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Florange L?affaire vire à la crise politique

Florange L’affaire vire à la crise politique

le 08/12/2012 à 05:00 par Alain Morvan lien

« Nous avons deux ennemis, Mittal et le gouvernement », répète le leader syndical Édouard Martin. Photo AFP/J.-C. Verhaegen

« Nous avons deux ennemis, Mittal et le gouvernement », répète le leader syndical Édouard Martin. Photo AFP/J.-C. Verhaegen

Huit jours après l’annonce de l’accord Ayrault-Mittal, la stupéfaction des salariés de Florange et des élus s’est transformée en protestation généralisée.

 

« On s’est fait entuber », répétait, dépité, hier matin, Michel Lieb-gott, le député-maire PS de Fameck, avec des mots aussi sincères et choisis qu’inhabituels. Une semaine après le choc de l’annonce du contrat passé entre Jean-Marc Ayrault et ArcelorMittal, la consternation le dispute à l’aigreur à Florange.

Vendredi 30 novembre, le Premier ministre et son entourage donnaient l’impression d’avoir emporté la partie dans le money- time, à quelques heures de l’expiration des deux mois laissés à l’État pour trouver un repreneur. Emplois préservés, pas de plan social, 180 millions d’euros d’investissements et Ulcos pour assurer l’avenir. Dès le lendemain, le Premier ministre tentait de déminer le terrain. « Le gouvernement [voulait] protéger les salariés et faire émerger une stratégie industrielle ; l’accord sur lequel nous avons pu engager Mittal permet d’atteindre ces objectifs », plaidait-il, déjà sur le reculoir.

Martin : deux ennemis

Depuis, le deal attendu par la Lorraine et ses sidérurgistes depuis dix-huit mois a fait pschitt. L’écran de fumée initial s’est dissipé sur les hauts fourneaux de Hayange, finalement condamnés. 30  % des 2600 salariés d’ArcelorMittal Florange partiront dans le cadre de mesures d’âge, sans remplacement, et le projet européen d’acier propre est renvoyé aux calendes grecques par le groupe Mittal lui-même.

Ironie du sort : Hervé Bourrier, P-DG d’ArcelorMittal France, a expédié sa lettre de renonciation au premier round d’Ulcos le matin même du jour où les syndicalistes étaient reçus par Jean-Marc Ayrault pour étouffer la crise naissante.

Bref, alors qu’une reprise solide, assurée par le duo Serin-Mordachov et promue par un vibrionnant Montebourg semblait, tenir la corde, Mittal emportait la décision, provoquant colère et incompréhension dans la Vallée de la Fensch. Édouard Martin, le leader charismatique de la CFDT, l’a dit et répété : « Nous avons deux ennemis, Mittal et le gouvernement. »

Puis, s’adressant directement au président de la République, jeudi : « Vous attendez quoi ? Qu’il y ait un malheur ici ? Eh bien nous, nous allons être votre malheur, si vous ne cessez pas ce mensonge, cette tromperie. » Contre toute attente, il provoquait la réaction quasi immédiate de François Hollande, vendredi soir, en direct à la télévision, alors que le Président avait jusqu’alors brillé par sa discrétion. Ce dernier s’est engagé à garantir l’avenir de Florange et celui du projet Ulcos 2, dont l’attribution se décidera au deuxième semestre 2013… à Bruxelles !

Promesses hasardeuses, couacs Ayrault-Montebourg, mini-crise gouvernementale, le dossier Florange est devenu en une semaine « le » sujet explosif pour la gauche au pouvoir. Qui pourrait achever de fragiliser un gouvernement Ayrault touché sur Notre-Dame-des-Landes et l’EPR de Flamanville et, peut-être, coulé sur l’un de ses thèmes-clés : le renouveau d’une politique industrielle, qui vient d’entrer en collision frontale avec deux hauts fourneaux lorrains.

le 08/12/2012 à 05:00 par Alain Morvan

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