Deux d'entre eux transportent des équipements anti-incendie, un troisième est un bateau d'assistance habituellement «en stand-by» près de la plateforme. Un quatrième navire dispose à son bord d'un robot sous-marin équipé d'une caméra, destiné à inspecter l'état de la plateforme. Tous se trouvent à l'extérieur d'une zone d'exclusion maritime de 2 milles (3,7 km) instaurée autour de la plateforme, évacuée à la suite d'une fuite de gaz qui perdure depuis dimanche. «Mais nous ne considérons pas que cela représente un risque à cause de la direction des vents», a précisé un autre porte-parole du groupe, affirmant qu'il n'y avait pas de «risque d'étincelle».
Le directeur de la santé, la sécurité et l'environnement chez Total, David Hainsworth, a reconnu mardi qu'un risque d'explosion existait. «Le gaz est inflammable, mais l'alimentation électrique a été coupée sur la plate-forme pour minimiser le risque d'étincelle, mais il est évident qu'il y a un risque. Nous avons exclu une série de risques mais il y a toujours une possibilité. Elle est faible, mais on ne dit pas jamais», a-t-il ajouté sur la BBC. L'inquiétude vient du fait qu'une torchère continue de brûler comme sur tous les sites pétroliers, aggravant les risques d'explosion.
Martin Preston, spécialiste des pollutions marines à l'université de Liverpool (ouest de l'Angleterre), s'est dit mercredi «surpris» par le fait que la torchère brûle toujours. «Avec une bouteille de gaz de camping, quand vous la fermez, la flamme continue à brûler pendant un petit moment puis s'éteint, et on s'attendait à la même chose ici», a-t-il ajouté sur la radio BBC.
Même s’il s’agit cette fois d’un incident lié au gaz et non au pétrole brut, il fait ressurgir le spectre de la marée noire provoquée par l’explosion de la plate-forme Deepwater Horizon au large de l’état de la Louisiane (Etats-Unis), le 20 avril 2010, qui avait entraîné marée noire de grande envergure d'environ 780 millions de litres répandus dans le Golfe du Mexique.
«Personne ne peut s'approcher de la plate-forme»
Interrogé sur d'éventuels risques d'explosion, il a estimé que cela était «très difficile à prédire». «La torchère est évidemment au-dessus de la plateforme et le gaz s'échappe au niveau des piliers (de la plateforme, NDLR), donc il y a une séparation physique (entre la flamme et le gaz. NDLR). La concentration de gaz doit être assez basse pour qu'il n'explose pas», a-t-il précisé, ajoutant qu'un changement des vents pourrait faire remonter le gaz et l'enflammer. «Cela signifie évidemment que personne ne peut s'approcher de la plate-forme pour y travailler jusqu'à ce que la torchère soit éteinte», a-t-il encore dit.
«Nous avons affaire à une substance très toxique et inflammable. (...) La question doit être abordée avec énormément de prudence», a de son côté estimé Simon Boxall, océanographe à l'université de Southampton (sud), en soulignant le risque d'explosion sur la BBC.
AUDIO. «Situation sérieuse» pour le porte-parole de Total jacques Emmanuel Saulnier
Total a reconnu qu'il s'agissait du «plus gros incident» pour le groupe «en mer du Nord depuis au moins dix ans». Cette fuite sur la plateforme Elgin, à environ 240 kilomètres au large de la ville écossaise d'Aberdeen, a entraîné la mise en place d'une zone d'exclusion maritime et aérienne et l'évacuation par précaution de plus de 300 personnes. L'alimentation a été coupée sur la plate-forme, l'un des deux principaux gisements gaziers exploités par le groupe français Total en mer du Nord britannique.
Dans son dernier communiqué mardi soir, Total précisait que «la fuite se poursuivait». Deux vols de reconnaissance ont eu lieu mardi, et deux autres doivent être conduits ce mercredi. «Tous nos efforts sont concentrés pour stopper la fuite de gaz», a assuré Total. Selon les estimations du groupe, 23 tonnes de gaz se sont échappées en quarante-huit heures.
500 plate-formes en Mer du Nord
Des écologistes - députés européens ou associations - ont estimé mercredi que l'UE devait se doter de règles plus strictes en matière de sécurité des plateformes pétrolières et gazières. «Ce nouvel accident conforte la position des écologistes à vouloir faire adopter un cadre réglementaire européen plus sévère pour ces activités à haut risque», a affirmé Sandrine Bélier, députée européenne EELV, dans un communiqué. «Avec ses 500 plate-formes, la Mer du Nord est aujourd'hui l'une des zones les plus exposées en Europe à la pollution des grandes industries d'extraction et d'exploration pétrolière et gazière», ajoute-t-elle, rappelant que que le Parlement européen avait adopté en octobre dernier un rapport appelant au renforcement des règles.
Le 6 juillet 1988, l'explosion et l'incendie de la plate-forme Piper Alpha, située en Mer du Nord, au large des côtes d'Écosse, fera 167 morts. Après une fuite, du gaz naturel s'était accumulé sous la plate-forme avant de prendre feu, provoquant une explosion massive. Une seconde explosion fera sombrer la structure. 62 personnes survivront.

