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Pour la première fois depuis son élection, François Hollande se rend en Corse vendredi pour une visite officielle. L’objectif est double : exercice de mémoire et exercice politique. Le président de la République entend non seulement réparer un oubli historique - l’île fut le premier territoire métropolitain libéré de l’occupation germano-italienne voici 70 ans jour pour jour (voir encadré) mais aussi assurer les Corses du soutien de l’Etat, alors que la criminalité, endémique, ne faiblit pas.
Peu après son arrivée en Corse, le chef de l’Etat se rendra à la citadelle d’Ajaccio pour visiter la minuscule cellule où s’était suicidé le 19 Mars 1943, au lendemain de son arrestation, un héros de la Résistance, Fred Scamaroni, afin de ne pas parler à ses tortionnaires italiens. Il devrait également se rendre sur le plateau de Ciniccia, haut lieu de la Résistance, à proximité du village de Levie (Corse-du-Sud), avant de rejoindre Bastia pour tenir un discours sur la Libération de l’île, proclamée officiellement le 4 octobre 1943.
Le volet politique de cette visite débutera dès le matin à la préfecture d’Ajaccio où le président rendra hommage au préfet Claude Erignac, « sauvagement assassiné » le 6 février 1998, tout près de là. Au chapitre de l’insécurité, il arrive toutefois précédé d’un bilan peu reluisant. Le rythme des homicides (17 depuis janvier), n’a guère diminué en dépit des mesures annoncées l’an dernier par les ministres de l’Intérieur Manuel Valls et de la Justice Christine Taubira.
François Hollande le souligne lui-même dans les colonnes de Corse Matin, estimant malgré tout que le gouvernement, « mobilisé », a marqué des points avec le triplement attendu en 2013 et par rapport à l’année précédente des saisies d’avoirs criminels. Il rappelle aussi que « les renforts nécessaires ont été affectés » à l’île avec « 58 policiers et gendarmes supplémentaires en un an ». Reste à en convaincre une population lasse d’annonces non suivies d’effet. Au premier tour de l’élection présidentielle, François Hollande est arrivé en troisième position derrière Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen.
Le président de la République s’entretiendra de cette insécurité dans la matinée avec les élus locaux. Ceux-ci devraient aussi l’interroger sur son intention d’accorder ou non d’accorder une place spécifique à l’île dans la Constitution française, une semaine jour pour jour après le vote à une large majorité par l’Assemblée de Corse d’une délibération qui va en ce sens. Un projet qui vise notamment à élargir les compétences de l’Assemblée de Corse en lui conférant un pouvoir d’adaptation législatif encadré en terme de fiscalité et de maîtrise du foncier.
Sur ce point, le chef de l’Etat s’est montré pour le moins réservé dans son interview à Corse Matin. « Je demanderai au Gouvernement de recevoir les élus de l’Assemblée de Corse pour poursuivre la réflexion », avance-t-il. Et de prévenir: « Mon obligation, c’est de rester dans le cadre de la République ». Quant à la « co-officialité » de la langue corse et du français qui deviendraient, toujours selon le voeu de l’Assemblée de Corse, les deux langues officielles de l’île, elle suscite une réponse tout aussi réservée : « S’agissant de la langue corse, on fait déjà beaucoup, » a-t-il observé.
Le président s’est montré plus ferme encore dans sa réponse à certains élus corses qui veulent limiter l’accès à la propriété aux seuls résidents de l’île . « Faire des règles d’accès à la propriété différentes entre les citoyens serait contraire au principe d’égalité et aurait pour effet de fermer le marché immobilier au détriment de tous », a-t-il tranché.
Enfin, peut-être le président se penchera-t-il sur le dossier de la compagnie maritime SNCM, qui vient de se voir attribuer la délégation de service public entre la Corse et le continent. Le tribunal administratif de Bastia a en effet examiné hier le recours de la compagnie Corsica Ferries et de la Confédération Générale des PME , qui contestaient la légalité des obligations de service public entre la Corse et les ports de Toulon et Nice. Le rapporteur public a demandé leur annulation, le tribunal doit rendre son jugement dans quinze jours.
Le 4 octobre 1943, la Corse a été le premier territoire métropolitain libéré par l’action combinée de la Résistance et des Forces françaises libres venues d’Afrique du Nord. Un fait souvent négligé par les livres d’histoire plus volontiers enclins à célébrer les débarquements de Normandie et de Provence, pourtant postérieurs de plusieurs mois. Aujourd’hui encore, cet oubli est douloureusement ressenti en Corse, tout particulièrement par les anciens combattants. Le réparer sera le « sens » de la visite du chef de l’Etat , a-t-il lui-même souligné dans une interview au quotidien Corse Matin paru vendredi