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Gard Julien Doré a des airs du Marius de Pagnol

Gard Julien Doré a des airs du Marius de Pagnol
ARNAUD BOUCOMONT
16/08/2012, 06 h 00
 
Il garde des bons souvenirs des arènes de Lunel, de ses courses et toro-piscines, mais exècre la corrida.
Il garde des bons souvenirs des arènes de Lunel, de ses courses et toro-piscines, mais exècre la corrida. (Photo CAROLINE FROELIG)

Le chanteur est comme le héros de Pagnol, irrésistiblement attiré par le large. Mais son sud lui manque aussi dès qu’il est un peu loin. Je t’aime moi non plus…

On pourrait croire que Julien Doré se méfie des racines. Son côté rebelle, décalé, enverrait-il valser les codes sudistes comme on se libère d’une peau encombrante ? "Je ne vois pas l’endroit où je suis né comme quelque chose qui m’appartient, je n’ai pas cette idée de protectionnisme", prévient le chanteur, qui réussit à Paris après avoir fait ses gammes artistiques à Lunel et à Nîmes.

L’actualité politique l’a peut-être refroidi un peu plus. Il voit la montée du FN dans la région comme un signe "effrayant" : "C’est un amalgame dangereux de se rapprocher des choses qui nous sont proches, de se rassurer de façon feignante. Il faut avoir envie de s’échapper. Pour la musique, c’est pareil : rien ne m’appartient. L’art aussi. Les gens qui le reçoivent font que cette chose-là existe."

Toujours côté sud, la corrida pourrait exacerber les sens artistiques de Julien Doré… "La souffrance de l’animal me fait pleurer. Je viens moi-même de l’animal. Je ne vois pas en quoi la torture serait un art. C’est une soi-disant noblesse avec laquelle j’ai du mal à concilier mon côté sudiste." Il préfère le souvenir des toro-piscines et des courses camarguaises. Et c’est avec "fierté" qu’il s’est produit dans les arènes de Lunel, le 10 juillet.

La "double étiquette, à Nîmes, de l’adjoint à la culture et à la tauromachie" lui reste, des années plus tard, encore en travers de la gorge. Doré s’était aussi méfié de "l’hyper présence de l’école nîmoise", tout en respectant le travail du peintre Claude Viallat et quelques autres. "Quand on a envie d’être artiste, ça peut être à double tranchant. Le poids lourd peut nous faire peur. Il faut digérer les choses pour s’en échapper, sur un pied et aussi sur l’autre, ne jamais rester fixe."

La formule va plutôt bien au remuant Doré, qui bouge autant sur scène aujourd’hui que ce qu’il virevoltait sur le plateau du théâtre Baltard, version télévisée Nouvelle Star. Et l’idée qu’on prend du passé pour partir ailleurs, adepte du détour, voire du détournement, va comme un gant à cet adepte de l’artiste Marcel Duchamp - jusqu’à avoir tatoué son nom sur son pectoral gauche - et du dadaïsme.

À sa façon, il lutte contre sa nature : "Quand je suis parti à Nîmes, c’était déjà un voyage. On a ça dans le Sud. La peur de quitter le sol. Je m’en rends compte en vivant à Paris. Dès que je peux, j’y retourne, mettre les pieds sur cette terre." Il lutte donc un peu, et s’abandonne aussi volontiers, au rythme du "bon vin, de moments partagés, d’apéritifs et de poissons grillés".

Julien Doré a des airs du Marius de Pagnol, irrésistiblement attiré par le large mais qui finit par rentrer au port. "Le soleil, je n’en avais pas conscience. En étant à Paris, je me rends compte que ce cadre de vie-là était une chance. J’ai perdu mon accent du sud. Je le retrouve immédiatement quand je suis avec mes potes. Le corps humain change, s’adapte. Il ne faut pas que ce soit vécu comme effrayant. L’idée, c’est de le retrouver quand on a besoin."

Il y a un côté Le Forestier chez Doré… "Je suis né quelque part, laissez-moi ce repère, ou je perds la mémoire", chantait son illustre confrère. Julien Doré, né à Alès, passé par Montpellier et surtout enfant de Lunel… De la maison de village dans laquelle il a grandi et où ses parents vivent encore, il a toujours en tête le poids de "la pierre et des souvenirs qui m’appartiennent". Enfin un aveu de possession ! On savait bien, tout de même, qu’il avait deux ou trois trucs à lui, piliers de sa construction personnelle.

De Lunel à Nîmes

De son « adolescence solitaire autour de Lunel et des villages », Julien Doré garde « des souvenirs de nature, de petites routes départementales, d’étangs, de flamants roses, de taureaux, avec ma Mobylette, un modèle assez rare, une Magnum racing, et les cerises ou les abricots qu’on allait piquer ».

De Nîmes, où il fut étudiant, il a des images « qui correspondent plus à une ville, dans un cadre chargé d’histoire ». « Je passais beaucoup de temps au Carré d’art (la médiathèque nîmoise, NDLR) et au bar de l’Industrie pour jouer au 421. Souvenirs aussi des jardins de la Fontaine, avec cette eau qui traverse. On allait faire des cours de dessin dans les hauts de Nîmes. On allait puiser le passé au Carré d’art et aussi voir des expos contemporaines. »

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