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20 décembre 2010 - Réagir à cet article
L'académicienne et helléniste Jacqueline de Romilly s'est éteinte, samedi, à l'âge de 97 ans. Émerveillée par l'histoire grecque, cette grande dame des lettres classiques avait une conception exigeante et humaniste de la culture.
Une grande dame des lettres s'en est allée : l'académicienne et helléniste Jacqueline de Romilly est décédée samedi à l'âge de 97ans. Elle laisse derrière elle une oeuvre considérable sur cette Athènes du Vesiècle (d'avant JC) d'où «tout est sorti brusquement»: la philosophie, l'histoire, la tragédie, la comédie, les sophistes. «Émerveillée» par cette époque, elle a ainsi beaucoup travaillé sur l'historien Thucydide - un des «hommes de sa vie», disait-elle- Homère, Eschyle ou Euripide. On lui doit également un livre sur la Provence, un roman et quatre volumes de nouvelles. «Je regrette que l'on n'oeuvre pas suffisamment pour ce qui développe la formation de l'esprit par la culture, par les textes et l'intimité avec les grands auteurs, perdant ainsi un contact précieux avec ce que les autres ont pensé avant nous», estimait Jacqueline de Romilly.
Elle aimait la Grèce
Ceux qui ont rencontré cette petite dame pétillante aux cheveux blancs constataient que le grec la rendait heureuse, tant elle se montrait habitée par une profonde tranquillité intérieure, passionnée et pleine d'humour dans ses propos, malgré une cécité des dernières années. Son père, juif, normalien, philosophe, fut tué au front en 1914 quand elle avait un an. Sa mère, romancière, l'a élevée. Jacqueline de Romilly sera tour à tour la première lauréate au Concours général, la première normalienne intégrant la rue d'Ulm, la première femme, en 1973, professeur au Collège de France. Elle ne fut toutefois que la deuxième, en 1989, après Marguerite Yourcenar, à siéger à l'Académie française. La modernité des Grecs anciens l'intéressait plus que la mythologie à proprement parler. Elle admirait cette démocratie. Les Grecs, qui se disent aujourd'hui en deuil, l'adoraient. Jacqueline de Romilly avait d'ailleurs obtenu la nationalité grecque en 1995. L'universitaire a défendu ardemment l'enseignement littéraire et celui des langues dites «mortes». Divorcée de Michel Worms de Romilly, sans enfant, elle fut l'une des très rares femmes à être Grand Croix de la Légion d'honneur, et Grand prix de l'Académie (1984) pour l'ensemble de son oeuvre.
Une pluie d'hommages
Hier, une pluie d'hommages est tombée à l'annonce de son décès. Le président Nicolas Sarkozy a salué sa mémoire, jugeant qu'avec elle, s'éteint «une grande humaniste dont la parole nous manquera». Avec Jacqueline de Romilly «disparaît l'un des très grands esprits de notre temps», a estimé le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand. Pour le président du MoDem, François Bayrou, agrégé de lettres classiques, Jacqueline de Romilly «était un phare».