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Suivi quotidien, flash d'actualités touchant l'économie,culture,environnement, société, politique,poésie, l'international.

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Et si la politique agricole commune redevenait enfin une politique ?

moissons (Morbihan)

Et si la politique agricole commune redevenait enfin une politique ? (1)

A la faveur des bouleversements entraînés par la crise économique, et de l'aggravation d'une crise alimentaire généralisée, les Etats européens seront-ils capables de refonder ensemble une nouvelle politique agricole commune ?

La crise économique crée une situation nouvelle au niveau mondial. Même si les réajustements psychologiques et conceptuels des principaux acteurs et décideurs politiques et économiques tardent à se manifester, des révisions déchirantes et fondamentales de certaines politiques menées jusqu’ici vont s’imposer d’elles-mêmes, plus rapidement et plus brutalement qu’on ne le pense. C’est le cas de la PAC, élaborée comme symbole fort de solidarité communautaire au temps d’une relative pénurie de la production alimentaire en Europe.

 

Faut-il procéder à un énième subtil replâtrage sous contrainte budgétaire ? Ou faut-il, au contraire, envisager une re-légitimation totale de cette politique ?

 

La gravité de la crise économique est certaine

 

La crise, installée durablement depuis plus d’un an et demi, est d’une ampleur sans précédent malgré les sommes considérables déjà investies pour tenter de la juguler. Pour se figurer l’importance des sommes engagées, rappelons que le PIB mondial est de l’ordre de 50.000 milliards de dollars. Or plus de 3% du PIB mondial a été injecté en urgence de part et d’autre de l’Atlantique, par les banques centrales, dès la fin de l’été 2007, et ce sur moins d’un mois, témoignant déjà, pour les observateurs avertis, de l’ampleur du problème, même si la plupart de ces "injections de liquidité" ont été faites seulement sous forme de prêts (en principe remboursables).

 

Le problème était seulement de restaurer la confiance et le crédit interbancaire : simple problème psychologique, qui devait être réglé en une à deux quinzaines dès le retour de vacances des dirigeants de la finance et de la banque.

 

Des sommes colossales engagées pour juguler la crise

Plus d’un an et demi après, il n’en est rien. Les sommes aujourd’hui engagées sous forme d’entrée directe au capital des banques, de rachat de "créances douteuses", d’assurance-crédit de l’Etat, de baisse de la TVA (Royaume Uni) ou  encore des divers plans de relance de la consommation, représenteraient (et ce n’est certainement pas fini) plus de 6.500 milliards de dollars à travers le monde, soit environ 15% du PIB mondial. Le seul événement qui se rapprocherait des sommes engagées serait la Seconde guerre mondiale : 3.600 milliards de $. (1)

 

Le scénario catastrophe de la crise

 

Bernard Cristofini (2), chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), imaginait un scénario catastrophe pour cette crise. "Après avoir touché les organismes financiers, les assureurs et les 'hedges funds', l’onde de choc atteint les entreprises, grandes et petites. La propagation s’attaque ensuite au secteur de l’immobilier et même les économies des pays émergents comme la Chine ou l’Inde, connaissent une croissance ralentie du fait du renchérissement du coût du fret ou de la faiblesse de leur clientèle occidentale", indiquait-il lors d’un entretien (3).

 

Dans ce même scénario, le prochain cercle est celui des monnaies et des Etats qui ont pris le risque se s’endetter lourdement et qui se voient privés de leur rôle de prêteur en dernier ressort. Ce scénario catastrophe mène immanquablement à "une forte hausse du chômage, à l’alourdissement extrême de la fiscalité et donc à la paupérisation des sociétés qui finira d’assécher les marchés, alimentant en boucle à nouveau le chômage, puis à nouveau la paupérisation et le déficit de rentrées fiscales", poursuivait Bernard Cristofini.

 

Et pendant ce temps, la crise alimentaire continue

 

La crise alimentaire a démarré bien avant la crise économique

Le 9 décembre 2008, l’organisation mondiale de l’alimentation (FAO) lance une alerte pour rappeler que, pendant que les gouvernements tentent de colmater la crise économique, la crise alimentaire qui a démarré bien avant est, elle, de plus en plus criante. "La crise financière et économique aura pour effet de réduire de plus en plus d’individus à la famine et à la pauvreté", rappelle la FAO (4). Près d’un milliard de personnes souffrent actuellement de sous-alimentation. Malgré la baisse des prix des produits agricoles après la forte hausse d’avant l’été 2008, certaines denrées, comme le riz, restent à 95% au-dessus des prix de 1995. En novembre dernier, le quotidien américain Washington Post publie un article intitulé "Loin de Wall Street, la crise alimentaire s’aggrave" (5) dénonçant l’indifférence des pays développés face à l’aggravation de la crise alimentaire, dans un contexte de sauvetage des banques.

