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Hollande en Chine : visite d'usine et «culture du dazibao»

Hollande en Chine : visite d'usine
et
«culture du dazibao»
<time datetime="2013-04-24T17:54:38+02:00" itemprop="datePublished">24 avril 2013 à 17:54</time> (Mis à jour: <time datetime="2013-04-25T11:41:19+02:00" itemprop="dateModified">25 avril 2013 à 11:41</time>) lien

François Hollande a son arrivée à Pékin jeudi matin.

François Hollande a son arrivée à Pékin jeudi matin. (Photo Reuters)

Le chef de l’Etat entame jeudi matin sa première visite dans le pays. Durant deux jours, récit des grandes et petites histoires de ce voyage. 

 

Un arstiste italien dans une usine chinoise

Jeudi matin. «Tu avais perdu ton gouvernement», lâche Laurent Fabius à un François Hollande, en pleine visite de la chaîne de production de l’usine Bernard Controls, dans la banlieue de Pékin. Le ministre des Affaires étrangères ne fait pas référence à un hypothétique remaniement. Le chauffeur qui conduisait le mini autobus de la délégation française a juste loupé un embranchement et s’est retrouvé planté dans les embouteillages monstres de la capitale chinoise. D’où le retard. Avant même d’être reçu par le président chinois, François Hollande a donc choisi d’entamer son voyage par la visite d’une PME française de technologies de contrôle, notamment pour le nucléaire, (400 personnes, 50 millions d’euros de chiffre d’affaires) qui a fait le choix d’investir il y a dix ans dans la construction d’une usine en Chine. «C’était la condition pour ne pas se faire sortir du marché», se souvient Gilles Uhrweiller, le directeur des opérations. Un investissement qui aurait permis de créer dix emplois en France. Hollande est venu rendre hommage à ce bel «exemple». «Je voulais saluer l’effort, car c’en est», a précisé le chef de l’Etat.

Il faut dire qu’il se passe des drôles de trucs dans cette petite usine de Bernard Controls. Alessandro Rolandi, artiste italien, y est son directeur de la recherche en développement de la sensibilité sociale. Kesako? Depuis deux ans, cet artiste (embauché à mi temps) propose aux ouvriers de l’usine (payés autour de 350 euros) d’étonnantes expériences artistiques. A chaque fois prise sur leur temps de travail. Les ouvriers ont par exemple été invités à détourner la novlangue manageriale. Sur le mur de l’usine: un graffiti «Invest in contradiction», détournement du slogan de la marque Bernard Controls «invest in confidence». «Vous gardez la culture du dazibao», s’amuse Hollande. Un jour une ouvrière a exprimé l’envie de sentir le soleil. Son poste de travail a été installé pour quelques heures dehors sur le parking. Depuis, une immense banderole est suspendue au mur de l’usine : «Sentir le soleil sur ses épaules quand on travaille». Un autre jour, c’est une danseuse qui est venue danser sur la chaine de production et pour finir emballée dans un carton. Le but ? «Puisqu’on pousse nos ouvriers à se comporter presque comme des machines, il faut continuer à enrichir leur sensibilité humaine», argumente Gilles Uhrweiller. Alessandro le dit autrement : «Ce n’est pas une façon de contrôler, mais une façon sincère d’explorer le social».

 

Charcuterie ou droits de l’homme?

Mercredi. François Hollande va-t-il oser prononcer publiquement le nom de Liu Xiaobo, le Prix Nobel de la paix chinois, condamné depuis 2009 à onze ans de prison ? C’est la principale (pour ne pas dire la seule) inconnue de cette visite de deux jours en Chine du Président français, à partir de demain matin. Qui sera une double première. La première fois de sa vie qu'Hollande mettra un pied en Chine — il s’offrira d’ailleurs une petite visite privée de la Cité interdite vendredi matin. Mais aussi la première fois que son homologue chinois, Xi Jinping, au pouvoir depuis mars dernier, rencontrera un chef d’Etat occidental.

Mise à part cette question des droits de l’homme (sur laquelle on aura la réponse demain lors de la conférence de presse de Hollande), rien que du très classique. Plusieurs rencontres (dont un déjeuner et un dîner) avec Xi Jinping devront permettre d’évoquer les sujets internationaux du moment (Syrie, Mali et Corée du Nord). Et bien sûr, les contrats commerciaux. En tête de gondole comme à chaque fois avec les Chinois, le nucléaire, avec une possible lettre d’intention pour l’implantation en Chine d’une usine de retraitement des déchets nucléaires du même type que celle de La Hague, et l’aéronautique. Mais Paris et Pékin veulent aussi élargir leur palette de coopération à la santé, au numérique, au développement durable dans la ville (eau, pollution, traitement des déchets...) et à l’agroalimentaire. Le gouvernement aimerait s’inspirer du succès de la filière vinicole française (près de 800 millions d’euros d’exportation en Chine) pour le développer dans la charcuterie. «Une affaire qui est loin d’être anecdotique», selon l’Elysée. Cela fait trois ans que la filière porcine française cherche à vendre ses produits dans le pays. Ils sont pour l’instant interdits pour d’obscures raisons sanitaires. Mais demain, Hollande espère bien annoncer la libération du commerce du saucisson.

 

Dîner chez madame l’ambassadeur

Mercredi 20 heures (heure locale). L’ambassadeur de France en Chine est une femme. Mais Sylvie Bermann tient à ce qu’on l’appelle «madame l’ambassadeur». Car, dit-elle, une ambassadrice reste avant tout la femme d’un ambassadeur. Elle est charmante, chaleureuse et directe. Rien d’une diplomate corsetée. Mercredi soir, il y a du beau monde à se presser autour du buffet, sous l’immense lustre dégoulinant de la salle de réception de la toute neuve ambassade de France, inaugurée il y a à peine deux ans. Principalement des patrons français, qui ont tous un pied (parfois les deux) en Chine. On pouvait croiser Frédéric Oudéa, le patron de la Société Générale qui explique qu’il ouvre une agence par an ici, limité par une législation bancaire très stricte.

On discute avec Laurent Max, viticulteur à Beaune, qui vient en Chine depuis quarante ans pour tenter de vendre son bourgogne. Depuis trois ans, ses ventes ont enfin décollé. Il livre les hôtels, les chaînes de distribution de luxe. Et rigole quand ses clients lui offrent une vulgaire piquette en pensant lui faire déguster un grand cru. Les faux en vin sont, paraît-il, monnaie courante en Chine. Comme dans beaucoup de secteurs. Martin Robain, architecte chez Architecture studio, n’a pas ces problèmes. Il constuit des musées dont un à Lhassa, au Tibet. Il dit que son agence refuse du travail. La dépression européenne est très loin. La chanteuse Joyce Jonathan, 24 ans, révélée par son album Sur mes gardes en 2010, est même en train de commencer une carrière ici. Elle serait aujourd’hui la chanteuse française qui a le plus de succès en Chine. Elle y fait des télé, déjà des concerts. Si bien que sur son dernier album, elle a été contrainte de chanter plusieurs titres en chinois. On n'a rien sans rien.

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