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il y a 50 ans, Martin Luther King a failli ne pas prononcer ce discours

"I have a dream" : il y a 50 ans, Martin Luther King

a failli ne pas prononcer ce discours
Publié le 28-08-2013 à 10h38 - Modifié le 28-08-2013 à 15h49    lien

Le 28 août 1963, Matrin Luther King prononçait son célèbre discours : I have a dream... (P. RICHARDS / AFP)

Le 28 août 1963, Martin Luther King prononçait son célèbre discours : I have a dream... (P. RICHARDS / AFP)

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Temps de lecture Temps de lecture : 3 minutes

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Par Béatrice Toulon
journaliste formatrice
LE PLUS. "I have a dream" est l'un des discours les plus célèbres du monde. Prononcés par Martin Luther King le 28 août 1963, ces mots fêtent leurs 50 ans.

Mais ce jour-là, le pasteur a failli rater son rendez-vous avec l'histoire... Retour

sur les coulisses avec Béatrice Toulon, formatrice spécialiste de la prise de

parole en public.

Édité par Louise Pothier
 

 

"I have a dream" aurait pu rester dans les mémoires sous le nom "Let Freedom

Ring" ou "Go back". Il aurait pu ne pas avoir de nom du tout, car aujourd’hui, il

serait oublié.

 

"I have a dream", le discours prononcé par Martin Luther King il y a juste 50 ans,

le 28 août 1963, a failli être amputé de la partie du rêve éveillé qui lui a donné son

statut de chef d’œuvre de rhétorique aux USA et dans le reste du monde.

 

Le 27 au soir, le leader du Mouvement des droits civiques est dans un hôtel de

Washington, avec ses conseillers. Ils parlent du discours qu’il doit prononcer le

lendemain. Le 28, on célèbre les 100 ans de l’abolition de l’esclavage. Ce sera

le point d’arrivée de la grande marche "Justice et emploi" qui mobilise des

dizaines de milliers de personnes qui réclament l’abolition de la ségrégation

encore en vigueur dans les États du sud. 100.000 personnes sont attendues,

les télévisions ont fait le déplacement.

 

"Ne mets pas 'le rêve'"

 

Les discours, c’est son job. Martin Luther King est pasteur, un de ces

prêcheurs du Sud qui changent les messes en kermesses. Il s’est aussi

rodé au discours politique à force de meetings. Mais là, c'est différent. Il ne

s’adresse pas à ses paroissiens, ni au militants des droits civiques, il

s’adresse à toute l’Amérique, il doit lui faire comprendre qu’elle perd son

âme en acceptant la ségrégation. Et qu’elle peut encore gagner son ciel.

 

Les conseillers se disputent pas mal sur le contenu du discours. Wyatt Walker,

l’un de ses proches, est sûr d’une chose:

 

"Ne mets pas 'le rêve'. C’est trop banal, trop cliché."

 

Il parle de "I have a dream". Ce rêve éveillé d’un monde meilleur, Martin Luther

King le place systématiquement dans ses discours depuis quelques temps. Il aime

cette idée de décrire une Jérusalem céleste sur Terre. Cela correspond bien à

sa double personnalité d’homme d’Église et d’homme d’action.

 

La semaine précédente, son rêve a eu un beau succès dans son discours à

Chicago. Walker insiste :

 

"Je t’assure, tu l’as trop utilisé."

 

Martin Luther King travaille toute la nuit à son discours. Il dira plus tard qu’il a

aussi beaucoup dialogué avec Dieu, pour l’inspiration. Le lendemain matin, il

descend dans le hall muni et donne son texte à un assistant pour impression.

Le rêve n’y figure pas.

 

"Dis-leur ton rêve, Martin !"

 

Martin Luther King est le dernier intervenant de la journée, juste avant la

bénédiction.

La foule compte 250.000 personnes, du jamais vu. Mais l’ambiance est

un peu molle. Les orateurs se sont succédé toute la journée, l’assistance est

un peu fatiguée. Le rabbin Prinz évoque l’Allemagne sous Hitler, "un grand

peuple devenu muet, simple spectateur" et exhorte les Américains à

"ne plus rester muets". Puis il passe la parole à Martin Luther King.

 

Orateur aguerri, King est stressé. Il lit son texte, trop. Ceux qui le

connaissaient bien diront qu’il n’était pas à son meilleur. Peu à peu,

il prend de l’assurance, lève les bras, se met à vibrer à la lecture des

mots scandés comme dans les poésies :

 

"Go back to Mississipi, go back to South Carolina, go back

to Georgia, go back to Louisiana…"

 

La fin du discours approche. Son conseiller Clarence Jones racontera plus

tard qu’à ce moment-là, Mahalia Jackson, la chanteuse et amie très chère

du pasteur, lui lance depuis l’arrière de l’estrade :

 

"Dis leur ton rêve, Martin ! Le rêve…"

 

King poursuit encore son texte puis lève le nez, met son texte de

côté et lance :

 

"Même si nous affrontons des difficultés, je fais un rêve…"

 

Clarence Jones entendit Walker s’écrier :

 

"Oh, merde ! Le rêve…"

 

Son public : toute l'Amérique

 

Il ne faut pas toujours écouter les conseillers. Ce que Walker n’avait

pas compris c’est que jusqu’à présent, seuls les paroissiens et les

partisans avaient entendu les discours/prêches de King.

 

Son public, cette fois, c’était toute l’Amérique. Il pouvait lui décrive avec

son éloquence de génie qu’elle était devenue l’enfer sur terre mais qu’elle

pouvait, si elle le voulait, devenir le paradis. Pour cela, il fallait lui faire

prendre de la hauteur, une hauteur vertigineuse même, là-haut où les

peurs s’effacent devant la beauté de la promesse.

 

Toute la partie précédente, solide, explicative, puissante n’arriverait pas

assez haut sans l’offre d’un rêve, d’une utopie partagée. Martin Luther

King expliquera plus tard qu’il avait senti qu’il fallait qu’il ajoute "I have a dream".

Il ne risquait rien, ce n’était pas vraiment une improvisation. Les témoins

parleront d’une foule électrisée. L’année suivante toutes les lois raciales

étaient abolies.

 

Pour le racisme, c’est une autre histoire…

 

 

 

Pour tout savoir sur l’histoire et le contexte historique de "I have a dream", lire le passionnant essai de Gary Younge "The Speech : The Story Behind Martin Luther King's Dream" .

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