 

Au lendemain des premiers signes de crise financière, la Chine prend des mesures pour restreindre ses exportations de céréales et d’engrais (taxation sur les exportations d’engrais entrées en vigueur le 1er septembre 2008 de 150% à 185%), mesures qui ont des conséquences sur des agricultures de pays en développement comme le Kenya, très dépendants de ce marché pour ses propres cultures.

 

Les milliards de dollars investis en quelques mois dans les systèmes financiers et économiques frappent d’autant plus les esprits et les organisations d’agriculteurs de pays pauvres que la réaction internationale face à la crise alimentaire est très faible et les mesures prises, inadaptées. La FAO, par la voix de Jacques Diouf, son directeur général, craint une diminution des aides à l’agriculture dans les pays en développement et l’adoption de mesures protectionnistes visant à lutter contre les effets de la crise financière et à rassurer les opinions publiques.

 

Aucun Etat n'est épargné

 

L’aide alimentaire fédérale concerne un Américain sur huit et un enfant sur quatre

36 pays restent dans une situation d’urgence, à un moment où la sécurité alimentaire semble être largement passée au second plan pour les pays développés. Et en mai 2008, selon la Banque mondiale, 33 Etats dans le monde sont menacés de nouveaux conflits entre les peuples, avec un risque de déstabilisation des régimes politiques, et d'importants mouvements de populations fuyant les foyers de famine. Or, les aides à l’agriculture des pays en développement ne sont déjà pas sur une pente ascendante puisqu’elles sont passées de 8 milliards de dollars en 1984 à moins de 3,4 milliards de dollars en 2004. Et des 12,3 milliards de dollars promis en juin dernier à Rome par des gouvernements, donateurs et organismes d’aides, seul 1 milliard a été versé.

 

Les Etats occidentaux ne sont pas épargnés par la crise alimentaire et pas seulement avec le développement de l’obésité ou de la "malbouffe". C’est ainsi  que le nombre d'Américains en état d'insécurité alimentaire a augmenté de 31 % en 2008, par rapport à 2007. "Au total, 49 millions d'Américains ont, à un moment ou à un autre de l'année, eu des difficultés pour s'alimenter correctement" (6).

 

Pas étonnant que l’aide alimentaire fédérale concerne un Américain sur huit et un enfant sur quatre et que ses dépenses publiques augmentent régulièrement. En Europe, la situation n’est pas idyllique non plus. Les banques alimentaires ont de plus en plus de mal à faire face, entre une offre qui se rétrécit (l’accès aux surplus alimentaire est de plus en plus restreint) et une demande croissante. Chaque année, la campagne des "Restos du coeur" enregistre de tristes records avec l’arrivée massive de catégories sociales fragilisées par la crise et le chômage.



(1) Barry L.Ritholtz, director Equity Research at Fusion IQ, et Jim Bianco,Bianco Research.
(2) Décédé le 14 décembre 2009.
(3) Entretien avec Bernard Cristofini, chercheur en prospective et stratégie internationale, Inra, décembre 2008.
(4) Financial Times, 9/12/2008 : "World’s hungry close to one billion".
(5) Article cité dans Courrier International, 7/11/2008, page 53.
(6) De Parle Jason, "Hunger in U.S. at a 14-Year High", The New York Times, 16 novembre 2009.


 Moissons 

Et si la politique agricole commune redevenait enfin une politique ? (2)

Face aux crises économiques et alimentaires actuelles, il est indispensable de rebâtir enfin une nouvelle et véritable politique agricole commune au niveau européen. Comment faire ?

La PAC aurait pourtant son mot à dire… Mais lequel ?

 

Le mythe d’une crise courte, simple hoquet dans une phase de croissance, a vécu ; le mythe d’une croissance mondiale qui aurait continué à être "tirée en avant" par la forte croissance de pays émergents comme la Chine ou l’Inde, de même que le mythe de l’autarcie et de l’invulnérabilité du Brésil ou de la Russie, semblent avoir vécu.

