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Florence Cassez libre : pourquoi l'emballement politico-médiatique est très malvenu

Florence Cassez libre : pourquoi l'emballement politico-médiatique est très malvenu

Modifié le 24-01-2013 à 15h39   lien

Temps de lectureTemps de lecture : 3 minutes

LE PLUS. Florence Cassez a foulé le tarmac de Roissy aux alentours de 13h40 ce jeudi. Déjà les politiques revendiquent la paternité de cette libération et se réjouissent sans complaisance alors que la lumière n'est toujours pas faite sur le rôle de la Française dans l'affaire qui l'a conduite à la détention au Mexique. Attention, sol glissant.

Édité par Henri Rouillier  Auteur parrainé par Aude Baron

Florence Cassez à Mexico lors de son arrestation, le 22/06/2009. (STR/AP/SIPA)

Florence Cassez à Mexico lors de son arrestation, le 22/06/2009. (STR/AP/SIPA).

 

Libre ! Enfin ! Sept ans après, Florence Cassez rentre chez elle, attendue par ses proches, ses amis et ses soutiens. Elle n'a pas sitôt posé le pied sur le tarmac de Roissy que déjà les uns et les autres tirent la couverture médiatique à eux, que les uns et les autres revendiquent la paternité de la libération de la jeune femme, dont ni vous ni moi ne pouvons affirmer avec certitude qu'elle est ou non innocente. Qu'ils semblent donc tous devenir fous.

 

Quel emballement ! Toutes les chaînes d'info sont en boucle : "Elle arrive, elle va arriver, elle est dans l'avion, elle a l'air fatiguée". Les réactions émues de sa maman, les réactions émues du président de son comité de soutien, Jean-Luc Romero, les réactions émues et tout le reste.

 

Trop, trop, trop ? 

 

Et moi, c'est le "tout le reste" qui me gêne, la présence de Valérie Trierweiller aux côtés de sa mère, celle de Anne Hidalgo, la "fierté" de l'ancien président Nicolas Sarkozy qui aurait bien voulu être là mais qui est retenu à Davos mais qui la verra plus tard, les affirmations du ministre des Transports, Frédéric Cuvillier, à l'antenne d'I>télé ou sur son blog, disant être convaincu de l'innocence de Florence Cassez et lui réserver un "accueil diplomatique" à la descente de l'avion. Fichtre ! Un accueil diplomatique, rien que cela. Avec ou sans tapis rouge ? 

 

Quel foutoir que cet emballement médiatique et ces bulletins d'information qui tournent en boucle depuis hier sur la libération de Florence Cassez, otage médiatique des temps modernes, martyr de l'injustice mexicaine. Quel ridicule aussi que ces politiques, y compris ceux en poste au gouvernement qui se bousculent devant les micros, qui prétendent avoir joué un rôle dans sa libération. Florence Cassez, qu'on pourrait plus croire ex-otage que ex-détenue impliquée dans des enlèvements criminels sera donc accueillie par Laurent Fabius himself, ministre des Affaires étrangères, à son arrivée à Paris, telle une personnalité, avec un grand P.

 

Quid de l'affaire en elle-même ?

 

Il n'y a que moi pour trouver cela quelque peu "too much" ? Peut-on véritablement se réjouir pour cette libération, d'un point de vue humain, personnel, tout en faisant de cette personne un symbole de l'injustice et du courage ?

 

Car la Cour suprême mexicaine, si elle a tranché en faveur de la justice en reconnaissant la violation du principe d'innocence de Florence Cassez, et en la libérant sur le champ n'a absolument pas jugé sur le fond, à savoir la culpabilité ou l'innocence de celle-ci. La justice n'a pas été rendue pour les victimes de ces enlèvements, les images des familles des victimes du conjoint de l'époque de Florence Cassez, ce jeudi matin, leurs larmes, leur colère face à cette libération nous le rappelle, au cas où nous en aurions besoin.

 

Personne ne sait, personne ne saura, mais tous semblent se comporter comme si la messe était dite, et on peut s'interroger de voir les politiques, qui normalement devraient justement être les plus prudents, ceux qui devraient, comme disait l'autre, "savoir raison garder", se précipiter ainsi devant les caméras et tirer la couverture à eux abandonnant toute prudence.

 

Eux, qui devraient savoir être diplomates, ne pas heurter l'opinion mexicaine par un triomphalisme déplacé, se bousculent sans réfléchir à l'insulte que représente leur soutien public ainsi affiché. N'ont-ils donc rien appris ?

 

Curieux contraste entre les déclarations officielles de l'Elysée, saluant la décision de la Cour suprême mexicaine et la normalisation des relations franco-mexicaines, et cet emballement politico-médiatique déplacé.

 

 

2216 Français détenus à l'étranger

 

Un début de polémique, titrait "le Monde" ce matin, quelle polémique ? La polémique de savoir qui, de l'œuf ou de la poule est arrivé le premier, qui de Sarkozy, ou de Hollande est "responsable" de la libération, et de la reconnaissance de l'un, par rapport au travail de l'autre. Et ce n'est pas fini, il y en aura d'autres. 

 

 

 

Personne pour s'interroger sur la différence entre soutien "privé" et discret, et ce cirque qui nous rappelle les mêmes emportements hystériques à la libération d'Ingrid Betancourt ?

 

"Actuellement 2.216 Français sont détenus à l'étranger, selon des chiffres du Quai d'Orsay datant de décembre, 38,9% le sont pour des infractions liées à des trafics de drogue et 35,6% pour des infractions de droit commun." précisait encore "le Monde" ce jeudi.

 

Cela en fait des Florence Cassez à accueillir, cela en fait de l'émotion à venir, cela en fait du soutien affiché et des arrivées en grandes pompes, cela en fait du cirque médiatique en stock pour nos politiques et nos médias. Beaucoup de bruits inutiles à venir, là où seul le silence devrait s'imposer.

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