EN DIRECT. Débarquement - 6 juin 1944 : "Sie Kommen ! Ils arrivent !"VIDÉOS. À l'occasion du 70e anniversaire
du débarquement, Le Point.fr vous propose de revivre le D Day heure par heure, en images, témoignages et vidéos.
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À 4 heures du matin, les soldats au large des côtes normandes montent dans les barges de débarquement. © Sipa
Par Marion Cocquet et Charlotte Pons
Avril 1944. "La guerre sera gagnée ou perdue sur ces plages. Les vingt-quatre premières heures de l'invasion seront décisives. Pour les alliés comme pour nous, ce sera le jour le plus long", écrit le maréchal Erwinn Rommel , commandant des forces du mur de l'Atlantique, à sa femme.
6 juin 1944. Ce jour est arrivé. Un peu après minuit, l'opération Neptune, la phase d'assaut d'Overlord, est lancée. Elle engage plus de 156 000 hommes. Des ports d' Angleterre convergent plusieurs convois rassemblant près de 7 000 navires. À leur bord, l'infanterie mais aussi les chars, les véhicules, les engins amphibies... À leurs côtés, 137 navires de guerre qui bombarderont pour leur ouvrir le passage. En face 150 000 Allemands de la 7e armée stationnés en Normandie, dont environ 50 000 dans la zone de débarquement. À proximité des plages, une seule division blindée et six divisions d'infanterie.
L'opération d'intoxication Fortitude a fonctionné, les Allemands ne croient pas que le débarquement principal aura lieu ce jour-là, en Normandie... Le jour le plus long peut commencer.
La météo, alliée clé du D Day
Au printemps 1944, l'imminence d'un débarquement dans le nord de la Francen'est plus un secret pour personne. Quand aura-t-il lieu ? Les Allemands en sont convaincus : les Alliés ont besoin d'au moins six jours d'une météo clémente. Or, en ce début de mois de juin, le temps est exécrable. Sur conseil de son chef prévisionniste James Stagg, le général Eisenhower décide d'un premier report du 5 au 6 juin. Une accalmie, dans l'après-midi du 5, devrait permettre de lancer Overlord le lendemain à l'aube. Risqué. Mais manquer cette fenêtre de tir aurait reporté le débarquement de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois. La brume, le vent, la houle compliquent les opérations. Au moins ont-ils le mérite de tromper les Allemands : lorsque l'armada alliée prend la direction de la Normandie, la Kriegsmarine a suspendu ses patrouilles devant les côtes et les plus grands chefs de la Wehrmacht ont quitté leur poste.
00 h 5 . Au milieu de la Manche, les convois se scindent en cinq flottes distinctes, une par plage de débarquement. L'Ouest (Utah et Omaha) pour les Américains, l'Est (Gold, Juno et Sword) pour les Britanniques et les Canadiens.
00 h 7. Des parachutistes américains et britanniques sautent en éclaireurs afin de baliser la zone d'atterrissage des divisions aéroportées qui doivent sécuriser chaque flanc de la zone de débarquement. La 6e division aéroportée britannique est chargée de l'est de l'Orne (flanc gauche), la 101e division aéroportée américaine (US Airbone) doit soutenir les débarquements à Utah Beach et la 82e US Airbone assurer la protection du flanc ouest d'Utah Beach.
Le capitaine Franck Lillyman, chef des pathfinders (les éclaireurs) de la 101e division aéroportée américaine, est le premier soldat américain à poser le pied en Normandie.
00 h 10 . Des centaines de faux parachutistes, les mannequins "Rupert", sont largués près de Saint-Lô, Yvetot, ainsi qu'au sud de Caen et à l'est de la Dives pour désorienter les forces allemandes. De petites équipes d'hommes les accompagnent, chargées de déclencher au sol des bruits de tirs de mortiers afin d'augmenter la confusion.
REGARDEZ - Les forces en présence, les lignes de front et les zones de défense sur la côte normande le 6 juin 1944 :

00 h 16.
Le général Eisenhower donnant ses dernières instructions aux soldats avant le débarquement : "Full victory, nothing else" ("La victoire complète et rien d'autre"), leur dit-il.
©Sipa
1 h 30. Des messages affluent dans les centres de commandement allemands, qui font état de "poupées explosives", les mannequins Rupert. Les Allemands croient d'abord à une opération de diversion, qui viserait à maintenir leur vigilance en Normandie avant un grand débarquement dans le Pas-de-Calais.
1 h 50. À Paris, l'amiral Karl Hoffmann convoque les différents états-majors suite à l'accumulation de rapports inquiétants et envoie en Allemagne ce message : "Signalez au quartier général du Führer que c'est l'invasion."
2 h 15.

À Sainte-Marie-Église, un mannequin figure la position du soldat Steele la nuit du 6 juin 1944. Si l'histoire est avérée, le soldat serait en fait tombé de l'autre côté.
© David Vincent/AP/SIPA
4 h 5.
© Sipa
4 h 30. Les forces britanniques du lieutenant-colonel Otway (6e division aéroportée britannique) attaquent la batterie de Merville. En dépit d'un entraînement très poussé en Angleterre sur une réplique exacte de la batterie, l'assaut est particulièrement meurtrier. La batterie, qui figurait parmi les objectifs prioritaires du débarquement, n'abritait en réalité que de vieilles pièces tchèques que les Britanniques vont néanmoins saboter.