 

Le premier réflexe consiste à ne considérer que les aspects budgétaires et financiers de la PAC

Ce sont donc des Etats massivement endettés, et avec des marges de manoeuvre budgétaires extrêmement réduites, et pour des années, notamment en Europe, qui aborderont les négociations sur la poursuite du cycle de Doha à l’OMC… et sur la poursuite de la Politique Agricole Commune. Le premier réflexe consiste à ne considérer que les aspects budgétaires et financiers de la PAC, à ne réformer qu’à la marge en poursuivant la logique précédente : on diminue les aides et soutiens aux agriculteurs, puisqu’ils sont de moins en moins nombreux, et on augmente la taille des exploitations avec la concurrence et la compétitivité comme seuls horizons. La crise économique pourrait être alors l’alibi tout trouvé.

 

D’ailleurs, comment imaginer que l’on puisse continuer à élaborer des politiques coûteuses budgétairement avec des budgets vides ? La paupérisation massive de la société va secréter bien d’autres "pauvres", travailleurs ou chômeurs et bien d’autres urgences que celle de soutenir les travailleurs déshérités de l’agriculture et du monde rural (et encore moins les agriculteurs riches). Le consentement du citoyen moyen urbain à financer une agriculture et un monde rural pourrait s’effondrer devant l’urgence de ses propres problèmes.

 

La crise : une chance d'élaborer une politique commune ?

 

De même, le financement de l’environnement et l’agro-environnemental pourrait être hypothéqué par celui du chômage et les efforts des pays pour limiter d’éventuels troubles sociaux, comme on le voit aujourd’hui en Grèce. C’est donc l’impasse stratégique, tant sur le plan budgétaire que sur le plan de l’acceptabilité sociale.

 

La démonstration de l’importance vitale du maintien d’une forte capacité agricole et alimentaire

Mais si l’on arrive à préserver la construction de l’Union européenne, la crise actuelle, et les corrections qu’elle appelle, peut représenter une chance pour l’élaboration d’une véritable politique agricole commune rénovée. Le contexte actuel peut démontrer aux sociétés européennes appauvries et bousculées par la crise, l’importance vitale du maintien d’une forte capacité agricole et alimentaire, d’une capacité à nourrir ses peuples, à respecter ses agricultures, son environnement et ses territoires. Dans un monde qui se refermera, au moins pour partie, et où les approvisionnements de toute sorte (énergétiques, alimentaires…) seront de moins en moins évidents. On peut accepter l’idée de placer au rang d’objectif stratégique majeur le maintien d’une agriculture autonome en Europe et le légitime principe d’une certaine préférence communautaire, retournant ainsi aux sources et aux inspirations initiales des créateurs la PAC.

 

La crise elle-même pourrait fournir les clefs de l’élaboration d’une nouvelle politique commune pour l’agriculture en Europe, écartant définitivement, par son existence même, le mythe de la possibilité d’une non-régulation totale face à une libéralisation totale des marchés. Les débats à l’OMC ne peuvent qu’en être très profondément modifiés et la reconnaissance du caractère spécifique multidimensionnel et multi fonctionnel de l’agriculture ne peut en être que renforcée. Il reste donc, au moins au sein de l’UE, à élaborer les bases d’une véritable politique agricole, utilisant les moyens régaliens à sa disposition, même si les budgets des Etats sont au plus bas, puis à défendre clairement, politiquement et stratégiquement, au-delà des intérêts commerciaux immédiats et des pressions des lobbies, cette politique dans les instances internationales et en particulier à l’OMC.

 

Les éléments d'une nouvelle PAC

 

Construisons un contrat social liant les agriculteurs et le reste de la société

Une réelle politique agricole commune pourrait être celle fondée sur un contrat social liant les agriculteurs et le reste de la société dans chaque pays qui définirait les missions de l’agriculture et fixerait de nouveaux objectifs partagés au niveau européen et décidés par les citoyens. Ainsi, en avril 2010, l’Académie d’agriculture de France propose de "mettre la durabilité de l’agriculture au coeur de la PAC" par le retour à une régulation des marchés et une sécurisation des risques, une production performante, le maintien des emplois en milieu rural, une valeur ajoutée équitablement répartie, la rémunération aux agriculteurs des services environnementaux et biens publics.

 

Une PAC qui joue son rôle de soutien aux populations démunies par une aide alimentaire, une PAC au fonctionnement budgétaire plus souple et adapté aux périodes de crise et de croissance. L’arrêt des subventions aux exportations de produits agricoles, facteur de déséquilibre du commerce international, l’arrêt des protectionnismes rampants, la promotion d’une souveraineté alimentaire mais qui encouragerait les échanges. Bref, une politique qui soit vraiment politique.

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