d'affronter un passé que je voulais considérer comme révolu était une faute inqualifiable. J'affronterai désormais cette réalité en toute transparence."

L'ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac avait pris rendez-vous avec ses juges pour reconnaître qu'il possédait bien des comptes en Suisse et à Singapour, contrairement à ce qu'il a toujours soutenu. L'information d'abord publiée par Le Canard enchaîné vient donc d'être confirmée.
Jérôme Cahuzac a démissionné de ses fonctions le 19 mars en raison de cette affaire. Cet entretien avec les juges a pris fin aux alentours de 16 h 40. Quelques minutes après, les aveux de Cahuzac était sur son blog, lettre n°439...
Deux magistrats du pôle financier du tribunal de grande instance (TGI) de Paris, Roger Le Loire, doyen du pôle financier, et Renaud Van Ruymbeke ont été désignés le 20 mars pour enquêter sur cette affaire après l'ouverture la veille d'une information judiciaire visant l'ancien ministre. Selon le Canard enchaîné, l'avocat de Jérôme Cahuzac, Jean Veil, a rencontré Renaud Van Ruymbeke le 27 mars pour lui faire part de la décision de son client de "passer aux aveux".
Avant cette confirmation, la nouvelle a provoqué la stupeur à l'Assemblée, mais surtout un certain embarras. L'UMP Hervé Mariton ne souhaite pas s'exprimer. "On verra", lâche-t-il avant de filer dans son bureau : "Les informations que vous évoquez sont suffisamment importantes pour que j'aille regarder. Je vais voir et je reviens", se justifie-t-il en s'éloignant.
Le rapporteur général du budget, le socialiste Christian Eckert, se veut prudent lui aussi. "Je n'ai pas d'information", dit-il en évoquant "des rumeurs". Toutefois, alors que la presse lui fait remarquer que Jérôme Cahuzac avait juré à l'Assemblée nationale ne pas détenir de compte et lui demande donc sa réaction si l'ancien ministre du Budget a menti, il souffle : "Je ne peux pas imaginer une chose pareille." Même son de cloche de la part de Bruno Le Roux. "J'attends ! lance le patron des députés PS. Ce n'est plus le moment des si..."
Le député de La Rochelle, le socialiste Olivier Falorni, appelle à son tour à la prudence concernant "un homme qu'il connaît et qu'il apprécie". Le tombeur de Ségolène Royal aux dernières législatives n'hésite pas à convoquer le cas de Pierre Bérégovoy, ministre socialiste qui s'est suicidé en 1993 après avoir été "livré aux chiens", selon la formule restée célèbre de François Mitterrand. "S'il est vrai qu'il détenait un compte en Suisse, ce serait grave. Sinon, il ne faut pas oublier que derrière les hommes politiques, il y a des hommes."
Un autre élu socialiste, en off, va plus loin, dans un parallèle saisissant : "Faites attention je ne veux pas qu'il fasse comme le médecin de Koh-Lanta..." Cahuzac au pôle financier ? Cet élu soupire : "S'il avoue, c'est complètement dingue." Lui non plus n'a pas oublié que le ministre leur avait juré dans l'hémicycle être innocent.
Le député et porte-parole du PS Eduardo Rihan Cypel tranche : "Depuis que Cahuzac est sorti du gouvernement cette affaire ne concerne plus le gouvernement de la France. C'est l'affaire privée de Jérôme Cahuzac." Le propos est repris en boucle, mais en off, par la plupart des élus.
Quant au député centriste Jean-Christophe Lagarde, il ne prend pas de gants. "Si les faits étaient avérés, ce serait extrêmement grave de la part du ministre du Budget censé lutter contre la fraude fiscale." Et Lagarde de lâcher : "Le PS devrait exclure son camarade en disant : un tricheur n'a pas sa place parmi nous." Les élus PS préfèrent botter en touche : "S'il avoue, il prendra lui-même ses responsabilités", disent-ils.
Jérôme Cahuzac est soupçonné d'avoir détenu un compte en Suisse à la banque UBS, ce qu'il a toujours catégoriquement nié. Un témoin auditionné pendant l'enquête préliminaire de police a également indiqué que les sommes versées sur ce supposé compte proviendraient de laboratoires pharmaceutiques, a rapporté le parquet de Paris.
Une information judiciaire contre X visant l'ancien ministre du Budget a été ouverte pour blanchiment de fraude fiscale, mais aussi perception par un membre d'une profession médicale d'avantages procurés par une entreprise dont les services ou les produits sont pris en charge par la sécurité sociale, blanchiment et recel de ce délit.