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Indochine s'invite dans le débat sur le harcèlement à l'école

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Le Point.fr - Publié le <time datetime="2013-05-02T15:34" itemprop="datePublished" pubdate=""> 02/05/2013 à 15:34</time> - Modifié le <time datetime="2013-05-02T17:39" itemprop="dateModified"> 02/05/2013 à 17:39</time>

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Réalisé par Xavier Dolan, le clip "College Boy" met en scène l'acharnement d'adolescents sur l'un de leurs camarades de classe. Et flirte avec la censure.

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La couverture de l'EP "College Boy" prévu pour le 13 mai.

<figcaption>La couverture de l'EP "College Boy" prévu pour le 13 mai. © Sony </figcaption> </figure>
Par
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L'adolescence, l'homosexualité, les armes, le harcèlement à l'école : la trame du dernier clip d'Indochine, College Boy, est terriblement d'actualité. Réalisé par le Québécois Xavier Dolan (Les amours imaginaires, Laurence Anyways) et diffusé en exclusivité par le site du Parisien, il met en scène un jeune garçon harcelé par ses camarades. En 5 min 59, la violence va crescendo : jets de boulettes de papier, casier fracturé, passage à tabac, crucifixion, mise en joue. Symbolique explicite, les adultes alentour ont les yeux bandés, tout comme les autres enfants qui, armés de leur téléphone portable, immortalisent néanmoins la scène - là encore, une référence limpide aux maux de la société.

Le clip frappe juste, l'actualité le prouve, depuis les récents suicides d'adolescents ayant subi les brimades de leurs "camarades" jusqu'aux violentes agressions "en marge" du débat sur le mariage pour tous. Et il frappe fort. Trop fort ? Quelques heures seulement après la mise en ligne du clip jeudi matin, Françoise Laborde, membre du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) et présidente du Groupe de protection du jeune public, dénonçait sur Europe 1 "des images dont la violence est inestimable". "Quand c'est extrêmement violent, ça ne peut pas être diffusé sur les antennes, donc a priori un document comme celui-ci sera étudié en groupe de travail et il devrait y avoir au minimum une interdiction aux moins de seize ans, peut-être même dix-huit ans", a-t-elle estimé, anticipant ainsi une décision qui ne devrait pas tomber avant trois semaines. Et d'ajouter, ouvrant un autre débat : "La mort, ce n'est pas esthétique, la violence, ce n'est pas esthétique, la torture, ce n'est pas esthétique."

Projeter le clip dans les écoles

Conscient de la dureté des images, Indochine avait vu venir la polémique qui est en train de naître. D'où le choix, nous explique-t-on au sein de la maison de disques du groupe Sony, de poser des garde-fous en mettant en avant le clip par le biais d'une exclusivité accompagnée d'une interview. Dans les colonnes du Parisien/Aujourd'hui en France daté de jeudi, le leader d'Indochine, Nicola Sirkis, s'explique donc en amont des critiques : "Je comprendrais très bien que le clip ne passe pas en journée à la télé. Je ne crierais pas à la censure, affirme le chanteur, qui avoue que sa fille de 11 ans n'a pas pu le visionner jusqu'au bout, mais la violence n'est pas gratuite. "Pour moi, c'est la même démarche que lorsque la Sécurité routière réalise un clip-choc pour sensibiliser aux accidents de la route. C'est plus éducatif qu'autre chose. (...) On a même envisagé un moment de projeter le clip dans des collèges et des lycées."

Une hypothèse qui fait bondir Nicole Catheline, pédopsychiatre au centre hospitalier Henri-Laborit de Poitiers, membre de la délégation interministérielle de prévention du harcèlement sous la direction d'Éric Debarbieux et à qui nous avons fait visionner College Boy. "Pour qu'il y ait une vertu pédagogique, il faudrait que le clip ouvre des pistes, propose des solutions pour lutter contre la violence à l'école", réplique-t-elle. "Or, ce n'est pas le cas, la fin est démoralisante. Les trois premières minutes sont intéressantes et pourraient, pourquoi pas, servir d'outil, car on y aborde la cécité des adultes. Or, c'est bien cette cécité qui fait que le harcèlement se perpétue. Mais ensuite, ça bascule dans l'extrême violence et c'est inutile." Sur une potentielle censure du CSA, Nicole Catheline déclare : "Oui, trois fois oui. Ce serait grave si ce clip n'était pas censuré. Mais il faut que les adultes - parents ou école - accompagnent cette censure d'un débat, sinon les enfants ne verront que l'interdit."

Un coup de pub ?

Quant au réalisateur, le jeune (24 ans) Xavier Dolan, il interroge : "Est-ce vraiment plus violent que tous les films qui arrivent sur nos écrans tous les jours ?" et de dénoncer les chaînes types MTV sur lesquelles "on voit tellement de scénarios racistes, violents, dégradants, notamment pour les femmes". "Cela me paraît absurde que ce clip soit censuré. La question n'est pas de se demander pourquoi suis-je allé aussi loin, mais qu'est-ce qui empêcherait un groupe d'adolescents d'aller aussi loin alors que le lobbying des armes aux États-Unis est très puissant. C'est ma vision nord-américaine."

D'aucuns dénoncent d'ores et déjà un "coup de pub", mais ce serait oublier qu'Indochine n'en a pas besoin - les dates de concerts sont d'ores et déjà pleines. C'est oublier aussi que leurs textes abordent depuis toujours la question de l'identité sexuelle, de la différence et de la mise au ban du groupe - tout comme les films de Xavier Dolan. C'est oublier, enfin, qu'il y a urgence à agir contre la violence à l'école. En ce sens, et alors que le ministère de l'Éducation nationale a dressé "un point d'étape" sur la question il y a quelques semaines, les artistes jouent ici parfaitement leur rôle : celui de jeter un pavé dans la mare.

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