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Depuis janvier, des travailleurs sociaux montpelliérains sont en émoi à cause d’aides d’urgence attribuées à leurs yeux de façon irrégulière.
Ça ne tourne pas rond à Ovalie. Depuis six mois, cette agence de la solidarité du conseil général de l’Hérault, située sur le rond-point du Grand M à Montpellier, est en pleine turbulence.
Car des travailleurs sociaux chargés de venir en aide aux familles en difficulté s’interrogent fortement sur la destination de certains fonds. Les agents de ce service sont chargés de recevoir des Héraultais en pleine panade et, le cas échéant, de leur accorder un soutien financier ponctuel et limité.
Ce peut être une aide pour payer le centre aéré ou la colonie de vacance du petit dernier. C’est aussi bien souvent directement pour la "subsistance" : en clair, pour se nourrir jusqu’à la fin du mois ou régler une facture EDF urgente.
Le tout est très encadré : il faut remplir un dossier social, passer selon les cas par un agent, un cadre, ou par une commission. Et ces aides, de l’ordre de 150 € par enfant à charge, et plafonnées à 300 € au titre des secours individuels, ne peuvent être renouvelées deux mois de suite.
Une lettre anonyme
Problème : ainsi que cela est expliqué dans une lettre anonyme envoyée en janvier au président André Vezinhet, ces règles semblent avoir été transgressées à plusieurs reprises au sein de l’agence Ovalie. "Une secrétaire a obtenu une aide sociale à l’enfance alors qu’elle n’a pas d’enfant.
Le conjoint d’un agent a eu 400 € puis 300 €", raconte un travailleur social qui, avec certains collègues, a mené sa petite enquête sur le logiciel interne. "La famille d’un autre a eu neuf aides entre avril 2010 et octobre 2011, avec 400 €, 450 €, pas des sommes anodines", précise l’un de ses collègues.
Des cas litigieux concernent des agents "plutôt proches du directeur"
Autre découverte troublante : une trentaine de dossiers n’existant que sur informatique concernent des gens fictivement domiciliés... à l’agence d’Ovalie elle-même. De quoi plomber l’ambiance interne, d’autant que les cas litigieux concernent des agents "plutôt proches du directeur".
En mars, une enquête administrative est déclenchée par Nadine Rouillon, la directrice du Pôle des solidarités du conseil général. Plusieurs agents et employés sont entendus, ce qui suscite au passage l’indignation de la CGT et de Sud. La directrice l’affirme : l’enquête a constaté quelques ratés dans le système, mais n’a décelé aucune malversation individuelle.
Certains points ne manquent pourtant pas de sel. "Nombre des dossiers familiaux ayant fait l’objet de demandes d’aides financières n’ont pu être trouvés (50 % du panel des dossiers demandés)", relève Nadine Rouillon dans un point d’étape adressé le 5 mars à ses agents.
Les conclusions définitives, datées du 15 mai, stigmatisent le système de classement ("pertes de dossiers, numérotation non visible, dossiers accessibles à tous") ou les pratiques atypiques : "Le directeur d’agence a instruit et décidé pour un agent une aide financière seul" , sur leur ordinateur, "des secrétaires ont saisi des aides au profit d’un agent ou de membres de la famille d’un agent" ,"absence de motivation claire des décisions qui dérogent au règlement".
"On veut travailler avec des gens honnêtes"
Face au statu quo, les agents ayant dénoncé ces dérives ne cachent pas leur écœurement. "Tout cela va à l’encontre de notre déontologie. On veut travailler avec des gens honnêtes", raconte un travailleur social qui vient de passer une heure avec une jeune maman en détresse, "à compter les couches du bébé pour le mois à 25 centimes pièce. Comme elle avait déjà eu une aide le mois dernier, ma petite dame, elle est repartie sans rien".
La situation à Ovalie n’a peut-être pas cessé de rebondir : une nouvelle lettre anonyme a été reçue le 5 juin par André Vezinhet.
"L’enquête qui a abouti aujourd’hui, porte clairement la conclusion qu’il n’y a aucun détournement de fond public à destination d’intérêt privé", indique Nadine Rouillon, la directrice du Pôle des solidarités du conseil général. Les dossiers disparus ?
"Ce n’est pas parce qu’on n’a pas retrouvé certains dossiers que cela accrédite l’idée que les aides ont été attribuées à mauvais escient. Mais nous devons revoir la gestion de nos dossiers." Les domiciliations de familles à l’agence d’Ovalie ?
"Nous avons des familles qui sont à la rue, d’autres qui sont hébergées temporairement, et dont on ne peut être certains qu’ils soient toujours à la même adresse quand leur dossier aura été traité. Les domicilier dans une agence de solidarité, c’est quelque chose de courant au vu des populations qui s’adressent à nous."
Nadine Rouillon l’assure : "Il n’y a pas de faute professionnelle individuelle, ni de sanction envisagée vis-à-vis des agents, dans la mesure où les procédures que nous avions mises en place n’étaient pas assez précises."
Étrange coïncidence : le numéro de mars de Dialogue, le journal des agents du conseil général, rappelle dans un article ces derniers à leurs obligations, « suite à plusieurs affaires relatives à des détournements de biens dans la collectivité ». « En leur qualité d’agents publics, ils sont soumis à un devoir de probité. Cela signifie que le fonctionnaire ne doit pas utiliser les moyens du service à des fins personnelles, ni commettre des vols ». Ça va mieux en le disant !