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LYBIE | Dans l’est du pays, villes et raffineries tombent les unes après les autres aux mains des opposants. Mais les fidèles de Kadhafi montent au front. Son aviation est entrée en action.
De nos envoyés spéciaux Yannick Van der Schueren Textes Olivier Vogelsang Photos | 07.03.2011 | 00:00
A l’arrière des véhicules, des batteries aériennes, des caisses de munitions et des RPG en pagaille. Juchés sur des camions, entassés dans des pick-up et des camionnettes, les révolutionnaires libyens avancent sur Tripoli. Ils ne sont plus qu’à quelques kilomètres de Syrte, la ville natale de Kadhafi. La victoire sur Ras Lanouf, une zone stratégique qui abrite les trois principales raffineries de pétrole du pays, a galvanisé les troupes. Ce qui n’empêche pas les civils et des centaines d’Egyptiens de fuir. La route jusqu’à Binjawa est aux mains des opposants, mais le danger vient désormais du ciel. Au checkpoint de Ras Lanouf, un vrombissement surgit au-dessus de nos têtes. «Partez! Vite! Ils vont bombarder!» hurle un jeune homme en treillis. Les hommes positionnent leurs batteries antiaériennes. Notre chauffeur, lui, appuie sur l’accélérateur. Degré de visibilité zéro. Une tempête de sable s’est levée. Les canons balaient le ciel en crachant leur feu. Quelques secondes plus tard, à 500 mètres du bitume, un énorme brasier illumine le désert. Un avion de chasse russe, un Sukhoi, a été abattu. Au sol, les hommes sont déchaînés. Mais la chance et l’enthousiasme des combattants de la «Libye libre» ne suffiront pas à vaincre les forces du leader libyen. Kadhafi dispose d’une flotte aérienne importante, de nombreux chars et de milliers de mercenaires prêts à en découdre pour une poignée de dollars. Les rebelles ont gagné du terrain. Mais leurs moyens logistiques et stratégiques restent très limités. Pour l’heure, Kadhafi a perdu le contrôle des deux tiers du pétrole du pays. Mais il n’a pas perdu la guerre. Depuis hier, ses fidèles, lourdement armés, se rendent en nombre sur la ligne de front, désormais située à Binjawa.
Le plein, à l’œil!
«Les forces étrangères ont parlé de nous aider en bombardant les points stratégiques. Pourquoi est-ce qu’elles ne bougent pas?» demande un jeune milicien un peu paniqué au volant de son camion. Au même moment, son supérieur frappe sur le toit de la cabine: «Yala! On y va! On nous attend. Tu parleras un autre jour!» Le temps de charger deux caisses de munitions et les voilà partis rejoindre leurs camarades aux combats. En amont, de Brega à Ras Lanouf, toutes les raffineries sont sous le contrôle de la résistance. Celle de Waha a été libérée il y a tout juste deux heures. Les révolutionnaires sont en train de prendre possession des lieux. Déployés autour des bâtiments, ils avancent à couvert. Mais les pro-Kadhafi ont bel et bien déserté les lieux. Le moment est venu de s’emparer des véhicules flambant neufs et de faire le plein, à l’œil.
«Le brut n’arrive plus»
Le grincement d’une porte métallique brise soudain le silence. Trois hommes tout sourire sortent prudemment la tête. Ces employés sont restés aux commandes de la salle de contrôle du terminal, qui, malgré les événements, continue à fonctionner à 30% de ses capacités. Probablement plus pour longtemps explique Amer, 21 ans: «Regardez le niveau des cuves sur les écrans, nous sommes bientôt à sec. Le brut n’arrive plus. Faute de personnel, ils ont fermé les robinets dans le sud», explique-t-il en montrant un carnet de commandes vide. «Les pétroliers étrangers n’osent plus accoster ici. Ils préfèrent se rendre dans un autre terminal, loin des combats», ajoute Ali, son collègue de 34 ans. «Si nous allons rester ici? Evidemment! Nous sommes libres maintenant», répondent les deux compères en s’excusant de ne pas pouvoir nous offrir du thé pour fêter la victoire. A dix kilomètres de là, le directeur de la Ras Lanouf Oil Company ronge son frein devant le seul hôtel de la ville. «Nous avons perdu le contrôle de notre raffinerie, dit-il d’un ton amer, mais vous verrez, d’ici une heure ou deux, tout sera rentré dans l’ordre. Si je suis heureux d’être libre? Moi, je l’étais avant», rétorque-t-il, le regard noir. Et il s’éloigne à grand pas, en voyant un groupe d’émeutiers arriver.