Par prudence, von Rundstedt, qui a demandé que l'on alerte Hitler et son quartier général, met en route vers les côtes du Calvados la 12e Panzer SS Hitlerjugend, étalée entre Paris et Caen, ainsi que la Panzer Lehr, basée entre Orléans et la côte. Il envoie en outre une demi-division d'infanterie traquer les parachutistes.
5 heures. Le croiseur HMS Glasgow et le cuirassé USS Texas jettent l'ancre afin de préparer l'assaut des rangers sur le pointe du Hoc, un éperon rocheux où se trouve une batterie allemande de six pièces de 155 mm, des canons dont la portée de 20 kilomètres menace à la fois Omaha et Utah.
5 h 10. Depuis la mer, les tirs alliés commencent à Gold Beach, notamment sur la batterie de Longues-sur-Mer et sur Vaux-sur-Aure.
5 h 20. La garnison allemande de la pointe du Hoc signale la présence de vingt-neuf navires, dont quatre gros bâtiments.
5 h 30. Les navires de Juno Beach jettent l'ancre.
5 h 36. Les cuirassés, les croiseurs et destroyers pilonnent sans relâche les différents points d'appui côtiers et les batteries allemandes à Utah Beach, Sword Beach et Omaha Beach. Les conditions météorologiques compliquent les tirs.
5 h 37. Le 726e régiment de grenadiers allemands rapporte : "Au large de (Gold Beach), de nombreux navires, la proue vers la côte, sont en train de débarquer. Les unités navales commencent à ouvrir le feu par le travers des plages."
5 h 45. Bombardement naval de Ouistreham.
5 h 52. Le régiment d'artillerie de la 352e division d'infanterie allemande signale : "60 à 80 bateaux rapides de débarquement s'approchent de Colleville (Omaha Beach)."
6 heures. Le soleil se lève dans un ciel couvert.
6 h 30. Omaha Beach , la première vague de soldats, 1 450 au total, débarque. Rien ne se passe comme prévu : le débarquement devait avoir lieu à mi-marée montante, mais la mer s'est retirée de 250 mètres, autant de distance que les soldats doivent parcourir à découvert ; la mer démontée a fait sombrer 27 des 32 chars amphibies qui devaient appuyer les soldats et la défense allemande, à peine touchée par les bombardements qui ont souvent manqué leurs objectifs, a été renforcée. À cela s'ajoute le poids du matériel. La charge excessive des soldats de la première vague devait se révéler fatale pour beaucoup d'entre eux. "Quand la rampe s'est abaissée, notre barge a été directement mitraillée", rapporte un soldat du 16e régiment.
La "boucherie" commence, selon les mots du caporal Franz Gockel, 18 ans, qui fait partie de la 352e division d'infanterie allemande, positionnée là depuis des jours sans que les services de renseignements alliés en aient eu connaissance. Les Allemands laissent les Américains sortir des barges, s'empêtrer dans leur barda et puis : "On tir(e) sur tout ce qui boug(e). La plage est bientôt couverte de corps de soldats américains." De toutes parts, on entend le même cri : "Je suis touché !" Déjà, Omaha est "Omaha la sanglante".
À Utah Beach , la première vague de débarquement se déroule dans de meilleures conditions. 28 chars amphibies gagnent le rivage et attaquent les points fortifiés allemands. Le destroyer USS Corry heurte une mine. Il est bombardé simultanément par la batterie de Crisbecq et finit par couler, une heure plus tard. 22 marines meurent.
On réveille le porte-parole du Führer, le général Jodl, qui ordonne que les divisions déplacées par von Rundstedt gardent leur position jusqu'à nouvel ordre de Hitler : 40 000 hommes, 500 chars lourds et 100 canons d'assaut vont ainsi rester bloqués, inutiles.
6 h 35. Radio Berlin est la première radio à annoncer le débarquement, aussitôt reprise par les agences de presse. Au même moment, à Omaha, les défenses côtières allemandes entrent en action.
REGARDEZ- Les alliés débarquant sur les plages françaises :
À suivre : alors que les Britanniques, les Canadiens et les Français s'apprêtent à débarquer à leur tour, sur Omaha Beach, le carnage est tel que le commandant de la force O demande l'arrêt des opérations...
Lire le début du direct
Sources : Jour J, Le grand atlas du Débarquement , Stephen Badsey, Atlas, 286 pages, 30 euros. D-Day et la bataille de Normandie , Antony Beevor, Calmann-Lévy, 638 pages, 26, 40 euros. Les secrets du jour J , Bob Maloubier, La Boétie, 295 pages, 18, 50 euros. Le Débarquement pour les Nuls , Claude Quétel, First Éditions, 380 pages, 22, 95 euros. Opérations aéroportées du Débarquement , Benoit Rondeau, Editions Ouest-France, 144 pages, 18, 50 euros. "Invasion !", le Débarquement vécu par les Allemands , Benoît Rondeau, Tallandier, 440 pages, 23, 90 euros. Chronographie du Débarquement et de la bataille de Normandie , Stéphane Simonnet, Editions Ouest-France, 14, 90 euros.