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Le Point - Publié le 21/06/2012 à 00:00
Christophe Hondelatte en 2008. © Max Rosereau / PhotoPQR/La Voix du Nord
"J'aime bien ma dépression, j'ai de la tendresse pour elle, je ne vais pas la cacher." Il l'affectionne d'ailleurs au point de la charger de mille responsabilités, d'autant d'excuses et de lui donner le rôle d'un alibi un brin commode. D'autant que cette constante compagne s'est récemment nourrie chez Christophe Hondelatte d'un médicament au bien joli nom, le Lyrica.
L'ex-présentateur vedette de RTL, 49 ans, qui annonça sur son compte Facebook le 16 mai quitter l'antenne, secouant sérieusement sa direction, a l'an passé grandement souffert d'une hernie discale. Opéré deux fois, avec un intervalle de neuf mois, il demeure miné d'une "douleur fantôme". "La hernie a disparu, mais mon corps garde cette insupportable souffrance." Il a donc pris un traitement contre le mal persistant, ce Lyrica "dont la notice des effets secondaires doit faire 2 500 pages". Il sourit, cherche des yeux son chien aveugle qui se cogne contre un platane et les énumère : "Idées noires, dépression, colère..." Depuis, il n'a plus mal, mais lui impute ses derniers "coups de sang". Comme l'altercation avec un assistant à RTL, "auquel, oui, j'ai montré un doigt et que j'ai traité d'enc... ", avec sa rédactrice en chef, aussi.
Hondelatte écoute sans broncher le rappel de son CV de colères. 28 janvier 2005, il quitte France 2 trois heures avant le journal de la mi-journée qu'il doit présenter. Mars 2010, altercation pendant l'enregistrement du Jeu de la mort aux mots de "Tu vois la porte, là, tu dégages !" 24 septembre 2011, il quitte le plateau de On n'est pas couché, agacé qu'on y moque son disque, puis revient, bougon. Enfin, son départ soudain de RTL. "Oui, je suis sanguin, caractériel, c'est comme ça chez les gens du Sud. À RTL, je travaillais avec des gens du Nord, ils ne comprennent pas." La mauvaise foi surprend, jusqu'à ce que, comme c'est souvent le cas chez ce journaliste emporté, il en tire des conclusions, plutôt fines, sous la forme d'un panégyrique des coléreux puissants. "Les grands patrons de presse ne furent pas des magnanimes, mais des colériques. Un président, cela envoie douze personnes au panier par jour. Les gens normaux n'intéressent personne, on veut des têtes qui dépassent, qui grattent, qui dérangent. L'information s'obtient à ce prix, pas en hochant la tête." C'est d'ailleurs à cette aune qu'il commente le départ de Laurence Ferrari du journal de 20 heures ou qu'il défend - sans le soutenir - le chroniqueur Éric Zemmour. "Je ne suis pas d'accord avec ce qu'il dit, mais je suis pour qu'il puisse le dire quatre fois par jour."
Un colérique démocrate, donc, et sagace. "Mon métier se nourrit de mon caractère et mes patrons se sont nourris de mon caractère. Alors, qu'on ne vienne pas me le reprocher !" Hondelatte exècre les tendres, les polis, les suiveurs. Il aime les emportements, les écarts de conduite, les insolences. Il se fiche de parfois faire mal, même si son ami fidèle Dominique Rizet, rédacteur en chef de l'émission Faites entrer l'accusé, assure l'avoir vu présenter ses excuses à ceux qu'il avait bousculés.
En 2005, à la rédaction de France 2, travaille une journaliste dont l'oncle et la tante furent assassinés par un certain Cédric Bellec, 24 ans, un jeune homme qu'ils ont élevé. Hondelatte, qui "adore aller vérifier en prison que les grands criminels sont comme nous", est un visiteur régulier de ce détenu. Il l'est encore. Il conclut à l'époque son dynamique journal de 13 heures par une formule à lui destinée : "Gardez la pêche !" Lorsque la journaliste de son équipe l'apprend, elle s'en émeut, bouleversée de travailler au côté d'un ami revendiqué du meurtrier de ses proches parents. Ils en parlent. Hondelatte persiste, transformant la pêche en banane, poire, etc. Sept ans plus tard, il n'en démord pas. "Cela n'aurait rien changé que j'arrête de dire cela, cela n'aurait pas fait ressusciter son oncle et sa tante." Certes.
Le journaliste se flatte d'être passionné par les criminels. "Francis Heaulme m'envoie ses voeux à Noël", glisse-t-il. Et, quarante fois en quatre ans, il a pris le train gare de l'Est à 9 h 15, quatre heures de voyage, trois quarts d'heure de taxi pour être à 14 heures devant la centrale où son ami Cédric purge une peine de réclusion à perpétuité avec peine de sûreté de vingt-deux ans. "Désormais, on nous accorde un parloir avocat, c'est-à-dire qu'on n'est pas avec les autres détenus et leurs visiteurs. Plus on se voit, plus on a de choses à se dire." La vedette lui apporte des livres, des CD, des DVD, "et je l'habille". Dans onze ans, le prisonnier sera libérable. "Il me pourrira ma retraite", confie Hondelatte, le sourire soudain doux. Un fidèle. Dominique Rizet ne comprend pas qu'on puisse s'interroger sur cette singulière amitié. "Moi aussi, je vois un braqueur en prison, et alors ? Sous prétexte que je suis marié et que j'ai cinq enfants, on ne dit rien." Peut-être aussi parce que braquer une banque fait moins souffrir que tuer.
Hondelatte a dans les rédactions de coriaces détracteurs. Et des amis admiratifs. "Il est ultradoué, insupportable mais brillant. Il faut composer avec sa fragilité, sa sensibilité", témoigne un rédacteur en chef à RTL, reconnaissant toutefois que "c'est nul de claquer le beignet à un assistant". "Il est très attachant, très déroutant, confie Dominique Tierce, qui fut sa rédactrice en chef à France 2. Je l'aime beaucoup et je lui pardonne beaucoup. J'ai de la peine quand il se perd." "C'est un formidable journaliste, j'ai vu les plus grands causeurs baisser les yeux devant lui, il les écrase sur leurs sièges. Il ne joue jamais le charme ou la séduction. Mais je ne comprends pas qu'un garçon qui se trompe aussi peu sur les autres se trompe autant sur lui-même." En attendant de retrouver un emploi, "après l'été que je passerai au Pays basque", Hondelatte prépare un second disque : "Puisqu'on n'a pas aimé mon premier, eh bien, je recommence." Il est content de savoir que son fils adoptif, Johnny, 24 ans, travaille comme cadreur. Où ira donc exercer ses talents de présentateur ce doué qui claque la porte ? "J'ai peur qu'on le prenne quelque part pour en faire une bête de cirque et lui faire péter les plombs en direct", confie son ami à RTL. C'est en effet possible.
Né le 17 décembre 1962 à Bayonne.
1996/1999 Présentateur d'" Inter soir " sur France Inter.
2000/2003 Présentateur du journal de 13 heures sur RTL.
2002/2011 Présentateur de l'émission " Faites entrer l'accusé " sur France 2.
2004/2005 Présentateur du 13 heures sur France 2.
Septembre 2009 à mai 2012 Présentateur de " RTL soir "